Liberté ! Égalité ! Fraternité !

Tribune de l’Ambassadeur Jean-Maurice Ripert publiée dans "Moskovskii Komsomolets" à l’occasion de la fête nationale.

Version en russe sur le site de "Moskovskii Komsomolets"

Nous célébrons aujourd’hui le 14 juillet, la Fête nationale de la République française, l’occasion de rappeler les valeurs de la République française en y associant le peuple de Russie avec lequel nous avons tant en commun.

La Quinzaine française que nous avons organisée touche à sa fin et nous accueillons aujourd’hui au sein de l’ambassade les personnalités qui contribuent au renforcement de l’amitié franco-russe. J’ai été très touché par la présence de nombreux Russes à la Fête française qui s’est tenue pour la deuxième fois au Centre Flacon le 9 juillet. Plus de 10.000 Français et Russes de Moscou s’y sont retrouvés pour partager d’intenses moments de plaisir et d’amitié.

Notre Fête nationale, qui rassemble aussi bien les Français que tous les amis de notre pays et les citoyens attachés à nos valeurs, est l’occasion de rappeler ce qu’est la France et de se souvenir d’où nous venons pour mieux envisager l’avenir.
Le 14 juillet 1789, le peuple parisien s’emparait de la Bastille et libérait les prisonniers de la royauté. Le 14 juillet 1790, la Fête de la Fédération rassemblait dans un moment d’union nationale le peuple révolutionnaire et le roi Louis XVI. Cette date est dorénavant célébrée tous les ans depuis 1880. Cette tradition est synonyme de nos jours de l’esprit de rassemblement, de résistance à l’oppression , de liberté et de justice. Aujourd’hui, nul doute que les Russes connaissent la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, notre devise « liberté, égalité, fraternité », ainsi que notre hymne « la Marseillaise », que la Russie avait temporairement adopté comme hymne dans le tumulte de l’année 1917.

À l’époque, les relations franco-russes étaient partagées entre fascination mutuelle et antagonisme, entre attraction réciproque et rejet par dépit. Ce paradoxe apparait avec force au fil de nos histoires nationales lorsque la Russie faisait partie des monarchies s’attaquant à la Révolution française avant qu’elle ne partage l’Europe sur le Niémen avec Napoléon Bonaparte en juillet 1807. La guerre nous séparait alors mais aujourd’hui cette attirance russe pour la France est matérialisée par le musée de la Guerre patriotique de 1812 ou encore par la formule « la Grande révolution française », propre à l’historiographie soviétique, les Français eux-mêmes n’ajoutant pas une telle épithète à cette période fondatrice.

Avant la Triple Entente qui permit l’alliance de la France et la Russie pour la première fois dans l’histoire de la République, symbolisée à Paris par le magnifique pont Alexandre III, l’aristocratie française de l’Ancien régime était déjà attirée par « l’Empire de toutes les Russies ». À la suite de l’abolition des privilèges, la noblesse française a massivement émigré vers l’est pour s’installer notamment à Moscou et à Saint-Pétersbourg où certains domaines ont conservé les noms des Français qui s’y étaient établis. Au tournant de la Révolution française, la Russie s’était entourée de grands aristocrates français tels que le duc de Richelieu, gouverneur d’Odessa, ou l’abbé Nicole, professeur à Saint-Pétersbourg. Les empereurs russes parlaient la langue de Molière autant que la langue de Tolstoï.

Le président Charles de Gaulle avait pour habitude de considérer que les nations transcendaient le politique et tout au long de ses discours, il continua à parler de « Russie » plutôt que d’U.R.S.S.. Ensemble, la Russie de l’époque et la France ont combattu : durant le premier conflit mondial sur le front de l’Ouest avec un corps expéditionnaire fort de trois brigades, puis contre l’Allemagne nazie à partir de 1941, sur le front et dans les maquis intérieurs. L’escadrille Normandie-Niémen en est le plus beau symbole, ainsi que avec la participation de nombreux Soviétiques déportés en France qui rejoignirent les partisans français.

La fraternité d’armes franco-russe a fait de la Russie et de la France des partenaires essentiels à la sécurité en Europe. En 1944, un premier traité d’assistance mutuelle a scellé la nouvelle ère de coopération entre nos deux pays et en juin 1966 était signé un premier accord de coopération scientifique et technologique.

Au cours du mois de juin 2016, nous avons célébré les cinquante ans de cette coopération décisive pour la France comme pour la Russie. C’est le cas notamment de la coopération spatiale représentée aujourd’hui au Musée de la Cosmonautique par une fresque rendant hommage à cette aventure commune. Notons que la Russie programme pour novembre un vol habité depuis Baïkonour comprenant notre astronaute Thomas Pesquet, dans le cadre de cette coopération spatiale.

