Y-a-t-il un avenir pour Sea-Launch avec la Chine ?

La société russe RKK Energia, actuel propriétaire majoritaire de la plateforme de lancement Sea Launch et de la plateforme de commandement, serait en négociation avec les autorités chinoises qui souhaiteraient s’en porter acquéreurs et la déplaceraient dans les eaux internationales au large de la Chine.

Créé en 1995, par un consortium international, avec des capitaux initiaux qui provenaient de Norvège, Russie, Etats Unis et Ukraine, Sea Launch est la seule société au monde à réaliser des lancements spatiaux depuis une plateforme flottante positionnée à proximité immédiate de l’Equateur, dans le Pacifique. Le lanceur russo-ukrainien à deux étages Zenit-3SL doté du bloc d’accélération russe DM-SL est capable de mettre en orbite les charges utiles pesant entre 11 et 15 tonnes sur des orbites terrestres basses, des satellites de 6 tonnes sur des orbites de transfert et de 4 tonnes sur l’orbite géostationnaire. Au total, Sea Launch a effectué plus de 30 lancements de la fusée Zenit-3SL ; depuis 20 ans de nombreux acteurs sont présents sur le terrain des lancements commerciaux, Ariane 5, Proton, Space X ; la concurrence est rude pour Sea Launch mais les échecs récents de Proton et Space X auraient pu laisser espérer un retour des clients vers la plateforme flottante ; cela ne semble pas être le cas.

Le dernier lancement remonte à mai 2014. Depuis cette date, elle est en mode « hibernation ». En décembre 2014, il a été envisagé de la déplacer aux larges des côtes du Brésil, mais aussi de remplacer le lanceur Zenith par une nouvelle version ou par un lanceur de la famille Angara. Depuis le mois de mars 2015 RKK Energia a envisagé plusieurs autres possibilités : le rachat de la plateforme par Roscosmos, la vente à un client étranger, la mise en faillite de la société. Mais la réorganisation du secteur spatial russe en cours n’a pas permis d’avancer sur ces options ; 4 lanceurs Zenith destinés à être utilisés par Sea Launch sont en phase de production à Dniepropetrovsk en Ukraine. La société Sea Launch, dirigée par Sergei Gugkaev ne commente pas cette hypothèse de rachat mais renouvelle sa confiance à la société Yujnoye qui fournit les lanceurs ; cependant, selon certaines informations, cette société ukrainienne connaitrait des difficultés financières depuis quelques mois.

La vente éventuelle à la Chine comporte de nombreux obstacles, tant juridiques que politiques. Les règles ITAR (International Traffic in Arms) sur les transferts technologiques qui s’appliquent à la Chine sont une difficulté à la fois pour l’utilisation du lanceur Zenith mais aussi pour les clients commerciaux potentiels, autres que Chinois toujours en raison ces mêmes contraintes. Les règles ITAR interdisent l’export vers la Chine de tout satellite avec des composants américains. Avant de quitter les eaux territoriales américaines tout matériel interdit d’exportation devra être démonté de la plateforme. De plus depuis 2013 la Société Boeing réclame 350Millions de dollars à RKK Energia, et aux deux entreprises ukrainiennes de Dniepropetrovsk en règlement des procédures de mise en faillite selon la loi américaine de la société en 2009.

La Russie a toujours été un partenaire spatial de la Chine et on a vu comment les liens entre les deux pays se sont renforcés ces derniers mois. Il n’est donc pas étonnant qu’un dialogue ait pu s’instaurer sur ce transfert éventuel.

Pour mémoire, depuis sa réorganisation en 2010, le consortium international Sea Launch regroupe la société de construction spatiale russe Energia Overseas Limited, une filiale de RKK Energia (95%), une filiale du géant aéronautique américain Boeing (3%) et le norvégien Aker Solutions (2%). Le siège de la société se trouve à Berne (Suisse).

Références :
Interfax.ru
Lenta.ru/news
Space News
Wikipedia

Rédacteur : Elisabeth MOUSSINE-POUCHKINE

publié le 17/11/2016

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