Vers une autonomie stratégique de l’Europe

Tribune conjointe de Jean-Marc Ayrault et Lubomír Zaorálek, ministres français et tchèque des Affaires étrangères, parue dans Ouest France le 14 novembre 2016.

L’Europe est confrontée à des menaces et à des défis sans précédent depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. La France et la République tchèque partagent la même conviction de la nécessité d’une Europe plus forte pour y faire face. Nos deux pays, divers dans leur construction et leur histoire, sont liés par une amitié profonde, forgée en temps de guerre lorsque, au cours de la Première guerre mondiale, les légions tchécoslovaques se sont battues en France aux côtés de l’Entente, puis quand la France a été le premier pays à reconnaître la République tchécoslovaque. C’est aussi dans ces liens profonds qu’ils puisent leur détermination à construire ensemble une Europe plus forte et plus crédible.

C’est pourquoi nous porterons aujourd’hui une ambition commune pour la défense européenne lors de la réunion du Conseil de l’Union européenne à Bruxelles. Car c’est ensemble que les Européens serviront au mieux leurs intérêts de sécurité : le moment est venu de construire une Union européenne crédible et réactive dans les domaines de la sécurité et de la défense. L’OTAN, fondée sur de solides relations transatlantiques, demeure essentielle pour la sécurité européenne. Néanmoins, l’Union doit être capable de mieux garantir la sécurité et la protection de ses citoyens et de stabiliser son environnement extérieur.

La protection du continent européen et de ses citoyens passe par le renforcement de l’autonomie stratégique de l’Europe et l’intensification de nos efforts communs en matière de défense et de sécurité nationales. Cela implique des engagements pris au plus haut niveau, par les chefs d’État et de gouvernement, au sein d’un « Conseil européen de sécurité et de défense » régulier. Cela passe également par la mise en place d’un dialogue renforcé sur les capacités militaires, un « examen annuel de la défense » coordonné qui permettra de nouvelles coopérations multinationales, afin de combler les lacunes capacitaires des opérations militaires européennes.

L’autonomie stratégique de l’Europe ne pourra être renforcée que si elle dispose de moyens militaires crédibles et réactifs lui permettant d’intervenir dans les crises mettant en jeu ses intérêts de sécurité fondamentaux. Pour ce faire, des mécanismes de financement commun doivent être développés, l’usage des groupements tactiques de l’UE être rendu plus flexible, afin de pouvoir intégrer des modules de compétences (cyber, forces spéciales, personnel médical) dans une opération en cours.

Dans notre coopération avec les partenaires de l’Union européenne, en particulier en Afrique, nous considérons qu’il ne peut y avoir de développement sans sécurité. C’est la raison pour laquelle nous soutenons l’initiative de renforcement des capacités en faveur de la sécurité et du développement, qui vise à soutenir et équiper les forces de pays tiers formées par l’Union européenne. Ces initiatives visant à renforcer les forces armées de nos partenaires ne seront crédibles que si des moyens pérennes sont prévus, par la création d’un instrument financier européen.

Nous sommes également engagés en faveur de la consolidation de la base industrielle, technologique et de recherche européenne en matière de défense. Pour atteindre cet objectif, nous devons mettre en place un ambitieux Programme européen de recherche dans le domaine de la défense dans le cadre du prochain budget de l’UE. Nous souhaitons également mettre l’accent sur la phase d’industrialisation des projets fondés sur la recherche et encourager l’investissement dans des technologies clés via des instruments de financement appropriés, tels que le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) et la Banque européenne d’investissement (BEI).

L’Union européenne doit aujourd’hui apporter la preuve qu’elle est capable de faire face de façon autonome aux menaces contre ses intérêts de sécurité, d’apporter son aide à ses partenaires et de protéger son territoire et ses citoyens, en complémentarité avec l’OTAN. Elle est bien placée pour atteindre ces objectifs car elle peut combiner les capacités civiles et militaires.

La France et la République tchèque sont pleinement engagées dans cette entreprise.

publié le 24/11/2016

haut de la page