Francophonie : demandez le programme !

Du 3 mars au 4 avril se tiennent à Moscou les journées de la Francophonie.

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Pour célébrer la Francophonie 2016, un programme varié est proposé par les ambassades et les centres culturels des pays francophones. Parmi les manifestations attendues : le festival du film francophone, une soirée africaine, des rencontres avec des écrivains, des spectacles dramatiques et, bien sûr, la fameuse dictée de la francophonie ! D’autres événements sont prévus dans les régions russes, en partenariat avec les Alliances françaises et les établissements des réseux RLF et RLF junior.

Le Festival est organisé par l’Institut français de Russie, les Ambassades de France, de Belgique, du Canada, de Roumanie, de Suisse, de Madagascar et l’Agence Wallonie-Bruxelles International (WBI), avec la participation des Ambassades d’Algérie, du Bénin, du Burkina Faso, du Burundi, du Cameroun, de Centrafrique, de la République du Congo (Brazzaville), de la République démocratique du Congo (Kinshasa), de Côte d’Ivoire, de la République de Djibouti, du Gabon, de la République de Guinée (Conakry), du Mali, du Maroc, de la République de Maurice, de Mauritanie, du Rwanda, du Sénégal, du Tchad, de Tunisie.

Le programme complet à Moscou
Le programme complet à Saint Petersbourg

Discours de Jean-Maurice Ripert à l’occasion du cocktail d’ouverture des journées de la francophonie à Moscou.

Mmes et Mrs les Ambassadeurs, Chers collègues,
Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Je suis particulièrement heureux de vous recevoir ce soir, en compagnie de mon épouse Yaël, afin de célébrer les journées de la francophonie.
Le programme en est particulièrement riche cette année et se poursuivra jusqu’au 4 avril. Je souhaiterais donc commencer en remerciant tous ceux et celles qui ont contribué à la conception du programme, les institutions et ambassades francophones qui offrent à voir, à écouter et à partager de nombreuses représentations culturelles avec, entre autres, des conférences, des pièces de théâtre, un festival de films, de la danse et de la poésie, et des rencontres littéraires.

Plus que jamais, les valeurs portées par la francophonie - la liberté, la démocratie, l’Etat de droit, mais aussi la solidarité, la tolérance, et le respect des différences - méritent d’être célébrées.
Nous vivons en effet des moments d’une extrême gravité, alors que depuis deux ans des conflits meurtriers se développent et des actes terroristes ensanglantent la planète.
Il est bon de le rappeler : les populations musulmanes sont les premières victimes de ces extrémistes qui dénaturent l’Islam. Les peuples francophones n’y échappent pas : souvenons-nous des attentats au Cameroun, au Burkina Faso, au Mali, en France, en Tunisie - la semaine dernière encore – au Liban, en Belgique, au Tchad, au Niger et bien d’autres malheureusement.
Au-delà de vies humaines fauchées, c’est la liberté qui est toujours visée, c’est l’humanisme qui est attaqué.

Chers amis,
La Francophonie est en premier lieu une communauté humaine qui se renforce dans le monde : le rapport de l’Observatoire de la langue française publié en 2014 estimait leur nombre à 274 millions de locuteurs, répartis sur les cinq continents.
L’OIF regroupe ainsi plus du tiers des Etats membres de l’ONU, faisant du français la 5ème langue la plus parlée sur la planète.
Et nous serons, d’après les démographes, plus de 700 millions en 2050 à partager la langue française. L’Afrique y pèsera d’un poids particulier en regroupant alors 85 % des francophones.

Mais notre communauté linguistique est aussi, depuis l’origine, une communauté culturelle, un creuset d’humanisme, un lieu privilégié de dialogue entre des cultures fondées sur les mêmes valeurs.

Depuis 1970, date de la création de l’agence de coopération culturelle et technique (ACCT) à Niamey - devenue l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) - la Francophonie s’est érigée en institution, rythmée depuis 1986 par des sommets de Chefs d’Etat et de gouvernement se tenant tous les deux ans.
Cette année, le XVIème sommet de la Francophonie se tiendra à Antananarivo les 26 et 27 novembre prochains, préparé par notre Secrétaire Générale Mme Michaelle Jean, élue lors du XIVème sommet de l’organisation à Dakar.

