Lune-2015 : une nouvelle expérience de confinement russe

Faisant suite à l’expérience Mars-500 de 2010, l’Institut pour les Problèmes bioMédicaux de Moscou (IMBP) entend réaliser une nouvelle expérience d’isolement à la fin de l’année 2015.

JPEGPatch de la mission

Faisant suite à l’expérience Mars-500 de 2010, l’Institut pour les Problèmes bioMédicaux de Moscou (IMBP) entend réaliser une nouvelle expérience d’isolement à la fin de l’année 2015. Particularité de la mission : l’équipage sera entièrement féminin. Nous avons demandé aux acteurs de ce projet de répondre à nos questions, voilà leurs réponses.

Entretien avec Serguei Ponomarev, chef de projet.

Bulletin de Veille Scientifique et Technologique Russie : Pourquoi l’équipage du projet Lune-2015 est-il à 100% féminin ?

S. P. : L’objectif de ce projet est d’étudier les mécanismes d’adaptation de l’organisme féminin à l’isolement de 8 jours dans un espace hermétique et à la microgravité lors de l’entrainement dans une centrifugeuse à rayon court. C’est un projet pilote dans une série d’expériences d’isolement où les hommes devront bientôt participer également.

BVST Russie : En 2010 l’IMBP avait déjà effectué une autre expérience d’isolement. Quel est l’objectif de ces expériences ?

S. P. : Nous étudions l’adaptation de l’organisme humain à plusieurs effets liés à l’isolement lors d’un séjour prolongé dans l’espace, tels que l’hypodynamie, l’environnement « construit », les relations personnelles au sein de l’équipage. Ce type d’expérience est une très bonne préparation à un vol spatial, y compris vers d’autres planètes.

BVST Russie : Quelle différence avez-vous constaté entre les expériences d’isolement menées auparavant et la réalité des astronautes dans l’espace ?

S. P. : Il est difficile de donner une réponse détaillée, sachant qu’une multitude d’expériences a été menée lors du programme Mars 500. Pourtant, Serguei Riazanskiy et Oleg Artémiev, tous les deux participants à la simulation de mission martienne de 105 jours, une fois devenus de vrais cosmonautes, ont confirmé qu’en gros la simulation était très proche de la réalité. On a également le témoignage de Valeriy Polyakov qui détient le record du plus long vol spatial de l’histoire de l’humanité sur la station « MIR » (438 jours). Après son vol légendaire, en 1999-2000, il a participé à l’expérience « SFINCSS », qui selon lui, avait reproduit avec beaucoup de précision le quotidien et l’activité des cosmonautes dans l’espace.

BVST Russie : Comptez-vous utiliser les mêmes installations qui étaient servies pour Mars 500 ?

S. P. : Oui. Mais, probablement, pas tous les modules.

BVST Russie : A votre avis, en quoi le projet Lune-2015 pourrait compléter et enrichir l’expérience du Mars-500 ?

S. P. : On devra obtenir les données sur la période initiale d’adaptation de l’organisme féminin à un espace hermétique, sur le comportement et l’interaction au sein de l’équipage féminin, sur l’effet de la microgravité « tète – bassin », obtenue lors de l’entrainement dans une centrifugeuse, sur les paramètres physiologique de l’organisme féminin. On testera un nouvel équipement qui sera ensuite installé sur l’ISS.

BVST Russie : Le programme russe d’exploration lunaire prévoit l’atterrissage de la sonde Lune-25 sur un pôle lunaire à l’horizon 2025 et la création d’une base lunaire à l’horizon 2040. Quel est la place de votre projet dans ce programme ?

P. S. : Notre projet Lune-2015 n’est pas lié au programme lunaire. Néanmoins, les résultats obtenus pourraient être pris en compte lors de la préparation d’un équipage lunaire.

BVST Russie : Quelle est le rôle de la coopération internationale dans cette mission ?
Notre projet est entièrement russe. En revanche, toutes les prochaines expériences d’isolement prévoient une possibilité de participation étrangère.

Entretien avec Maria Maximova (M.M), Anna Koussmaoul (A.K), Daria Stchastlivtseva (D.S), Elena Loutchitskaya (E.L), Inna Nossikova (I.N) : candidates à la mission

BVST Russie : Comment êtes-vous devenue candidate ? Avez-vous déjà eu ce type d’expérience auparavant ?

