Hommage national aux victimes de l’attentat du 14 juillet 2016


Discours lors de l’hommage national aux... par elysee

Le discours de François Hollande, Président de la République

Nice – Samedi 15 octobre 2016

Aujourd’hui, nous sommes rassemblés ici, à Nice, pour témoigner aux victimes de la terrible tragédie du 14 juillet, la compassion et la solidarité de toute la nation française.

Je salue avec émotion les familles qui ont été frappées dans leur chair, dans leur cœur et qui souffrent et qui sont là.

Je salue aussi celles qui n’ont pas pu venir ou qui ne l’ont pas souhaité, parce que leur douleur est encore trop vive.

Il y a 3 mois, le 14 juillet, notre fête nationale, le jour où partout dans le monde la liberté est célébrée, oui il y a 3 mois. C’était une belle soirée, ces moments où les gens se retrouvent, où les générations se mélangent et où les enfants jouent avec insouciance. Ce devait être une joie et ce fut un enfer.

En 4 minutes, 4 minutes à peine, un poids-lourd lancé en pleine vitesse au milieu d’une foule pacifique a transformé la Promenade des Anglais en cimetière. Le terroriste avait prémédité son acte, il l’avait préparé pour l’accomplir froidement, dans le seul but de donner la mort.

Nous venons d’écouter le nom des 86 personnes dont la vie a été soudainement ôtée. Ils étaient des époux, des compagnes, des frères, des sœurs, des parents, des enfants, le plus âgé avait 92 ans, il s’appelait Mario, il était Italien, il est mort avec sa compagne Maria et les deux amis avec lesquels il était venu passer quelques jours à Nice.

La plus jeune avait un peu plus de 2 ans, elle s’appelait Léana, elle était Niçoise, elle est morte comme son cousin Yanis, sa grand-mère Laurence, leur ami Mohamed qui était là avec sa femme et ses 3 filles.

Sur les 86 victimes arrachées à la vie ce soir-là sur la Promenade des Anglais, 15 avaient moins de 18 ans. Des enfants dont la vie a été broyée sous les yeux d’autres enfants par la même haine aveugle.

Je sais que dans certaines familles, 3 générations ont été emportées. Chacune de ces victimes était unique, singulière, toutes elles resteront dans nos cœurs. Elles appartenaient à l’ensemble des quartiers de Nice : de Cimiez, de l’Ariane, du Vieux Nice, de la Madeleine. Elles venaient de la plupart des régions françaises parce que partout, nos concitoyens sont séduits par la beauté de la baie des Anges.

Ces victimes, elles venaient du monde entier, attirées par cette mer Méditerranée, la mer de la civilisation, celle qui unit et qui ne doit jamais séparer.

Ce qui a été frappé le 14 juillet sur la Promenade des Anglais, c’est la douceur de la vie. Comment ne pas citer ce message bouleversant adressé par l’une des victimes, une étudiante russe de 21 ans. Elle venait d’arriver à Nice, tout juste avant le drame et elle avait retrouvé une citation de Romain GARY : Nice, c’est une oasis au bord de la mer, avec des forêts de mimosa et de palmiers, il y a des princes russes et anglais qui se battent avec des fleurs, un jour j’irai à Nice moi aussi quand je serai jeune.

Comment dire de la plus belle des façons, de la plus poignante des expressions cette part de rêve qui s’attache à cette ville et l’attrait qu’elle exerce bien au-delà de l’horizon. Ce qui a été frappé le 14 juillet, c’est l’hospitalité, certaines victimes étaient des touristes qui découvraient Nice pour la première fois ; d’autres étaient des habitués ; beaucoup étaient venus aussi – il y a longtemps – à Nice pour chercher du travail ou pour retrouver un parent.

Il y a un monument sur la Promenade qui rappelle l’histoire de ceux venus d’Afrique du Nord, voici 52 ans, chercher ici la paix et la consolation. Les victimes de cette barbarie n’avaient donc pas tous la même origine, pas tous le même parcours, pas tous la même couleur de peau, ils n’avaient pas tous la même religion. Mais ils sont unis aujourd’hui par le malheur.

