Interview du Ministre de l’Agriculture à Interfax

Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement, a donné une interview à l’agence russe Interfax dans laquelle il évoque la position française dans le conflit en Syrie et les sanctions commerciales entre la France et la Russie

Interfax : Comment la France interprète-t-elle, dans l’optique d’une contribution à la résolution du conflit, les actions antiterroristes des forces armées aériennes russes en Syrie ?

Stéphane Le Foll : Le Président de la République s’est entretenu avec le Président Poutine vendredi à l’occasion du sommet Normandie. Il lui a rappelé que les frappes en Syrie doivent être dirigées contre Daech et les groupes terroristes uniquement, à l’exclusion des civils et des opposants modérés qui luttent depuis 3 ans contre le régime de Bachar al Assad. Une Syrie unie, démocratique et respectueuse de toutes les communautés est le but que nous poursuivons. Il faut également mettre fin aux bombardements des populations civiles avec des barils d’explosifs et de la chlorine : ces violences commanditées par Assad, qui alimentent l’extrémisme et les flots de réfugiés, doivent cesser. Enfin, pour être efficaces contre Daech, nous devons traiter le mal à sa racine : il faut une transition politique qui montre clairement au peuple syrien qu’Assad ne sera pas l’avenir de la Syrie. A partir de ces conditions, chacun doit être mis devant sa responsabilité. La France est prête au dialogue et à l’action avec tous, mais à ces conditions, parce qu’elles seules garantiront l’efficacité d’une action collective contre Daech et les groupes terroristes.

Interfax : Plusieurs pays occidentaux, dont l’Allemagne et les Etats-Unis, réajustent leur position vis-à-vis de Bachar Al-Assad. L’Allemagne admet la possibilité d’un dialogue avec le président syrien. Les Etats-Unis disent ne plus insister sur son départ immédiat. Y a-t-il ou y aura-t-il un assouplissement de la position française sur la question d’Assad ?

Stéphane Le Foll : La France a une position constante. Le Président de la République l’a très clairement rappelée la semaine dernière à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies. L’avenir de la Syrie ne peut pas être incarné par Bachar al-Assad. Assad ne constitue pas la recette contre le chaos syrien, il en est au contraire le premier responsable. Il faut donc, je l’ai dit, une transition de sortie, fondée sur le communiqué de Genève de 2012 : nous devons faciliter la formation d’un gouvernement composé d’éléments du régime et d’éléments de l’opposition modérée qui refuse le terrorisme. C’est également la position du Président Obama, rappelée lors de l’Assemblée générale de l’ONU, et celle de la Chancelière allemande, rappelée vendredi lors du sommet Normandie.

Interfax : La décision de lever les sanctions à l’encontre de la Russie pourrait-elle être prise d’ici la fin de cette année, ou bien seront-elles plutôt prolongées ?

Stéphane Le Foll : Le sommet format Normandie a permis d’avancer. Les accords de Minsk prévoient un processus et un calendrier. Les étapes doivent être franchies les unes après les autres. Elles prennent plus de temps que ce qui était prévu, que ce soit sur le cessez-le-feu ou le retrait des armes qui vient de débuter mais elles sont considérées par tous comme devant être respectées. A l’occasion du sommet, avec les présidents Poutine et Porochenko, nous avons crée les conditions d’un report des élections qui avaient été unilatéralement annoncées par Donetsk et Louhansk. C’était crucial pour la suite. Ce report a été confirmé le 6 octobre. Maintenant le processus de Minsk va suivre son cours, c’est le seul qui permettra un règlement pacifique de la situation à l’est de l’Ukraine. Ce processus nous conduira certainement au-delà de la date qui était prévue pour la fin 2015. Mais ce qui compte c’est que les accords de Minsk tiennent . C’est aussi le préalable à la levée des sanctions.

Interfax : Votre ministère a-t-il évalué les préjudices subis par les agriculteurs français du fait de l’introduction par la Russie d’un embargo sur les produits alimentaires ?

Stéphane Le Foll : Cet embargo a eu pour conséquences la non-exportation d’environ 280 M€ de produits alimentaires français vers la Russie. Mais dans le même temps, les exportations agroalimentaires françaises vers les pays tiers au cours du premier semestre 2015 ont augmenté de 10% par rapport à la même période en 2014.

La Russie ne représente plus que 0,64% des exportations françaises de produits agroalimentaires, contre 1,26% en 2014. Mais ce blocus a eu comme effet indirect une baisse des prix sur le marché européen qui s’est retrouvé saturé pour certains produits. Donc finalement, le préjudice réel est très difficile à estimer, et dépend des filières. Mais je souhaite que la commission européenne négocie avec la Russie la reprise des flux commerciaux interrompus à la suite de l’embargo sanitaire mis en place par la Russie en février 2014.

Interfax : Les Russes aiment le vin français. Mais ses prix ont considérablement augmenté en raison de la hausse du cours de l’euro. Comment envisagez-vous les perspectives d’exportation de votre vin vers la Russie : sera-t-elle réduite ou bien maintenue aux niveaux actuels ?

Stéphane Le Foll : La France reste en valeur le premier fournisseur de vins à la Russie . Bien sûr la dévaluation du rouble par rapport à l’euro a conduit à un renchérissement des vins européens qui a eu un impact sur les ventes, mais je ne suis pas inquiet sur le moyen et long terme. Les vins français sont exportés depuis très longtemps en Russie. Ils sont et seront toujours appréciés par les consommateurs russes qui sont des connaisseurs. La France exporte en Russie principalement des vins en bouteille, produits directement sur les domaines français, et vendus sous Indications Géographiques, qui garantissent au consommateur son origine et sa qualité.

Interfax : Les uns disent que la France a rendu plus d’un milliard à la Russie à la suite de l’annulation du contrat de vente des Mistral, et d’autres disent que c’est moins. Est-il vrai que les bénéfices perdus par la partie française lors de leur revente à l’Egypte s’élèvent à plus de 200 millions d’euros ?

Stéphane Le Foll : En vertu de l’accord conclu le 5 août entre Paris et Moscou, la France a versé aux autorités russes une somme correspondant aux sommes versées par la Russie pour l’acquisition des 2 navires Mistral. Nous avons trouvé depuis un accord rapide avec l’Egypte, qui achètera ces deux bâtiments.

publié le 14/10/2015

haut de la page