Le Partenariat Mondial G8

Le Partenariat Mondial du G8 de lutte contre la prolifération des armes de destruction massives et des matières connexes – projets franco-russes.

Lors du sommet du G8 en 2002 à Kananaskis au Canada le Partenariat Mondial du G8 de lutte contre la prolifération des armes de destructions massives et des matières connexes (PMG8) a été lancé pour 10 ans. Ce programme s’est fixé comme objectif de réduire les risques de prolifération des matières et savoirs associés aux armes de destruction massives (nucléaire, radiologique, biologique, chimique) dans le monde entier. Ce premier volet s’est principalement focalisé sur la liquidation et la sécurisation de l’héritage de la guerre froide.
Depuis son lancement 27 pays ont rejoint le partenariat.
La France a été très active dans ce programme, les ministères de tutelle (Min. Defense, Min. Affaires Etrangères et Européennes, Min. de l’Industrie) ont confié la maitrise d’œuvre des projets réalisés sur financement français au Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives (CEA) (http://www.cea.fr/) .
En 2013 l’ensemble des projets pilotés par le CEA a été achevé. En dix ans la France a participé à hauteur de 80M€ dans des projets bilatéraux, dont 62M€ dans le volet nucléaire du programme, et 40M€ via le fond Northern Environmental Dimension Partnership (NDEP) (http://ndep.org/) à des projets multilatéraux.
Les initiatives françaises ont contribué à l’amélioration de la sécurité et de la sureté nucléaire en Russie et en Ukraine via des projets complexes.
Divers industriels et PME françaises ont été impliqués au cours des projets français du PMG8 (Areva, Canberra, IRSN, OSMOS, SGN, Robatel Industries, ANTEA, INERIS, …).

Evacuation et sécurisation des combustibles nucléaires usés 45 M€
Création d’un incinérateur des déchets de faible radioactivité à Zvezdotchka 11 M€
Elimination des sources de très haute radioactivité des RTG (Radio-isotopic Thermal Generator) 3 M€
Amélioration de sureté nucléaire de la centrale de Kalinin 2 M€
Programme AIDA (démantèlement armes nucléaires) 1 M€
Contribution en création des usines de destruction des armes chimiques 15 M€
Contribution aux projets de biosécurité gérés par le CIST 1 M€
Reconvention des scientifiques 2 M€
Total 80 M€

Sécurisation de matières nucléaires en Russie :

Centres d'intérêt et projets internationaux du PMG8 en Russie
Centres d’intérêt et projets internationaux du PMG8 en Russie

Le programme français dans le cadre du PMG8 s’est principalement concentré sur la Russie et le volet nucléaire. En particulier sur la sécurisation de matières nucléaires hautement enrichies (combustibles nucléaires usés – CNU) présentant un risque majeur tant du point de vue de la prolifération que de la sûreté nucléaire.
Il a été décidé de se focaliser la majeure partie des initiatives sur un site en particulier, l’ancienne base navale de Gremikha, afin d’atteindre des résultats concrets et d’optimiser l’utilisation des fonds français.
Cette base isolée à l’est de la péninsule de Kola servait à l’entretien de (SN) marins nucléaires durant la guerre froide. En 2002, elle était quasi désaffectée et son infrastructure en très mauvais état ne permettait pas de gérer les importantes quantités de combustibles usés entreposés dans des conditions dégradées.
Les premières actions menées ont consisté à améliorer le niveau de sûreté et de radioprotection afin de garantir le déroulement des opérations à venir dans de bonnes conditions.
Une plateforme à ciel ouvert était occupée par 898 assemblages CNU, enrichis à 20%, des sous-marins avec réacteurs VVR dont près d’un tiers étaient endommagés. Une méthode par étapes a été développée conjointement avec nos partenaires russes ainsi que toutes les procédures de prévention et de gestion de situations non standard et les outils de gestion sûre et de reconditionnement des CNU endommagés. Ces 898 assemblages CNU ont été évacués de la base (le dernier conteneur à quitté Gremikha en 2012) vers Atomflot à Mourmansk. Le site d’Atomflot gère la flotte de brise-glaces nucléaires russe. C’est aussi un nœud central pour la gestion de l’héritage nucléaire russe dans la région Nord-Ouest du pays, car tous les CNU de la région (Gremikha, Sayda Bay, Andreeva Bay) transitent par cette base. La France à financé le montage d’une grue de 100T de fabrication russe qualifiée pour la gestion de matières nucléaires. Le montage de la grue a été achevé en décembre 2013 et celle ci remplacera l’ancienne grue arrivée en fin de vie. La France a également financé la modernisation d’une cellule chaude pour la gestion des CNU VVR endommagés au centre de retraitement de Mayak (Oural). La cellule a été achevée en 2013 et commencera son opération en 2014.