Ce qui a été aussi admirable, c’est que lorsque les victimes ont été connues, partout des prières se sont élevées, dans toutes les églises, dans toutes les mosquées, dans toutes les synagogues de Nice. Et le Pape François, en accueillant à Rome près de 600 membres de ces familles voici quelques jours, a embrassé sans distinction celles et ceux qui portaient une croix, un foulard ou une kippa ou qui ne croyaient pas en un dieu.

Ce qui a été frappé le 14 juillet, c’est l’unité nationale, c’est la visée monstrueuse qu’ont les terroristes, frapper les uns pour effrayer les autres, déchaîner la violence pour faire naître la division, susciter la peur pour alimenter la méfiance et la stigmatisation. Eh bien ! Non, je vous dis non, cette entreprise maléfique échouera, l’unité, la liberté, l’humanité au bout du compte prévaudront.

Et c’est pourquoi nous sommes rassemblés ici aujourd’hui, comme toute la nation française, à l’image de la fraternité niçoise dans les instants qui ont suivi le drame. Je pense aux héros qui ont tout tenté pour arrêter la course meurtrière du camion. Je pense aux policiers nationaux, municipaux, gendarmes, militaires qui ont assuré avec sang-froid la protection de la population. Je pense aux sapeurs-pompiers qui sont intervenus pour porter secours aux victimes, au personnel aussi du SAMU, du CHU de Nice, de l’hôpital pour enfants Lenval, mais également des établissements publics, privés y compris de la Principauté de Monaco, et je remercie ici pour sa présence le Prince Albert.

Tous ont participé avec dévouement, efficacité à l’accueil des blessés et ont pu sauver des vies. Je pense aussi aux magistrats qui, ce soir-là, se sont rendus immédiatement sur les scènes de crime pour l’identification des corps et pour commencer le travail d’enquête. Il leur revient aujourd’hui en toute indépendance d’établir la vérité, ce qui s’est produit à Nice le 14 juillet. Nous devons la connaître, toute cette vérité.

Je pense aussi à tous les fonctionnaires des services de l’Etat, à la cellule de crise du Quai d’Orsay, à la ville de Nice, à la métropole, au département ; et puis à tous ces bénévoles, toutes ces associations et tous les agents des cellules d’urgence médico-psychologique, tous ont fait un travail magnifique, tous ont été à la hauteur de ce qu’est être un citoyen pour les autres.

Je pense aussi au civisme, à la générosité des Niçois dans ces heures dramatiques, aux riverains qui ont ouvert leur porte, aux restaurateurs, aux hôteliers de la Promenade qui ont également prodigué leur aide ; et puis aussi aux taxis qui ont transporté les personnes autant qu’il était possible durant cette nuit funeste. Tous ont bien mérité de la patrie.

Au lendemain de l’attentat, j’ai voulu que l’esprit de solidarité puisse se prolonger, se poursuivre aussi longtemps qu’il sera nécessaire pour accompagner les victimes, vous accompagner pour qu’il puisse y avoir un interlocuteur unique pour simplifier, accélérer les procédures qui sont insupportables quand on est dans le malheur.

C’est la mission qui a été confiée aux comités locaux de suivi des victimes, dans chacun des départements concernés, sous l’égide des préfets, avec les associations de victimes que je salue pour pouvoir aider tous les proches, tous les blessés et prendre en charge l’indemnisation nécessaire, indispensable, l’ouverture des droits garantis et faire qu’il puisse y avoir surtout un suivi tout au long de cette douleur qui n’en finit pas.

Je vous l’assure ici, la République continuera d’être à vos côtés pour vous aider à surmonter le traumatisme, à panser les blessures, celles qui se voient sur les corps mais d’autres invisibles qui sont dans les cœurs et qui sont dans les esprits et, notamment, chez les enfants qui ont pu assister à cette terrible épreuve de la violence et de la haine.

