Tribune de Mme Yaël Blic Ripert pour la « Journée internationale des femmes »

Tribune pour la « Journée internationale des femmes » du 8 mars 2016

Se battre pour le droit des femmes, c’est avant tout défendre une société plus égalitaire en droit et en pratique !

Le 27 mai 2015, le Président de la République a présidé à l’entrée au Panthéon de Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, héroïnes de la résistance française contre l’occupation nazie pendant la seconde guerre mondiale. Le Panthéon a été créé pendant la Révolution française pour accueillir les « Grands hommes de la nation ». Aujourd’hui encore, les hommes y sont bien plus nombreux que les femmes mais cette injustice est peu à peu réparée. Il est temps en effet de reconnaître solennellement la part essentielle des femmes dans notre histoire. En cette journée du 8 mars pendant laquelle la France, la Russie et l’ensemble des pays appartenant à l’ONU célèbrent la « Journée internationale des femmes », il est essentiel de rappeler l’impérieuse nécessité de parvenir à une pleine égalité - en droit et dans les faits - entre hommes et femmes, dans toutes les activités politiques, économiques, sociales et culturelles de la société. Les femmes ne sont pas une minorité mais constitue plus de la moitié de l’humanité.

Le gouvernement français, qui est strictement paritaire pour la première fois dans l’histoire, en a fait une priorité de son action, sur son propre territoire comme en Europe et dans le monde.

En France, de très nombreuses mesures ont été prises dans les dernières années. Le congé parental a été réformé avec l’objectif clair de diminuer les inégalités entre hommes et femmes quant aux possibilités d’évolution de carrière professionnelle en incitant les hommes à prendre un congé à la naissance de leur enfant.

La France s’engage aussi à accélérer le rééquilibrage en faveur des femmes dans les entreprises. Ainsi, la loi du 4 août 2014 sur l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a mis en place l’obligation de compter 40 % de femmes dans les flux de nomination aux postes de cadres dirigeants de l’Etat et dans les conseils d’administration des grandes entreprises.

La violence conjugale, se déroulant dans le huis–clos familial reste difficile à combattre. Cette forme de violence à la fois morale et physique est malheureusement universelle et s’exerce dans tous les milieux sociaux. La France a renforcé en 2014 son arsenal législatif dans ce domaine dans une perspective aussi bien répressive que préventive. Le principe de l’éviction du domicile de l’auteur de violences devient la règle et le maintien de la victime dans le logement est réaffirmé. Un numéro vert d’aide aux femmes victimes de violences a été mis en place pour favoriser la prise parole à ce sujet, trop souvent tabou. Des stages de responsabilisation destinés aux auteurs des violences pourront aussi être prononcés.

La France s’engage, enfin, à garantir l’effectivité des droits sexuels et reproductifs sur l’ensemble de son territoire. Le droit à disposer de son corps est en effet l’une des conditions de l’émancipation, un droit essentiel qui en détermine beaucoup d’autres. Dans notre pays, le droit la contraception est garanti par la loi depuis 1967 et le droit à l’avortement libre et gratuit depuis 1974. En 2015, un plan national d’action pour améliorer l’accès à l’IVG a ainsi été mis en œuvre.

L’action de la France en faveur des femmes se déploie aussi au niveau européen. La France a été l’un des promoteurs les plus actifs de la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes, que nous avons ratifiée le 4 juillet 2014. Il s’agit du premier texte international juridiquement contraignant incluant des dispositions de nature à combattre le phénomène des crimes prétendument commis au nom de l’honneur.

Au niveau international, la France lutte contre les violences faites aux femmes et l’impunité de leurs auteurs. Les violences sexuelles dans les conflits sont une arme vieille comme l’histoire de la guerre. Les femmes et les enfants en sont les premières victimes. L’actualité, notamment les exactions commises par Daesh, Al-Quaida ou Boko Haram à l’égard des femmes, nous le rappelle tragiquement. La France, la Russie et leurs partenaires du Conseil de sécurité se sont ainsi saisis de la question des violences sexuelles dans les conflits par l’adoption des résolutions 1325 et suivantes.

Cette année, nous fêtons en France les 60 ans de la création du « Planning familial », créé en 1956. Cette institution, qui comprend de nombreux centres d’accueil des femmes sur l’ensemble du territoire, a pour but d’aider les femmes à rendre effectifs leurs droits sexuels et reproductifs par l’écoute, le conseil, la formation. Nous aimerions profiter de cette occasion pour faire connaître en Russie, qui est un partenaire privilégié de nos actions en faveur des femmes, les activités de cette institution originale et aussi pour mieux connaître les initiatives qui sont prises ici, en Russie. Aucune société ne peut s’épanouir et se développer si elle accepte la violence faite aux femmes sous toutes ses formes.

Comme le dit la grande philosophe Simone de Beauvoir, « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant." La France et la Russie doivent aujourd’hui, plus que jamais, continuer de lutter ensemble pour l’égalité entre les hommes et les femmes et l’effectivité des droits des femmes dans leurs pays et dans le monde. En France nous avons coutume de dire : « derrière chaque grand homme se cache une femme ». Il est grand temps pour les femmes de ne plus se cacher !

Yaël Blic Ripert

Mme Yaël Blic Ripert, épouse de l’Ambassadeur de France en Russie, est une juriste spécialisée en droit international des droits de l’homme et travaille actuellement sur la psychologie des conflits

publié le 09/03/2016

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