Interview de Jean-Maurice Ripert à l’agence de presse Interfax (26 avril 2016)

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Monsieur l’Ambassadeur, la mise en œuvre de la partie politique des accords de Minsk sur l’Ukraine n’avance pas. Pour quelle raison ? Paris a-t-il une idée sur la manière de donner une impulsion au processus de règlement ? Comment se fait-il qu’actuellement les consultations empruntent deux voies : le format de Normandie et les consultations russo-américaines ? Faut-il inclure les Américains dans le format de Normandie ?

Vous savez que notre ministre Jean-Marc Ayrault en a longtemps parlé avec le président Poutine et le ministre Lavrov mardi dernier à Moscou. Et bien sûr nous constatons ce que vous dites et précisément que les négociations s’enlisent, qu’elles n’avancent pas assez vite. La sortie est connue : ce sont les accords de Minsk. Et même, vous le savez, il y a des étapes définies. Elles ont été fixées à Paris le 2 octobre dans le cadre du format de Normandie. Le 3 mars a eu lieu une rencontre des ministres qui ont précisé comment avancer sur chaque étape. Et, malheureusement nous constatons que ce qui avait été convenu auparavant n’est pas mis en œuvre. Donc nous sommes inquiets.

Deux facteurs nous paraissent essentiels. Le premier c’est la situation de la sécurité qui n’est pas satisfaisante. Des incidents, des violences sont toujours recensés à proximité de la ligne de contact. Il est évident que toutes les armes lourdes n’ont pas été retirées, les observateurs de l’OSCE ne peuvent pas circuler librement le long de la ligne de séparation. Et d’un autre côté, les négociations politiques n’avancent pas. La situation politique en Ukraine a empêché jusqu’ici Kiev de prendre les décisions nécessaires à la mise en œuvre de ses obligations. Beaucoup trop de temps a été perdu, nous espérons que le nouveau gouvernement va pouvoir en partie le rattraper.
Nous considérons qu’il faut avancer sur ces deux questions simultanément.

Premièrement un respect strict du cessez-le-feu, le retrait des armes lourdes et garantir un contrôle complet par l’OSCE. Nous pensons que la Russie peut faire beaucoup pour imposer aux séparatistes un respect du cessez-le-feu. D’un autre côté, bien sûr, il faut faire pression sur les nouvelles autorités à Kiev pour que les trois lois qui sont indispensables : la loi sur la réforme constitutionnelle, la loi sur les élections et la loi sur l’amnistie soient adoptées le plus vite possible.

Nous avons quelques idées. Nous ne voyons pas la nécessité de changer le format de Normandie. Nous coordonnons étroitement notre travail avec les Américains, nous échangeons régulièrement nos opinions. Et nous connaissons les contacts entre la Russie et les Etats-Unis – c’est bien. Nous sommes pour que le format de Normandie prenne des décisions fermes, arbitre. Mais c’est difficile à obtenir.
Actuellement nous pensons à une nouvelle rencontre, une rencontre ministérielle en format de Normandie.

Ces nouvelles rencontres et ces variantes de compromis supposent-elles que des décisions seront prises qu’on pourrait qualifier d’adaptation du Minsk adaptée au changement de situation ?

Les accords de Minsk existent. Tout est déjà dans ces accords de Minsk. Ce sont des obligations qu’ont prises l’Ukraine, la Russie et ceux qui en portent la responsabilité à Donetsk et à Lougansk. Ces accords ont été signés également par la France et l’Allemagne. Les groupes de travail dans le cadre du groupe de contact ont déjà fait un travail important et de qualité. Le groupe politique sous la présidence d’un ambassadeur français représentant l’OSCE, Pierre Morel, a établi une liste précise de 8 à 9 points sur lesquels il est nécessaire de trouver un compromis entre les positions de Kiev et les positions des séparatistes de Lougansk et Donetsk.
Tous ces points sont connus, les positions des parties aussi. Maintenant il faut prendre enfin des décisions. Nous n’avons pas besoin de récrire les accords de Minsk. Il faut les mettre en œuvre.

