Réunion de la commission culturelle franco-russe

Q/ Vous venez à Moscou pour participer à la réunion de la Commission franco-russe pour le partenariat culturel, scientifique et les échanges d’étudiants. Quel est l’agenda de cette réunion, quels projets particuliers la France voudrait-elle développer avec la Russie ?

La Russie est un des grands partenaires de la France, et cela concerne aussi nos relations culturelles, scientifiques et universitaires. Nous souhaitons développer cette coopération, qui a connu de nombreux succès depuis la dernière commission mixte, au premier rang desquels l’Année de la France en Russie et de la Russie en France de 2010. Nos axes prioritaires demeureront les mêmes : encourager les mobilités étudiantes entre nos deux pays, promouvoir le français auprès des publics scolaires, étudiants, professionnels, soutenir les échanges culturels à la fois entre nos grandes institutions culturelles, mais aussi entre jeunes créateurs, appuyer les échanges entre nos scientifiques. Le tout en s’appuyant sur tout un réseau d’acteurs qui va bien au-delà de nos ambassades et de nos institutions culturelles : je pense en particulier au rôle important joué par les Alliances françaises, structures associatives comme vous le savez, dans la diffusion de notre culture et de notre langue sur tout le territoire russe. Embrasser toute la Russie est aussi un défi que nous souhaiterions relever à l’avenir en développant ce réseau des Alliances françaises, mais aussi de façon plus générale toutes les relations entre les multiples acteurs de la coopération franco-russe : administrations, collectivités locales, universités, écoles, associations…

Q/ Après la prise de Palmyre, la Russie s’est déclarée prête à s’engager pour restaurer les monuments historiques de cette ville. Est-ce que la France est prête à soutenir cette initiative russe et à coopérer avec Moscou pour envoyer des spécialistes ensemble ? Quand peut-on attendre la réalisation d’une telle visite ? Est-ce que vous allez discuter de cette question avec M. Shvidkoy ?

Palmyre a une signification particulière dans le cœur des Français. La France a une longue expérience en Syrie, et une longue histoire de présence dans le secteur de l’archéologie. C’est donc avec tristesse et colère que notre pays avait appris la destruction par les barbares de Daech des joyaux archéologiques de cette cité antique, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, notamment du temple de Baal et du fameux "Arc de Palmyre", qui rendait le site reconnaissable entre tous.. Tristesse, car ces destructions témoignaient de la volonté d’anéantir la diversité culturelle et l’histoire plurimillénaire du Moyen-Orient. Colère, car la ville avait été livrée à Daech presque sans résistance du régime syrien en mai 2015.

Malheureusement, ce n’est pas le seul lieu qui a souffert dans ce terrible conflit. D’autres sites historiques inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO ont été détruits ou endommagés depuis 2011 : c’est notamment le cas du vieux souk et de la Grande mosquée d’Alep ainsi que du Krak des Chevaliers. La vieille ville de Homs n’était pas inscrite à l’UNESCO, mais elle était connue des anciens sous le nom d’Emèse, et elle n’est plus aujourd’hui qu’une succession effrayante de ruines. Chacun sait la responsabilité écrasante du régime syrien dans ces destructions.

La France déplore les pertes humaines et ne cache pas sa satisfaction à l’idée que les terroristes de Daech ne menacent plus Palmyre. Mais la question de la protection du patrimoine en Syrie doit être appréhendée dans sa globalité. Il ne faut pas se précipiter dans une démarche partielle et hâtive, dont les motifs tiennent plus à la politique qu’à l’archéologie. Nous aimons Palmyre. Nous aimons Alep, que déjà en 2015, nous appelions à sauver. Nous aimons le Krak des Chevaliers, dont l’histoire est familière à la France.

Pour que tout ce merveilleux patrimoine soit durablement mis à l’abri des diverses barbaries qui l’ont si durement touché, et pour qu’il puisse être restauré dans sa totalité, avec un large soutien international, il faut que la paix s’installe. Pas seulement la trêve récente, dont nous nous félicitons, mais une véritable paix. Pour cela, il faut que le régime syrien, qui reste, ne l’oublions pas, le principal responsable du conflit et de ses 270.000 morts depuis cinq ans, s’engage dans une véritable transition politique, conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité.

