Semaine des ambassadeurs : Discours de François Hollande

Au cours de son intervention, le Président de la République a évoqué les enjeux de la Conférence sur le Climat, l’évolution des relations avec la Russie et la lutte contre le terrorisme international.

COP 21

La France se prépare à accueillir la Conférence sur le climat et c’est le sujet qui anime vos travaux depuis lundi. Ce sera un événement majeur, il nous mobilise pleinement au plus haut niveau de l’Etat, mais aussi toutes les administrations, tous les acteurs publics et également tous les acteurs qui ont une responsabilité et ils sont nombreux.
Nous avons le devoir de réussir parce que c’est un enjeu mondial, parce que c’est la France qui est le pays hôte de ce grand rendez-vous. Une fois encore notre diplomatie sous l’autorité de Laurent FABIUS est à l’initiative. Une fois encore notre pays par sa place, par son rôle, par son influence, est chargé de prendre part à une négociation décisive pour l’avenir de la planète.
Mais la planète, elle n’est pas seulement menacée par le réchauffement climatique, elle est confrontée à un terrorisme qui n’a jamais atteint ce niveau de barbarie, ni cette gravité depuis des décennies.
Notre pays a lui-même été frappé en janvier dernier. Il a su réagir avec sang froid dans l’unité et il a été le bénéficiaire dans cette tragédie d’une solidarité internationale exceptionnelle parce que la France représente pour le monde entier la liberté.
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Crise ukrainienne – relations avec la Russie

La guerre, oui, la guerre, que nous pensions loin de l’Europe, s’est également rapprochée de nos frontières. C’est ce qui s’est produit en Ukraine au cours des derniers mois. Nous devons garder à l’esprit les leçons de l’histoire. Lorsque les fondements même de la sécurité collective sont remis en cause, une réponse rapide et ferme doit être apportée.

C’est ce que nous avons fait avec la Chancelière MERKEL, pour éviter que ne dégénère la crise ukrainienne. Tout a commencé le 6 juin, sur les plages du Débarquement. C’est là que nous avons conçu le « format Normandie ». C’est ce « format Normandie » qui a permis de conclure – une nuit a été nécessaire – les accords de Minsk en février dernier.
Cela a permis de sauver des vies, pas toutes, il y a encore eu des victimes ces derniers mois, et de définir un chemin. Il faut cependant être lucide, le cessez-le-feu n’est pas entièrement respecté, le retrait des armes lourdes n’a pas été accompli dans son intégralité, les conditions de vie des populations ukrainiennes sont dramatiques, à l’Est comme à l’Ouest. La mise en œuvre des mesures de Minsk doit absolument être accélérée.

C’était l’objet de la réunion que nous avons eue hier à Berlin, avec la Chancelière et le Président ukrainien POROCHENKO. L’objectif est de pouvoir organiser des élections à l’Est de l’Ukraine, tel que cela est prévu dans les accords de Minsk. J’aurai à m’entretenir avec la Chancelière toujours et avec le Président POUTINE pour envisager une nouvelle rencontre qui pourrait avoir lieu à Paris, dans le cadre du « format Normandie. »

La crise ukrainienne a des effets délétères, sur le plan politique. Les relations entre la Russie et l’Europe sont gelées, au plan économique, avec des sanctions qui ont des conséquences pour les Russes, mais aussi pour les Européens. Nous le voyons bien en matière agricole et sur le plan humanitaire, avec une situation qui ne cesse de se dégrader.

La France veut maintenir avec la Russie un dialogue sincère, conforme à l’Histoire, conforme à la nature de notre relation, aux intérêts communs que nous avons dans le monde. La France veut agir comme elle l’a toujours fait, à la fois en solidarité avec ses partenaires et en toute indépendance.

En septembre 2014, j’avais suspendu la livraison du premier bateau Mistral à la Russie, parce que la situation était celle d’un conflit. Un an après, la France ne pouvait évidemment pas livrer un instrument de projection de force à la Russie dans le contexte que nous connaissons. L’affaire a été traitée avec un grand sens des responsabilités de part et d’autre, dans le respect mutuel. Je m’en suis entretenu à plusieurs reprises avec le Président POUTINE.

Nous avons pu négocier des conditions favorables, en ce qui nous concerne, en évitant des pénalités et en nous laissant le libre choix des nouveaux acquéreurs, qui sont d’ailleurs un certain nombre à s’être manifestés. J’invite d’ailleurs aussi ceux – il y en a toujours – qui annonçaient la fin de la crédibilité de la France comme exportateur de matériels militaires, à consulter les chiffres. Jamais les produits français, pas seulement les Rafale, par leur technologie, ont fait l’objet d’autant de sollicitations.