Kiev insiste sur le fait que les élections locales dans le Dombass doivent avoir lieu seulement après la remise à la partie ukrainienne du contrôle de la frontière. Mais la partie ukrainienne n’a pas encore mise en œuvre son obligation sur la réforme constitutionnelle liée à l’adoption de la loi sur le statut particulier du Donbass. Paris est-il solidaire de cette condition de Kiev et ne s’agit-il pas ici de sauter les étapes du processus de Minsk 2 ?

Dans les accords de Minsk, il y a un ordre qui a été revalidé lors de la réunion à Paris le 2 octobre. Le retour du contrôle de la frontière à la partie ukrainienne est la dernière étape de ce processus. Ici, Moscou, à mon avis, ne se trompe pas. Il ne faut pas parler de procédure, de calendrier. Il faut discuter du fond.

Premièrement – le rétablissement de la sécurité pour créer la confiance. Ensuite adopter la loi constitutionnelle sur le statut particulier – elle existe mais elle n’a pas été adoptée par la Rada en deuxième lecture. Cette loi doit avoir une base permanente, un caractère permanent. Les représentants de DNR et de LNR et la Russie s’efforcent de l’obtenir. Malheureusement la situation politique à Kiev est telle que la Rada n’a pu pour le moment adopter cette loi en deuxième lecture mais elle doit le faire. La suite de la réalisation des accords de Minsk est connue. Ici nous n’avons pas besoin de changer ni les accords, ni le calendrier. Il faut simplement appliquer ces points. Et nous nous approchons du moment de vérité.

Est-il envisageable dans un avenir proche que des contacts directs entre Kiev et les représentants de la DNR et LNR se nouent, point sur lequel Moscou insiste ?

Le dialogue direct a lieu dans le cadre des groupes de travail : sur la sécurité, sur l’économie, sur les questions politiques et humanitaires.

Les séparatistes de Donetsk et Lougansk participent à tous ces travaux. Nous considérons que, aujourd’hui, aller de l’avant est une question de volonté politique. Voilà pourquoi nous considérons que la France, l’Allemagne et la Russie doivent coopérer pour convaincre tous les acteurs impliqués, à Donetsk, Lougansk et Kiev que le moment est venu où il faut parvenir à un compromis.

Les négociations ne consistent pas à répéter éternellement sa position mais à rechercher un compromis. Sur cette question les Américains aussi peuvent jouer un rôle et être utiles par leurs liens avec Kiev. Et voilà ici, il est très important de voir comment va évoluer la coopération entre la Russie et les Etats-Unis. Et dans ce contexte la France et l’Allemagne peuvent aussi jouer un rôle d’intermédiaire.
Mais si l’on parle au fond, le moment est venu d’agir. Et nous espérons qu’avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement l’Ukraine pourra enfin aller de l’avant dans la mise en œuvre de ses obligations.

En UE la levée des sanctions est étroitement liée avec la mise en œuvre des accords de Minsk. S’il devient évident que le nouveau gouvernement d’Ukraine ne remplit pas ses obligations de mise en œuvre des accords, la position de l’UE va-t-elle évoluer dans le sens d’une levée des sanctions au vu de circonstances objectives, au vue de l’incompétence de l’Ukraine à remplir ses engagements ?

Nous avons plusieurs fois indiqué notre position qui est que les sanctions ne sont pas une fin en soi. Les sanctions créent des difficultés pour la Russie et pour l’Europe. Donc nous espérons que nous pourrons les lever le plus tôt possible.
Les sanctions sont liées à la mise en œuvre des accords de Minsk. Voilà pourquoi nous appelons Kiev et Moscou à faire preuve de responsabilité pour que les accords de Minsk soient mis en œuvre au plus vite.