Ajoutons la coopération universitaire et scientifique qui a conduit à la signature en juin 2015 d’un accord - unique en Europe - sur la reconnaissance mutuelle des diplômes, ainsi qu’à la création de près de 150 doubles diplômes, le nombre le plus élevé de toute l’Europe. La France fait partie des destinations favorites des étudiants et doctorants russes, ces derniers pouvant recevoir des bourses pour étudier dans nos universités. À ce titre, nous avons, cette année une fois de plus, remis des prix à ces étudiants et signé de nouveaux accords.

Nous avons par ailleurs lancé une « année franco-russe du tourisme culturel » 2016-2017 pour encourager nos citoyens à découvrir les merveilles de nos deux pays et permettre à nos deux peuples de constater à quel point nous nous ressemblons. Plusieurs lieux de culture et de patrimoine ont à ce titre signé des accords de partenariats : le domaine de Kouskovo et le château de Champs-sur-Marne, la basilique Saint-Denis et la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg, la maison de Léon Tolstoï à Khamovniki et la maison de Georges Sand à Nohant ainsi que la maison Melnikov à Moscou et la villa Savoye de le Corbusier.

Enfin, le 7 juillet dernier, j’ai participé avec plusieurs de mes collègues ambassadeurs à l’inauguration de l’espace « Francothèque » de la Bibliothèque de littérature étrangère de Moscou, un espace donnant accès à un grand nombre de sources littéraires, de documents audio et vidéo en provenance des 80 États membres de la francophonie, qui regroupent près de 300 millions de locuteurs, chiffre en pleine croissance.

Aujourd’hui, la coopération franco-russe reste essentielle pour nos deux pays, dont les intérêts communs dépassent les différences et les divergences.

Ensemble, nous devons mener une lutte déterminée contre le terrorisme, contribuer à mettre un terme à la guerre en Syrie, faire progresser la résolution du conflit ukrainien dans le cadre du format dit de Normandie, dans lequel la France et l’Allemagne sont associées à la Russie et à l’Ukraine

Mais il nous faut aussi travailler ensemble pour faire face aux nouveaux défis globaux : la lutte contre le changement climatique, la promotion du développement durable, la défense et la promotion des valeurs universelles de la démocratie, des libertés et des droits de l’Homme, qui sont au cœur de l’engagement européen et international de la France et de l’Union européenne.

La France sait qu’elle peut compter aujourd’hui comme hier sur l’amitié sincère du peuple russe, notamment lorsque qu’elle traverse des épreuves difficiles : ce fut le cas en janvier et en novembre 2015 quand des milliers de Russes sont venus se recueillir dans le froid devant l’ambassade de France à Moscou et nos consulats à Saint-Petersbourg et Ekaterinbourg.

Notre gratitude est immense. Que nos amis russes se rassurent : la France se relève toujours plus forte des tragédies qu’elle affronte.
Et la France n’est jamais seule : nous avons choisi de nous unir au sein de la grande famille européenne, qui ne cesse de se renforcer pour le bien des peuples qui la composent. La sortie prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne ne remettra pas en cause ni le fondement de notre coopération ni l’existence d’institutions portant nos intérêts et nos valeurs. La solidité de l’Europe ne fait aucun doute et se renforcera par de nouvelles formes d’intégration dans les domaines politique et économique comme en matière de politique étrangère et de sécurité.

Le président Poutine aspirait lui-même à un partenariat renforcé avec l’Union européenne dès ses premières visites en France. De vastes projets avaient été envisagées, avant leur suspension suite à l’annexion illégale de la Crimée par la Russie et aux évènements du Donbass.

Nous restons attachés à ces projets comme au développement du partenariat entre la Russie et l’Union européenne, dans le respect de nos valeurs et dans la fidélité aux engagements pris vis-à-vis de nos partenaires et de nos Alliés, parce que nous restons persuadés qu’il ne saurait y avoir de paix, de sécurité et de prospérité en Europe sans un dialogue confiant et une coopération approfondie entre la Russie et la France, entre la Russie et l’Union européenne.

C’est la conviction profonde du Président de la république, M. François Hollande, c’est le sens de la mobilisation permanente de l’ensemble des autorités françaises, c’est l’axe central de l’action de l’Ambassade de France en Russie, c’est mon engagement constant.

En ce jour de fête nationale où la France se souvient de son histoire, de ses amis et partenaires, de ce qui fait le ciment de sa société républicaine, nous pouvons envisager l’avenir ensemble. Dans cette perspective, la Russie occupera toujours une place particulière dans le cœur des Français.

Ensemble, oeuvrons sans relâche pour la démocratie, la liberté, l’égalité et la fraternité dans le monde.

Vive l’amitié franco-russe,
Vive la République
Vive la France !

Jean-Maurice Ripert
Ambassadeur de France en Russie

publié le 15/07/2016

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