Cartographie rayonnement gamma de l’open pad aux divers stades d’itération de la première phase de gestion des ACNU VVER à Gremikha


Plateforme d’entreposage des ACNU VVR, Gremikha
En haut : l’open pad en 2004 avec conteneurs d’ACNU
En bas : l’open pad en 2012 vide

La seconde partie du projet Gremikha s’est portée sur la gestion des cœurs nucléaires des SN d’attaque de classe Alfa/Lyra . Neuf cœurs étaient entreposés sur le site de Gremikha, dont deux particulièrement problématiques encore dans les compartiments réacteurs (CR) des SN. Le CNU qu’ils abritent est enrichi à 90%.
Le premier cœur accidenté a été décontaminé puis déchargé de la coque 910 en 2011 avec l’aide de la France. L’ensemble des études en vue de son démantèlement a également été mené. Le second cœur de la coque 900 a quant à lui été démantelé et le combustible évacué vers Atomflot en 2012, il y sera entreposé dans l’attente du développement prochain à Mayak d’une approche industrielle de traitement du combustible « exotique » des réacteurs Alfa (Uranium-Berillium).
La gestion de ces deux cœurs semblait irréalisable il y a quelques années. Le succès des projets 900 et 910 a été une première mondiale. C’est une preuve concrète des résultats qui peuvent être atteints en alliant l’expertise de haut niveau de la France et de la Russie dans le domaine du nucléaire. Ce sont ces projets qui illustrent à quel point ce qui a débuté comme une assistance au début des années 2000 s’est mué en un partenariat fructueux. Cette réussite à ouvert la voie à la gestion sur le site de Gremikha du reste des cœurs Alfa. En effet les travaux sur les 900 et 910 ont permis de développer la méthodologie et l’infrastructure nécessaires au démantèlement de ces cœurs très spécifiques.


Le 900 dans le dock de Gremikha

Rénovation de l’incinérateur de déchets radioactifs solides de Severodvinsk sur le chantier naval de Zvezdochtka en charge du démantèlement de nombreux sous-marins.

Zvezdochtka est un des plus grands chantiers navals au monde, spécialisé en entretien et démantèlement de sous-marins nucléaires. Dans le cadre du PMG8, de nombreux sous-marins sont démantelés sur ce chantier naval, activité générant des déchets faiblement radioactifs devant être incinérés afin d’en réduire le volume et de prévenir ainsi la saturation des entreposages du site. L’ancienne unité d’incinération étant hors service, il était nécessaire d’installer un nouvel incinérateur de déchets solides, conforme aux normes actuelles. L’unité d’incinération, dont les essais en inactif ont été effectuésa été mise en service en 2013.

