Visite à la Faculté d’histoire de l’Université fédérale de l’Oural

Le 28 janvier 2016, Eric Millet, Consul général de France à Ekaterinbourg, a visité la faculté d’histoire de l’Institut des sciences humaines et des arts de l’Université fédérale de l’Oural B. Eltsine (UrFU).

Dans le cadre de cette visite le Consul général s’est entretenu avec le doyen de la Faculté d’histoire, M. Vladimir Alexeïevitch Babintsev.

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Le doyen a indiqué que la Faculté comptait 800 étudiants. Les contacts scientifiques avec les chercheurs français se développent activement : la Faculté a conclu des accords de coopération avec les Universités Paris 1-Panthéon Sorbonne, Paris-Sorbonne (Paris 4) et Rennes-2. Des contacts sont également établis avec l’Institut de Paléontologie Humaine-Paris, dont le directeur, M. Henry de Lumley, a donné plusieurs conférences à Ekaterinbourg. Sous sa direction, des étudiants de la Faculté d’histoire de l’UrFU participent chaque année à des fouilles archéologiques dans le Sud de la France.

En 2010, la Faculté a reçu une bourse du gouvernement russe, dans le cadre du programme « Megagrant », pour un projet de recherche intitulé « Retour en Europe : élites russes et innovations européennes, normes et modèles (du XVIIIème siècle au début du XXème) ». Dans le cadre de ce projet a été constitué en 2013 un Laboratoire d’archivistique, dont la direction scientifique est assurée par Mme Marie-Pierre Rey, Professeur d’Histoire russe et soviétique à l’Université Paris-1, Directrice du Centre de Recherches en Histoire des Slaves. Le responsable du projet au sein de l’Université fédérale de l’Oural est le Professeur Dmitri Alexeïevitch Rédine, spécialiste internationalement reconnu de la période de Pierre le Grand.

Toujours dans le cadre de ce projet, sont organisées des missions de chercheurs à l’étranger, notamment en France. A partir de l’automne 2017, un programme de master-pro en un an débutera, qui permettra à des étudiants en histoire d’étudier en France avec un enseignement théorique au premier semestre, suivi de cours pratiques au semestre suivant. A l’issue de cette année les étudiants pourront obtenir un diplôme de master de la Sorbonne.

Depuis 2013 est publié la revue Quaestio Rossica, dont la rédactrice en chef est Mme Francine-Dominique Liechtenhan, par ailleurs nommée à l’automne 2015 Vice-Rectrice de l’UrFU chargée des questions de recherche scientifique en sciences humaines, sociales et économiques.

Visite du laboratoire éducatif et scientifique d’archives

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La directrice, Mme Irina Viktorovna Potchinskaïa a présenté au Consul général les activités du laboratoire, qui se consacre à l’étude des livres anciens russes, principalement aux manuscrits en vieux-slave. 6 000 ouvrages sont ici conservés, dont les plus anciens datent du XVème siècle. Une particularité de la Russie est que les livres manuscrits ont continué à être écrits parallèlement à l’édition de livres imprimés, alors qu’ils ont disparu en Europe avec le développement de l’imprimerie. Ceci s’explique par le fait que, jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, il n’exista en Russie qu’une seule imprimerie, dont les éditions étaient rigoureusement contrôlées. Les manuscrits étaient en particulier le seul moyen d’édition des Vieux-Croyants, mouvement religieux dissident apparu à la moitié du XVIIème siècle, qui ont ainsi contribué au maintien de la tradition d’écriture à la main.

M. Millet a pu consulter quatre ouvrages. En premier lieu lui a été présenté un manuel de titulature datant de 1680, comprenant en introduction une histoire de la Russie depuis les origines, destiné à enseigner aux diplomates russes les règles protocolaires en vigueur dans les Etats avec lesquels la Russie entretenait alors des relations diplomatiques. Y figure notamment une liste des Rois de France jusqu’à Louis XIV. Le livre a été rédigé par le Grec Nicolas Spofari, en mission diplomatique en Russie, qui avait précédemment vécu en France où il avait été présenté à la cour de Louis XIV. Le texte est écrit en slavon d’église, langue inaccessible sans initiation préalable.