Aujourd’hui nous est parvenue l’information intéressante selon laquelle le 28 avril au parlement français se tiendrait un vote sur les sanctions contre la Russie. Pourriez-vous nous expliquer ce que cela signifie ? Comment dans une république présidentielle le parlement peut-il décider unilatéralement de ce genre de question ?

Tout le monde n’est pas convaincu de l’efficacité des sanctions. La France est une démocratie et chacun peut s’exprimer.
J’ai également entendu que quelques parlementaires allaient déposer une initiative n’ayant pas force de loi. C’est simplement une discussion sur la question de l’efficacité des sanctions.

Parlons de la Syrie si vous le voulez bien. La France a été l’un des premiers pays a d’une manière ou d’une autre établir une coopération avec la Russie sur la Syrie. Comment cela se passe-t-il actuellement ? Cette coopération s’est-elle renforcée ?

Notre ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a salué mardi dernier à Moscou le rôle très positif de la Russie pour l’obtention d’une entente avec les Etats-Unis sur le cessez-le-feu. Nous nous en sommes réjouis. Certains doutaient qu’il allait tenir, mais il a tenu jusque très récemment, même si nous sommes inquiets aujourd’hui.

Nous sommes inquiets et c’est pour cette raison en particulier que notre ministre est venu à Moscou. Nous sommes partenaires de la Russie, nous luttons ensemble contre le terrorisme.

En ce qui concerne les aspects militaires, nous échangeons beaucoup. Notre ministre de la Défense Yves Le Drian est venu à Moscou en décembre. Les chefs d’état-major de France et de Russie ont discuté de ces questions à deux reprises, un échange quotidien d’informations a lieu au niveau des services de renseignement, les services de nos ministères de la Défense travaillent ensemble.

La difficulté porte sur les négociations politiques. Nous considérons qu’il n’y a pas de possibilité de solution politique sans qu’on mette en œuvre le communiqué de Genève de 2012, en particulier le point sur la création d’une autorité de transition dotée des pleins pouvoirs exécutifs. Et nous soutenons l’opposition syrienne.

Notre position coïncide avec celle de la Russie pour dire qu’il ne doit pas y avoir de conditions préalables aux négociations. Et nous avons beaucoup fait pour convaincre l’opposition de poursuivre les négociations à Genève. Mais nous sommes en désaccord avec la Russie sur l’avenir du président (de Syrie Bachar) Assad. Nous considérons qu’il n’a pas sa place dans l’avenir de la Syrie.

Pour le moment nous devons constater que Damas refuse de parler de la période transitoire. La seule chose dont il discute c’est de faire entrer quelques représentants de l’opposition dans le gouvernement d’Assad, ce que l’opposition refuse.

Nous échangeons avec la Russie et avec les Américains. Nous discutons également avec les autres Etats de la région. Nous devons à tout prix éviter que la guerre recommence parce que si la guerre recommence, ce sera une guerre frontale entre sunnites et chiites. Ce serait une catastrophe pour tout le monde – pour l’Europe, pour la Russie, pour les Etats-Unis, pour le monde arabe. Il faut éviter cela et faire pression sur les parties aux négociations.

Peut-on préciser deux choses : la situation d’Alep vous inquiète-t-elle ? A quel point peut-elle influencer le processus de négociations ? En ce qui concerne Bachar Assad, pensez-vous qu’il puisse rester au pouvoir en Syrie jusqu’à la fin de la période de transition, c’est-à-dire encore au moins un an ?

Aujourd’hui deux questions nous préoccupent : la situation humanitaire et la situation autour d’Alep.
En ce qui concerne la situation humanitaire, nous saluons le rôle de la Russie qui a facilité la délivrance de l’aide humanitaire ; Nous savons que la Russie joue un rôle positif sur cette question.

D’un autre côté, nous voyons que les troupes gouvernementales syriennes continuent de bombarder des quartiers entiers de plusieurs villes sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Tant que ce problème ne sera pas résolu, l’opposition refusera de négocier. Les bombardements de civils ne créent pas une atmosphère de confiance.