A.K : Nous l’avons toutes appris à peu près de la même façon. Comme cette expérience a été lancée par les jeunes chercheurs et les spécialistes de l’IMBP, l’idée est venue d’inviter au projet des collaboratrices de ce même institut. Le choix ne manquait pas. Actuellement, je suis employée chez OAO ORKK mais avant, pendant 10 ans, j’ai travaillé à l’IMBP où j’ai eu la chance de participer à plusieurs projets. Au début c’était de la recherche où, entre autre, j’effectuais des tests sur moi-même et sur mes collègues. En tant qu’objet de tests, j’ai participé à des expériences avec des mélanges de gaz respiratoires, ou encore au projet « Sirène-2004 », où l’équipage féminin immergeait dans l’eau en caisson hyperbare jusqu’à 70 mètres de profondeur. Je n’ai pas été sélectionnée mais j’ai passé tous les tests préparatoires. En tant que manager, j’ai été impliquée dans le projet « Mars-500 » où j’ai eu beaucoup de contacts avec les membres de l’équipage et les chercheurs du projet.

E.L : A notre institut on réalise souvent des projets de simulation du vol spatial, des tests d’équipement etc. où ma participation consistait surtout en l’examen médical des participants et en l’analyse des résultats. Malheureusement, pour chacun de ces projets on cherchait que des volontaires de sexe masculin. C’est pourquoi, dès qu’on a annoncé la préparation de ce projet, je me suis immédiatement portée volontaire. Etant physiologiste, j’ai eu la possibilité de tester des équipements immergée dans un bain d’immersion ou installée dans une centrifugeuse. Parmi les grands projets où j’ai participé, je peux mentionner les tests d’un équipement pour l’ISS que j’ai effectué en apesanteur simulée.

I.N : J’ai très rapidement gagné la confiance de l’équipe de l’IMBP, j’ai proposé mon aide – et voilà, je suis parmi les dix candidates. Ce sera ma première expérience.

BVST Russie : Mars-500 a duré 520 jours. Seriez-vous partante pour un si long projet ?

M.M : Si je pouvais disposer d’un équipement scientifique nécessaire pour publier ensuite les résultats obtenus, alors ce serait possible. 520 jours, c’est beaucoup. Je dois encore soutenir ma thèse de doctorat.

A.K : Dans l’état actuel des choses, plutôt non. Il faudrait que je laisse pour 1,5 ans mon activité principale ce qui est trop long pour un spécialiste, surtout dans notre pays. Après ce serait difficile de tout reprendre en mains. C’est, peut-être, plus simple à 25-26 ans, mais pas à 35 ans. Si vous m’aviez posé cette question 8-10 ans auparavant, la réponse aurait été différente.

D.S : Plutôt oui, j’aimerais bien me tester pour voir de quoi je suis capable.

E.L : J’ai une famille et un enfant. Je ne pourrais pas les laisser pour une aussi longue période.

I.N : Je suis prête, même pour une plus longue période.

BVST Russie : Les six membres de l’équipage seront élus parmi les 10 candidates. Quels tests devrez-vous subir pour être sélectionnées ?

M.M : Outre les examens médicaux, il faudra passer des tests physiologiques et psychologiques, plus l’entrainement pour le programme scientifique de l’expérience. Sincèrement, toutes les dix méritent d’être élues. Ce sera un choix difficile.

A.K : Toutes les filles sont d’abord soumises à des tests médicaux très rigoureux à plusieurs étapes : la fluographie, les analyses de sang, l’examen par des médecins (chirurgien, ORL, neurologue etc.) Nous nous entrainons déjà en parallèle. Un rôle très important est réservé aux tests psychologiques. Tous ces facteurs influeront sur le choix final.

D. S. : On ne peut pas éviter des examens médicaux et des tests psychologiques, bien évidemment. Et comme nous allons nous entrainer dans une centrifugeuse à rayon court, nous passerons des tests sur un fauteuil tournant sur trois axes.

E.L : C’est avant tout, la sélection médicale des candidates et les premières conclusions des médecins. Après c’est le tour des tests psychologiques. Les spécialistes analyseront les particularités personnelles et la compatibilité psychologique de chacune pour pouvoir ensuite former l’équipage le plus adapté à la cohabitation dans un espace restreint.

I.N : Tout d’abord nous passerons des tests médicaux qui seront suivis par des tests de compatibilité psychologique.

Questions par Louise Fleischer
Traduit du russe par Oxana Itkis

publié le 29/02/2016

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