M. Babintsev a souligné que la paléographie cyrillique était bien représentée dans l’Oural, mais qu’en revanche on manquait de spécialistes capables de déchiffrer des manuscrits en alphabet latin. Un accord a toutefois été conclu avec le Centre Roland Mousnier à la Sorbonne, afin d’enseigner la paléographie latine à un groupe d’étudiants, qui seraient ainsi à même de déchiffrer des textes européens du Moyen-Âge écrits à la main.

A ensuite été présenté le premier recueil de lois russes, l’Oulojénie de 1649. Le livre avait alors été édité à 12 000 exemplaires, un tirage très conséquent à cette époque.

Le troisième ouvrage présenté est une édition du XVIIIème siècle de l’œuvre de Dorothée de Gaza imprimé à la demande de Vieux-Croyants dans une imprimerie polonaise appartenant à Pierre Dufort, car il était interdit aux Vieux-Croyants d’éditer ce livre, ils l’ont donc commandé et importé clandestinement.

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Enfin, a été présenté un manuscrit avec des illustrations en couleurs du début du XXème siècle reproduisant la « Vie des Saints russes Zosima et Sabbatius », fondateurs du monastère des Solovki, où figurent des scènes de la vie des moines. Le livre est composé de plusieurs livrets, que des moines différents étaient chargés de rédiger. Des colorants naturels, issus de plantes, étaient utilisés, d’où la conservation intacte des couleurs d’origine. Tous les livres du laboratoire sont conservés dans des conditions constantes, d’une température de 18° et un taux d’humidité inférieur à 50%.

3. Visite de la section des livres rares de l’UrFU

Le cœur du fonds des livres rares de l’Université provient de la bibliothèque de Tsarskoïe Selo, qui disposait elle-même de livres issus des bibliothèques personnelles de l’Impératrice Catherine II et du Tsar Alexandre Ier.

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La section possède ainsi un exemplaire de 1771 de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, en français et illustrée, ainsi que de nombreux ouvrages de l’époque des Lumières. La section expose actuellement des livres liés à l’histoire des techniques. Sont ainsi accessibles un essai de construction mécanique ; une grammaire française dédicacée en 1720 par Vassili Tatichtchev, co-fondateur d’Ekaterinbourg, alors qu’il apprenait la langue de Molière ; un atlas de la fin du XVIIème siècle.

Sur la photo ci-dessous, le Consul général découvre un manuel d’électricité en français du XVIIIème siècle, issu de la bibliothèque de Catherine II.

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Visite du laboratoire d’archivistique

Le Professeur Rédine a indiqué que l’année 2017 marquerait le tricentenaire des relations diplomatiques entre la Russie et la France, établies à l’occasion du deuxième voyage en Europe de Pierre le Grand au printemps 1717. Le tsar était accompagné d’un groupe de diplomates, qui ont négocié un accord de coopération. En 1716-1717 Henri Lavie devint, en tant que commissaire maritime de la Couronne à Saint-Pétersbourg, le premier représentant officiel permanent de France en Russie. Après la conclusion de l’accord au printemps-été 1717, les deux Etats ont échangé des représentants permanents et Henri Lavie devint le premier consul de France en Russie.

Pour marquer cet anniversaire, la revue Quaestio Rossica éditera en 2017 un numéro consacré au voyage de Pierre le Grand et aux prémices du rapprochement franco-russe et le Centre Roland Mousnier traitera, lors de sa 5ème conférence sur les études russes à l’époque de Pierre le Grand, dont la Faculté d’histoire de l’UrFU sera co-organistarice.

M. Rédine a également indiqué que, toujours dans le cadre du programme « Megagrant », les chercheurs avaient identifié, dans les archives françaises, des milliers de documents concernant l’Empire russe, dont des copies numérisées seront conservées au laboratoire d’Ekaterinbourg, en tant que dépositaire d’archives étrangères sur la Russie. Le principal problème rencontré était la difficulté de traiter les documents en langue française, la formation en histoire ne comportant pas d’enseignement linguistique adapté à la recherche. Des projets de formation avec l’aide du Centre Roland Mousnier sont envisagés.

Le Laboratoire se consacre également à l’histoire des villes industrielles, avec la coopération régulière de M. François-Xavier Nérard, de l’Université Paris-1, mais aussi de culturologues et d’architectes.

publié le 29/01/2016

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