Démantèlement de générateurs thermoélectriques au strontium (RTG) :

Servant principalement à assurer l’autonomie des phares et des balises de navigation russes, de nombreux RTG (Radio-isotope Thermal Generators) ont été produits par l’URSS (1007 RTG) et présentaient un risque important de détournement à des fins malveillantes (des RTG ont déjà été pillés pour le métal qu’ils contiennent). L’action menée a consisté à participer au démantèlement de ces générateurs thermoélectriques et à l’entreposage sûr et définitif des matières radioactives qui les alimentent et à les remplacer par des sources alternatives (solaires et/ou éoliennes) plus sûres pour l’environnement et sans risque de détournement. De 2005 à 2009, la France a participé à un programme piloté par la Norvège (accord entre le gouverneur de la région de Mourmansk et celui de la région du Finnmark) pour l’enlèvement des RTG en mer de Barentz. Depuis, le CEA a accepté la proposition de ROSATOM de travailler en bilatéral pour l’évacuation et le démantèlement de RTG se situant en mer Baltique. Un premier contrat pour le remplacement de 4 RTG de forte puissance s’est achevé à l’été 2010. Le second pour le remplacement de 12 RTG a été conclu en juillet 2010 et s’est achevé en juin 2011. Cette dernière opération aura contribué à l’enlèvement complet des RTG de la mer Baltique, en collaboration avec la Norvège, la Suède et la Finlande.

Actions dans le domaine de la Biologie :

Les projets engagés par le canal du CIST (Centre international des sciences et de la technologie de Moscou) sont destinés à mettre en place des outils efficaces de lutte contre la menace bioterroriste : développement de nouvelles molécules thérapeutiques et de nouveaux outils de diagnostic et de surveillance environnementale : quatre projets ont démarré en 2006, dans ces domaines, avec le laboratoire d’Obolensk (State Research Center for Applied Microbiology, SCRAM), l’Institut de Biochimie organique de Moscou (Shemiakin and Ovchimiko Institute of Bioorganic Chemistry (IBCH), et le laboratoire Vektor de Koltsovo (State Research Center of Virology and Biotechnology). Trois de ces projets qui associent des laboratoires français et russes se sont achevés en 2010. Un quatrième a été prolongé jusqu’en mars 2011. Fin 2009, la France a pris la décision de poursuivre l’action entamée en Russie avec des laboratoires situés en Géorgie et en Azerbaïdjan. Ces projets sont en cours de mise au point par le canal du STCU (Centre international des sciences et de la technologie de Kiev) avec les laboratoires Eliava de Tbilissi et la station antipeste de Bakou. Le démarrage effectif de la collaboration a eu lieu fin 2010.

Actions dans le domaine de la reconversion des scientifiques :

L’objectif de l’action française était initialement de contribuer à la création d’emplois durables en Russie de scientifiques et de techniciens ayant collaboré au développement d’armes de destruction massive et de réaliser des opérations qui soient profitables aux deux parties. Suite à une étude de faisabilité, le CEA a engagé une action plus limitée de soutien des partenariats public-privé de façon à faire la démonstration qu’il était possible d’aider des industriels à s’associer à des laboratoires russes afin de développer, de manière industrielle, des technologies ou des produits mis au point par ces laboratoires. Ce projet a nécessité d’installer une équipe mixte, avec une forte implication des experts Russes qui assurent le contact vers les entreprises étrangères, mais en même temps apporte son expérience de l’environnement Russe, du développement économique et des collaborations sur les hautes technologies. L’action de démonstration engagée par la France s’est concentrée sur les régions de Tomsk, Nijni Novgorod, Moscou et les villes fermées de Seversk, Sarov et Snezhinsk. Aujourd’hui une dizaine de projets de coopérations sont soutenus par ce programme notamment le projet de développement des bio-chips innovants pour le marché mondial dans le secteur biomédical. C’est également dans le cadre de ce programme, que la société russe Binar et la société française Wit ont signé à l’ambassade de France en présence de M. l’Ambassadeur le 6 octobre 2009 un accord de coopération pour le développement de nouveaux produits dans le domaine de la gestion et de l’optimisation des réseaux d’énergie. Ce projet du PMG8, clos depuis janvier 2010, aura permis de faire la démonstration de la viabilité du concept qui était recherchée.

publié le 18/01/2014

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