Dans cette attente, la France, qui a demandé depuis le départ aux parties en conflit et à leurs soutiens internationaux de concentrer leurs attaques contre Daech et Jabhat al-Nosra, seuls groupes classés comme terroristes par les Nations unies, reste pleinement mobilisée, avec ses alliés, pour poursuivre la lutte contre ces groupes terroristes et préserver le patrimoine de la Syrie. Nous avons ainsi proposé à l’UNESCO, le 17 novembre dernier, la constitution d’un fonds de dotation internationale pour restaurer les sites détruits par la barbarie des fanatiques et être prêts, notamment, à faire revivre Palmyre ou Alep le moment venu, comme nous l’avons fait à Tombouctou au Mali. Nous rappelons également que nous n’avons pas cessé de financer des bourses d’études au profit des jeunes Syriens qui constitueront la future génération d’archéologues, et que nous poursuivons le travail engagé dans le domaine de la numérisation des archives archéologiques syriennes.

Q/ Comment appréciez-vous la coopération culturelle entre les deux pays ? Est-ce que les sanctions contre la Russie de la part de l’Union Européenne ont influencé les échanges culturels et scientifiques entre la Russie et la France ? Peut-on parler d’une diminution des projets conjoints ?

Les sanctions de l’UE n’ont pas eu en soi d’impact sur des relations culturelles qu’elles ne concernaient pas, et je ne pense pas qu’elles aient en rien diminué l’attrait qu’éprouvent nos deux peuples l’un pour l’autre, comme le montrent les nombreux projets que nous continuons à réaliser.

Il n’y a donc eu aucune diminution de notre action en Russie : j’en veux pour preuve la signature par nos deux pays l’an dernier d’un accord de reconnaissance des diplômes universitaires qui permettra d’augmenter encore le flux des étudiants entre nos deux pays (il y a 5000 étudiants russes en France), ou encore l’extension de notre réseau des Alliances Françaises, qui devrait bientôt s’élargir à la ville d’Oufa.
C’est aussi le sens de cette commission mixte, qui se tient à un moment où il importe de souligner la vigueur des liens humains et culturels entre nos deux peuples, car ce sont eux qui fondent notre relation sur le long terme, au-delà des contingences politiques du moment.

Q/ Quelles sont les évènements à venir de l’année croisée du tourisme entre la France et la Russie ?

L’année franco-russe 2016-17 du tourisme culturel vise avant tout à faire prendre conscience aux Russes et aux Français que chacune des deux cultures a profondément influencé l’autre, et que ces traces se voient sur le territoire de chacun des deux pays.
Pour cette raison, nous allons mettre en place, avec le soutien du réseau des Alliances françaises en Russie, des itinéraires français en Russie (architecture, histoire militaire, influence française sur la gastronomie et la viticulture, les grands voyageurs français en Russie). De son côté, l’ambassade de Russie en France envisage la création d’itinéraires spécifiques en France, dédiés aux écrivains russes, à l’émigration, aux peintres russes, etc.

Pour permettre à nos deux pays de dynamiser leurs échanges touristiques, le Centre des monuments nationaux travaille également à la construction de jumelages entre monuments, Manoir de Nohant et Maisons Tolstoï, Château de Champs-sur-Marne et Manoir de Kouskovo, et peut-être ensuite Mont Saint-Michel et Îles Solovki. Ces jumelages prévoiront la mise à disposition du public sur chaque site d’une documentation traduite sur chacun des deux sites et des échanges de savoir-faire entre spécialistes des deux institutions. Ces jumelages devraient aussi s’appuyer côté russe sur l’agence de gestion des monuments historiques et culturels.
Nous poursuivons nos échanges avec la Russie sur le développement rural, en nous appuyant notamment sur l’association des plus beaux villages de Russie, et le premier de ceux-ci, merveilleusement restauré, Viatskoe.

Enfin, de nombreux événements culturels dans les deux pays participeront à la dynamisation des flux touristiques, en particulier les expositions organisées par le musée Pouchkine cette année (Fleuve Congo, Albert Marquet, Musée imaginaire d’André Malraux), la Fondation Louis Vuitton à Paris (Schoukine) et les musées du Kremlin début 2017 (Saint Louis).

TASS

publié le 14/04/2016

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