Et c’est la raison pour laquelle, le ministère de l’Education nationale met en place un programme pour prendre en charge ces enfants dans les écoles. Voilà pourquoi nous sommes tous rassemblés aujourd’hui, sur ce site de la Colline du Château, un balcon qui domine la baie des Anges, la Promenade des Anglais, un lieu propice au recueillement et à la paix.

Il y a ici une stèle qui rappelle le souvenir de Corinne DECHAUFFOUR et sa fille, deux niçoises tombées aussi victimes du terrorisme, c’était à Nairobi au Kenya en 2013. Et puis il y a aussi eu une stèle à la mémoire d’Hervé GOURDEL qui a été érigée à l’initiative de Christian ESTROSI à l’époque maire de Nice pour saluer notre compatriote assassiné en Algérie.

Voilà pourquoi il était si important de se retrouver sur ce site. Je sais qu’en dépit des épreuves, des drames, des larmes, il n’y a ici pas de haine mais une volonté farouche de porter encore plus haut les valeurs d’humanité, de solidarité, de fraternité et d’aider les survivants à se remettre debout.

Il y a aussi une détermination sans faille pour lutter contre tous ceux qui alimentent le terrorisme et le terrorisme lui-même. Cette guerre, nous le savons, sera longue, la menace reste grande plus que jamais en raison même des revers que connaît Daesh en Irak et en Syrie.

Il y a nos armées qui portent des coups sévères à l’ennemi, justement au Moyen-Orient. Il y a ici, sur notre territoire, des forces de sécurité, des services de renseignement, des hommes et des femmes qui mettent chaque jour leur vie en péril pour protéger les Français, déjouer des attentats et mettre hors d’état de nuire des terroristes.

Je sais que je peux compter sur chaque française et chaque français pour faire preuve de vigilance face aux risques, de résolution et d’engagement. Et c’est pourquoi j’ai appelé à la constitution d’une Garde nationale, qui va accueillir 85.000 réservistes et qui viendra donc s’ajouter à l’ensemble des moyens que nous mettons à la disposition des Français pour les protéger.

Nos armes, ce sont celles de la démocratie, elle n’est pas faible la démocratie, elle a vaincu tous les totalitarismes et elle confère au peuple qui la défend la certitude de mener un combat juste contre nos ennemis.

Nous, nous défendons la vie, ils chérissent la mort ; nous voulons la liberté, ils exigent la soumission ; nous voulons l’égalité entre l’homme et la femme, ils imposent l’obscurantisme ; nous comptons sur la fraternité, ils s’en remettent à la haine. Chacune des 86 victimes avait ses rêves, ses amours, ses projets, ses soucis, ses craintes mais il y a une chose qu’elles avaient en commun, une chose qui ne doit pas s’éteindre, c’est que ces hommes, ces femmes, ces enfants voulaient vivre libres.

C’est le message qu’ensemble ils nous laissent, eh bien ! En souvenir de leur martyr, nous devons leur faire un serment, nous devons leur promettre que nous mènerons jusqu’au bout ce combat pour la liberté, parce qu’au bout du chagrin il y a la vie, il y a l’espoir.

Et c’est ainsi que nous resterons fidèles à leur mémoire, pour que chaque 14 juillet nous puissions nous souvenir des idéaux de la République et de celles et de ceux qui sont morts pour elle. Et ici à Nice, il y a des hommes et des femmes, 86, qui sont morts pour que nous soyons vivants et libres.

Il y a chaque 14 juillet une lumière qui s’éclairera partout dans notre pays, mais aussi partout dans le monde, pour que nous n’oublions jamais ceux qui sont morts sur la Promenade des Anglais et ceux qui y ont été blessés.

Vive la République et vive la France.

Photos : © Présidence de la République - L. Blevennec

publié le 21/10/2016

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