Il ne s’agit pas non plus, parce que nous sommes un pays qui fabrique des armements et les exporte, d’abandonner nos convictions et nos principes. Les droits de l’Homme, la démocratie, la lutte contre la corruption sont en toutes occasions rappelés dans mes déplacements, par moi-même, par le Premier ministre, par les membres du Gouvernement. C’est ce qui fait que nous sommes un pays respecté, en position centrale, capable de parler avec tous.
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Europe

J’ai dit quel était aujourd’hui l’enjeu principal : être capable de maîtriser les migrations, dans un contexte de crise internationale, que nous devons régler. Être capable de faire face à des tensions qui sont à l’œuvre et qui peuvent être
exploitées – on le sait bien – par des mouvements extrémistes. Être capable à la fois de rassurer, de protéger. C’est notre devoir de protéger. Protéger nos territoires, protéger nos populations, et en même temps d’être conforme à nos principes, humanité et fermeté. Le faire en tant que pays qui a à prendre sa propre responsabilité, le faire dans l’Europe, pour l’Europe, avec l’Europe, et c’est le sens de la réunion du Conseil européen qui doit prendre les décisions qui s’imposent, à partir des propositions que nous avons élaborées et que d’autres, encore, peuvent enrichir.

Terrorisme – Syrie

Notre sécurité se joue aussi à l’extérieur de nos frontières. Daech est le plus grand danger. Cette organisation contrôle un vaste territoire, en Syrie, en Irak, dispose de ressources importantes liées à des trafics de toutes sortes, à des ramifications sur l’ensemble du globe. Cette organisation enrôle, endoctrine, encadre pour tuer à une plus grande échelle.
Les musulmans sont ses premières victimes en Irak, en Syrie, au Koweït, en Lybie, mais les minorités sont systématiquement pourchassées et martyrisées. C’est la raison pour laquelle j’ouvrirai dans quelques jours la Conférence sur les chrétiens d’Orient et les victimes religieuses et ethniques, organisée à Paris par Laurent FABIUS.
Daech détruit aussi les biens communs de l’humanité, à Palmyre, l’ancien directeur du site archéologique a été sauvagement décapité et dimanche dernier le temple de Baalshamin a été réduit en poussière.
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En Syrie, le monde a mis beaucoup de temps à réagir, trop de temps. A l’été 2012 la France avait donné l’alerte, et s’était d’ailleurs dès le départ, déclarée en soutien de l’opposition syrienne. J’étais même le premier à la considérer comme la seule représentante légitime du peuple syrien.

Un an plus tard, nous étions prêts à punir un régime qui avait utilisé, il n’y avait aucun doute là-dessus, des armes chimiques contre sa population. L’inaction de la communauté internationale, après qu’une ligne rouge a été délibérément franchie, a coûté cher, très cher, Daech, qui n’existait pas alors sous cette forme, en Syrie, s’est installé, et Bachar EL-ASSAD a continué à massacrer son peuple, il en donne encore, hélas, quelques illustrations.
Que devons-nous faire ? Nous devons réduire les emprises terroristes sans préserver ASSAD, car les deux ont partie liée, et en même temps il nous faut chercher une transition politique en Syrie, c’est une nécessité. Le Conseil de sécurité l’a reconnu en adoptant la semaine dernière une déclaration, c’était la première depuis 2 ans. Elle va dans la bonne direction et c’est un pas important. La Russie s’y est associée, et un dialogue peut donc être engagé. Il faut en fixer les conditions.

La première c’est la neutralisation de Bachar EL-ASSAD, la seconde c’est d’offrir des garanties solides à toutes les forces de l’opposition modérée, notamment sunnite et kurde, et de préserver les structures étatiques et l’unité de la Syrie. Enfin, la dernière condition, sans doute celle qui sera décisive, c’est de mêler toutes les parties prenantes à la solution. Je pense aux pays du Golfe. Je pense aussi à l’Iran. Je pense à la Turquie, qui doit s’impliquer dans la lutte contre Daech, et engager, ou plutôt reprendre, le dialogue avec les Kurdes.
J’appelle sur cette grande question, qui a eu un rôle important ces derniers mois, à une prise de conscience générale. Le terrorisme menace tous les acteurs de la région, pas simplement quelques-uns, mais toutes les puissances et le règlement de la crise syrienne exige la participation de tous.
La France est prête à y prendre sa part.
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Iran

Une nouvelle relation avec l’Iran est possible, elle suscite des espoirs, qui ne doivent pas se transformer en illusions ou en innocence. Le mot « innocence » d’ailleurs pouvant être mal compris. Il y en a qui se précipitent, nous devons, nous, faire en sorte que notre relation bilatérale puisse être de nouveau engagée, et nous devons aussi demander à l’Iran de s’associer à la résolution des crises, qui ravagent la région.
Je l’avais dit au président ROHANI quand je l’ai rencontré pour la première fois, au lendemain de son élection : pour qu’il puisse y avoir un accord, il faut que, non seulement, l’Iran renonce à l’arme nucléaire, mais qu’en plus, l’Iran puisse être un acteur constructif, comme sa place, son histoire, sa culture le justifient dans la région. C’est le sens du dialogue que j’ai proposé au président ROHANI.

publié le 15/07/2016

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