Climat - Discours de Laurent Fabius à Sendai, Japon

14 mars 2015

Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,
Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement
Medames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs, chers amis,

C’est un honneur de pouvoir m’adresser à vous en tant que futur président de la 21e conférence des Nations unies sur le climat, la COP21, qui se tiendra en décembre 2015 à Paris.

Avant de débuter mon propos, je veux rendre hommage aux victimes du tsunami qui s’est abattu à quelques kilomètres d’ici, il y a 4 ans presque jour pour jour.

La conférence de Sendai aujourd’hui et la conférence de Paris en décembre traitent de deux sujets en apparence distincts : la réduction des risques de catastrophes d’un côté, et la lutte contre le dérèglement climatique de l’autre. En réalité, les sujets sont liés.

Aujourd’hui, on estime en effet que plus de 70% des catastrophes dites naturelles sont liées au dérèglement climatique. C’est deux fois plus qu’il y a 20 ans et ce le sera encore d’avantage à l’avenir.

Plus de 70 pays sont identifiés comme particulièrement vulnérables. Ils sont exposés à des évènements climatiques extrêmes –typhons, pluies diluviennes, tempêtes de sable ou de neige. Ces pays sont également exposés aux impacts plus lents mais tout aussi dramatiques du dérèglement climatique : des sècheresses accrues en Afrique, la montée des eaux qui menace les zones côtières en Asie et qui remet en question l’existence des petits états insulaires. Les pays riches, on le voit au Japon, ne sont pas à l’abri, mais les pays les plus exposés sont les plus pauvres, et c’est en priorité à leur égard que nous devons faire preuve de solidarité.

Bien sûr, il ne s’agit pas de mélanger les diverses négociations –elles ont leurs équilibres et leurs règles propres. Mais le combat pour la réduction des risques de catastrophes, que nous menons depuis plusieurs années et dont nous allons ici à Sendai renouveler la stratégie internationale, c’est aussi un combat pour le climat. La lutte contre les catastrophes et la lutte contre le changement climatique doivent être menées ensemble, car les solutions sont en grande partie les mêmes.

Quand on met en place un système d’alerte contre les catastrophes, c’est une contribution à l’adaptation aux changements climatiques. Quand on intègre les risques du dérèglement climatique pour concevoir des bâtiments ou aménager des zones côtières, c’est aussi une contribution. Il faut donc penser les problèmes ensemble et non séparément.

Je me suis rendu récemment avec le Président de la République Française en Nouvelle Calédonie, qui est menacée aujourd’hui même d’un typhon, pour un Sommet avec les dirigeants des Etats insulaires de la région – le groupe « AOSIS ».
Ils nous ont dit leur besoin d’avancer à Sendai et leur besoin d’un accord ambitieux sur le climat à Paris, qui permette de limiter le réchauffement climatique à deux degrés, voire si possible à 1,5 degré. Leur survie est en cause. Ils ont aussi exprimé la nécessité d’un appui de la communauté internationale pour mettre en place ou renforcer les systèmes d’alerte et de réaction face aux catastrophes.

Nous savons que des efforts importants ont déjà été engagés- je veux les saluer, c’est-à-dire vous saluer. De nouvelles actions seront annoncées ces prochains jours. Mais nous sommes encore loin d’une couverture universelle. C’est pourtant cet objectif que nous souhaitons dégager pour structurer nos efforts.

Des dégâts humains et matériels massifs pourraient être évités si un tel système existait : la population pourrait être prévenue par des messages, y compris sur téléphone mobile. Beaucoup de pays ne disposent pas encore d’un tel système.
C’est pourquoi je veux contribuer à lancer ici à Sendai un appel pour que, le plus vite possible, les habitants des pays les plus vulnérables puissent accéder à un dispositif mondial qu’on pourrait appeler « Alerte catastrophe climatique » (Climate Disaster Warning).

L’objectif serait de fournir à tous les pays concernés des données météorologiques que plusieurs Etats tirent de leur réseau de surveillance météorologique implanté dans le monde entier. Cela nécessitera de financer l’acquisition de moyens informatiques et de communication pour traiter les données et les diffuser. Cela exigera d’assurer des formations pour utiliser ces données et d’appuyer la généralisation de systèmes d’envoi de SMS. Cet effort est à notre portée, la France est prête à y prendre sa part.

Mesdames et messieurs, chers amis,

Ce que nous cherchons à construire pour la COP21 de Paris en décembre avec le Secrétaire général des Nations unies dont je veux saluer l’implication magnifique dans cette tâche, c’est une « Alliance de Paris pour le climat » qui reposerait sur quatre piliers : d’abord, un accord universel et différencié limitant le réchauffement climatique à deux degrés ; d’autre part, des contributions nationales qui auraient dû auparavant être publiées ; un accompagnement financier, gage d’équité pour un accord effectif, et enfin un « agenda des solutions » permettant de rassembler tous les acteurs – villes, régions, entreprises, société civile- qui, en plus des gouvernements, agissent concrètement sur le terrain.

Mesdames et messieurs, l’information publiée hier même par l’Agence Internationale de l’Energie que, après 40 ans d’augmentation quasi continue, les émissions mondiales de dioxyde de carbone en 2014 n’ont pas augmenté malgré une croissance économique mondiale de 3%, cette information, si elle est vérifiée, montre qu’une telle évolution positive est possible et nous remplit d’espoir pour la COP 21 et pour l’année 2015 qui doit être l’année du développement durable. Je veux dire ici à quel point un succès de la conférence de Sendai permettra de démarrer la conférence de Sendai permette de démarrer l’année 2015 sur d’excellentes bases et ajouter que le succès de la conférence de Sendai facilitera donc le succès de la conférence de Paris.

publié le 15/07/2016

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