Si l’on ne parvient pas à arrêter les combats dans la région d’Alep, existe le risque d’une reprise de la guerre à grande échelle. A Alep on observe une intrication de différentes forces. Quand vous bombardez un endroit précis, vous ne pouvez être totalement certain de qui s’y trouve. Nous sommes inquiets de cette situation.

En ce qui concerne Assad, conformément au communiqué de Genève, il est nécessaire de créer pendant la période de transition une structure exécutive dotée de l’ensemble des pouvoirs exécutifs. C’est-à-dire que le pouvoir doit passer à une structure gouvernementale qui dispose de l’ensemble des pouvoirs exécutifs.

Raisonnons par l’absurde : si Monsieur Assad veut bien donner tous ses pouvoirs à ce gouvernement intermédiaire, peut-être qu’il pourra rester. Je n’en sais rien, c’est l’opposition qui négocie et l’opposition dit pour l’instant que l’on s’est tous mis d’accord et qu’il doit abandonner ses pouvoirs. C’est cela qui compte. Encore une fois ce n’est pas moi qui négocie à Genève. En tout cas, à la fin de la période de transition il doit quitter son poste.

Monsieur l’Ambassadeur, comment s’établit la coopération entre Paris et Moscou dans le domaine de la lutte anti-terrorisme et de l’échange d’information dans le contexte des récentes attaques violentes à Paris et à Bruxelles ? Observe-t-on une intensification de ces contacts et des échanges d’informations ? Avez-vous l’intention de renforcer la coopération avec la Russie dans ce domaine ?

Il m’est difficile de donner des détails lorsqu’on parle du travail de certains services. Je pense que c’est compréhensible. Il est évident que nous avons un ennemi commun : le terrorisme. La France et la Russie ont toutes les deux souffert de nombreuses attaques terroristes sur leur sol. Mais il ne faut pas oublier que les premières victimes du djihadisme sont les musulmans eux-mêmes. Et ceux qui confondent le djihadisme et l’islam se trompent.

Je souligne que la France et la Russie n’ont jamais cessé de coopérer à tous les niveaux. Nous avons conduit de nombreux travaux communs sur les filières des terroristes parce que nous savons que certains djihadistes qu’ils soient russes ou russophones, français ou francophones, utilisent en fait les mêmes filières et les mêmes itinéraires. De sorte que nous avons une coopération importante.
Deux fois en une semaine sont venus à Moscou des spécialistes français de la lutte anti-terroriste. Et les spécialistes russes viennent aussi chez-nous. Ceci afin de mener un travail commun sur des questions concrètes, sur des lieux, des filières, des personnes.

A partir des éléments concrets, est-il arrivé que l’échange d’information ait permis de neutraliser des groupes terroristes, des cellules ou des individus ?

Il ne fait aucun doute que cette coopération est de plus en plus efficace. Pour que cette coopération soit aussi efficace au bénéfice de la Russie, nous, Français, faisons beaucoup pour renforcer l’efficacité de la coordination et de la coopération entre les Européens, en particulier dans l’espace Schengen.

Il y a peu des combats sérieux ont repris au Nagorno-Karabakh qui ont conduit à des pertes importantes des deux côtés. A votre avis, que faut-il faire pour intensifier le règlement ? A quel point les actions de Moscou et de Paris sont-elles coordonnées sur ce sujet ? Avez-vous l’impression que la Turquie ait pu joué un certain rôle dans cette escalade ?