Les missions de l’OIF sont claires. Elles ont été définies lors du sommet d’Ouagadougou de 2004 :

o Promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique
o Promouvoir la paix, l’Etat de droit, la démocratie et les droits de l’homme, conformément à la déclaration de Bamako de novembre 2000 appelant à « la pratique du dialogue à tous les niveaux, aussi bien entre les citoyens, entre les partenaires sociaux, entre les partis politiques, qu’entre l’Etat et la société civile ». Cette déclaration de Bamako a consacré la dimension politique de la Francophonie.
o Appuyer l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche ;
o Développer la coopération au service du développement durable, du progrès et de la solidarité.
Depuis sa création en 1970, c’est bien la diversité culturelle que les fondateurs de la francophonie se proposent de protéger et de promouvoir, à travers cette langue magnifique que nous avons en partage.
Comme le soulignait en 1995 le regretté Boutros Boutros-Ghali, « la Francophonie est née d’un désir ressenti hors de France". Le Traité de Niamey - reflet de la vision de ses pères fondateurs Norodom Sihanouk, Habib Bourguiba, Hamani Diori, Léopold Sédar Senghor - mentionne ainsi parmi ses objectifs « le dialogue des cultures sur un pied d’égalité, l’originalité des Etats, les civilisations différentes » et adopte la devise « égalité, complémentarité, solidarité ».

Notre Organisation francophone s’oppose à toutes les formes de discrimination, de rejet de l’autre mais aussi au repli identitaire, au nationalisme, à l’intolérance.
Elle est au contraire la preuve vivante que c’est par l’ouverture et le partage qu’une langue et une communauté - comme une personne ou un peuple - s’enrichissent, se renforcent, se développent.

Permettez-moi de rendre hommage à un homme qui a beaucoup fait pour la francophonie et ses valeurs, et qui nous a malheureusement quitté récemment : M. Boutros Boutros-Ghali.
En tant que ministre des Affaires étrangères de l’Egypte, secrétaire général de l’ONU puis en tant que premier secrétaire général de la Francophonie, il n’a jamais cessé de se battre pour la paix et rapprocher les peuples dans le respect de leur diversité.

J’aimerais aussi exprimer la grande joie que j’ai ressentie lorsque j’ai appris l’élection d’Andrei Makine à l’Académie française le 3 mars dernier. Cette élection ne fait que renforcer le sentiment que j’avais déjà en arrivant en Russie : le français y a une place particulière, une place qu’il avait autrefois, et qu’il a toujours, n’en déplaise aux défaitistes.
Qu’un homme né en 1957 à Krasnoïarsk, en Union soviétique, un homme qui a appris le français dans sa famille, puis à l’école - on n’insistera jamais assez sur le rôle de l’école - puisse entrer à l’Académie française, voilà qui force l’admiration.
Il succède à l’écrivaine algérienne Assia Djebar, la première des écrivains du Maghreb à être élue à l’Académie, qui nous a quittés en 2015.

Je voudrais enfin attirer votre attention sur deux événements très importants pour la francophonie en Russie auxquels l’Ambassade de France est fière de contribuer :
o La Bibliothèque fédérale des littératures étrangères, soutenue par le ministère de la Culture, va créer un espace francophone qui sera ouvert le 7 ou le 8 juillet prochain. Ce projet devrait être lancé officiellement le 23 mars. Le soutien et les contributions de toutes les ambassades francophones sont évidemment les bienvenues.

o Autre projet phare : l’exposition « Fleuve Congo » au Musée Pouchkine en juin 2016 à partir des collections du Musée du quai Branly de Paris. Le pari de la rencontre des publics avec les arts premiers a été réussi et le Musée du quai Branly a accueilli depuis son ouverture en juin 2006 près de 13 millions de visiteurs, ce qui en fait une des institutions culturelles les plus fréquentées de France
La présentation de ces collections exceptionnelles dans un des plus prestigieux musée d’art du monde - une première en Russie - mettra à l’honneur la richesse de cultures africaines encore peu connues ici et rencontrera je n’en doute pas un grand succès populaire.
Vous le savez, le Musée Pouchkine espère pouvoir compter sur votre soutien, à travers l’organisation en partenariat avec lui de débats, de concerts et d’évènements autour de l’exposition.

Chers amis,

Pour conclure, permettez-moi de citer André MALRAUX, alors ministre d`Etat aux Affaires culturelles du général de Gaulle, lors de la conférence de Niamey de février 1969, préludant à la création de l’Agence (francophone) de coopération culturelle et technique :
« En un temps où les empires morts ont fait place à de vastes républiques de l’esprit, qu’il me soit permis de me limiter aux valeurs que nous défendons ensemble dans ce domaine, aux réponses que la culture française d’hier, la culture francophone de demain apportent aux questions décisives que nous pose à tous la civilisation d’aujourd’hui ».
Vaste programme !

Merci à tous, et je vous souhaite de célébrer pleinement ces journées de la francophonie à Moscou.

publié le 15/07/2016

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