Il y a un mécanisme dans le cadre de l’OSCE qui s’appelle le groupe de Minsk. La France, la Russie et les Etats-Unis sont co-présidents de ce groupe de Minsk. Nous considérons qu’il doit continuer ses travaux et rapprocher les positions. Nous sommes reconnaissants à la Russie d’être parvenu rapidement à un cessez-le-feu. Nous sommes convaincus avec la Russie qu’il ne faut pas rouvrir de nouvelles discussions sur les accords de cessez-le-feu signés dans les années 90 et sur les accords de 2010-2011. Cela remettrait en cause les principes de règlement de ce problème. Nous partageons la position de la Russie sur cette problématique. Comme la Russie nous considérons que ce problème ne peut être résolu que par la voie de la négociation. Il y a des accords, il faut les mettre en œuvre. Entre la Russie et la France il n’y a ici aucune divergence. Il faut aussi que les puissances régionales s’abstiennent d’alimenter le conflit, y compris verbalement. La question n’est pas de choisir son camp. Tout le monde est d’accord là-dessus.

Le chef du Pentagone, Ashton Carter, a placé la Russie dans la liste des menaces de premier ordre pour les Etats-Unis. Considérant le fait que la France est l’allié des Etats-Unis, Paris partage-t-il cette appréciation du niveau de menace en provenance de la Russie ?

La France est membre de l’OTAN. La position de la France à l’égard de la Russie, dans le cadre de l’OTAN est très simple. Avec l’Allemagne nous insistons depuis plusieurs mois sur la nécessité de réunir le conseil OTAN-Russie. Et pour que ce conseil se réunisse avant le sommet de l’OTAN à Varsovie en juillet. Parce que nous considérons qu’il est très important d’entendre les explications de la Russie sur toute une série de questions. Hier (mercredi 20 avril) s’est tenue la réunion du conseil OTAN-Russie au niveau des ambassadeurs et la France en est très satisfaite. Nous avons parlé librement de l’Ukraine, de la Syrie, de l’Afghanistan, du terrorisme. Nous avons parlé de transparence dans les activités militaires de manière très franche, on a parlé nucléaire, on a parlé de tous les sujets. C’est très bien. Et nous considérons qu’il serait très utile de tenir une autre session avant le sommet de l’OTAN à Varsovie en juillet. Nous n’avons aucune volonté de cacher quoi que ce soit à la Russie. Nous considérons que la transparence mutuelle est la plus importante. Il faut éviter que certains comportements créent chez le partenaire un sentiment de menace. D’un côté comme de l’autre.

En outre l’OTAN a considérablement renforcé sa présence sur le flanc de l’Est. La menace en provenance de Russie est-elle réellement si importante ?

En Europe se sont produits des événements très graves. Et cela a généré de la méfiance et de l’inquiétude. L’OTAN a répondu à la demande de ses membres et l’a fait ouvertement, de manière transparente, sans agressivité. L’OTAN a mené des exercices militaires. La France a participé à ces opérations. Et je ne pense pas que nous pouvons contester le droit des pays membres de l’OTAN à conduire des exercices militaires sur leur territoire. Ou alors il faudrait que la Russie renonce aussi à ses exercices. Voilà pourquoi la France dit : soyons absolument transparents sur ce que nous faisons. Quand des milliers de soldats participent à des exercices dans l’un ou l’autre pays, évidemment cela suscite la méfiance. Je le comprends. Et quand des sous-marins se perdent dans les eaux assez proches des frontières, y compris françaises, cela suscite l’inquiétude. Quand des avions survolent des bateaux dans des conditions de proximité troublante, cela inquiète un peu, vous pouvez le comprendre. De sorte que le problème n’est pas de savoir qui a commencé, ce sont des choses trop graves. Nous disons il faut faire montre de calme et de transparence.

Il y a peu le vice-ministre des affaires étrangères russe, Serguei Riabkov dans une interview à Interfax a déclaré que Moscou ne voyait pas la nécessité et considère que le retour de la Russie au G8 n’est pas d’actualité. En outre, le ministre allemand des Affaires étrangères avait déclaré avant cela que sous certaines conditions le retour de la Russie dans ce format devait être examiné. Comment à Paris envisage-t-on la possibilité d’un retour de la Russie au G8 ? Ce format est-il d’actualité ? Permet-il de résoudre des tâches sérieuses dans les conditions actuelles ?

La décision de suspendre les travaux du G8 a été prise dans le cadre des sanctions liées à l’annexion de la Crimée, que nous considérons illégale - nous ne reconnaitrons pas cette annexion - et liées à l’interférence de la Russie dans le Donbass. Dès que la question de la levée des sanctions sera discutée, la question du retour au format du G8 le sera également. En ce qui concerne la France, nous considérons que la Russie est un partenaire économique fondamental pour nous et pour toute l’Europe. Voilà pourquoi nous continuons à parler d’économie. Nous parlons beaucoup des problèmes économiques avec la Russie.

Puisque vous parlez de la coopération économique, quel représentant français peut-on attendre au forum économique de St Petersbourg en juin ?

Pour le moment je sais que viendront les présidents de compagnies françaises très importantes. Nous n’avons pas encore pris de décision définitive sur le fait de savoir si des représentants du gouvernement français iront à St Petersbourg, mais c’est envisagé.

Monsieur l’Ambassadeur une question sur la coopération entre nos deux pays dans le domaine du tourisme. Considérant les sanctions, la situation économique compliquée et la sécurité, la partie française va –t-elle développer un mécanisme particulier pour attirer les touristes russes qui pour diverses raisons vont moins en Europe. Peut-il être question par exemple de simplification dans la délivrance des visas ?

Tous les consulats de l’espace Schengen appliquent les mêmes règles. En ce qui concerne la France, tout est déjà extrêmement simplifié : je vous parlerai des statistiques de délivrance des visas pour l’an dernier. Des chiffres concrets. Sur 500 000 demandes de visa il n’y a eu que 1% de refus. Et 60% des visas délivrés sont des visas de circulation. En ce moment nous délivrons des visas de 1 à 5 ans. La délivrance se fait en trois jours en moyenne. Nous avons 18 centres de visas en Russie où les gens peuvent déposer leur demande. De notre côté nous travaillons beaucoup pour améliorer encore les conditions d’accueil des touristes et pour améliorer la sécurité. Et je peux vous assurer qu’il n’y a pas plus de problèmes de sécurité à Paris et en France que n’importe où à travers le monde.

Je peux vous dire qu’à la veille de l’Euro 2016 de football, nous travaillons depuis plusieurs semaines avec le ministère russe de l’intérieur et avec le ministre du sport. Nous sommes très heureux que la Russie participe au tournoi final Euro 2016 et je peux vous assurer que nous avons l’intention de donner les meilleures conditions aux supporters russes. J’étais au stade il y a peu, il y a trois semaines lors du match amical France/Russie à Paris. J’y étais avec des représentants du gouvernement russe et ils ont pu voir que nous assurons la sécurité avec un maximum d’efficacité.

Bien entendu, du fait de la chute du rouble le tourisme en Europe est devenu beaucoup plus cher et le nombre de touristes russes a nettement diminué. Mais les chiffres de la compagnie aérienne Air France et de nos offices du tourisme indiquent que la chute s’est arrêtée et que le nombre de touristes russes en France augmente à nouveau.

Mais nous avons décidé qu’il était tout de même nécessaire de donner une impulsion au tourisme dans les deux sens. Beaucoup de Français viennent à St Petersbourg, ils aiment beaucoup cette ville. Nous avons ouvert l’année croisée franco-russe du tourisme culturel précisément pour montrer aux touristes les lieux touristiques en Russie et en France.

En outre il y a en France un patrimoine historique et culturel russe extraordinairement riche et, ici en Russie, il y a un héritage français. Et nous allons convaincre les Français de venir en Russie pour voir le patrimoine français historique en Russie, et les Russes de venir en France. C’est assez dynamique et amusant. Et maintenant nous préparons plusieurs programmes pour développer les relations dans ce domaine.

Interfax

publié le 26/04/2016

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