Entretien avec Albert Efimov, directeur du Centre de robotique de Skolkovo

Le centre de Robotique de Skolkovo accueille une trentaine de projets dans plusieurs domaines liés à la robotique : industrie ; services ; éducation ; spatial ; santé et réhabilitation ; composants pour la robotique. Il offre également de nombreux services tels que des ateliers en régions, le financement de projet, un « hack-space » qui offre un espace destiné à l’ingénierie et la modélisation ainsi qu’un réseau de mentors à disposition des entrepreneurs.

Bulletin de Veille Scientifique et Technologique (BVST) Russie : Merci d’avoir accepté cette interview. Pourriez-vous nous dire quelques mots à propos du Centre de robotique de Skolkovo (CRS) ?

Albert Efimov : A Skolkovo, nous pensons que la robotique est quelque chose de très important car nos cinq clusters (aérospatial ; nucléaire ; efficacité énergétique ; TICs ; biomédecine) représentent une approche trop verticale alors que l’innovation nécessite une approche transversale et multidisciplinaire entre clusters car l’innovation est le résultat de coopération entre ces structures. Pour vous donner un exemple, il est difficile de parler réellement d’industrie TICs car ceux-ci se retrouvent dans tous les autres domaines, tels que nucléaire, technologies spatiales et biomédecine par exemple. La robotique incarne une de ses approches transversales, à travers notamment les deux principales composantes que sont la « robotique intelligente » et les véhicules autonomes. Le nom de notre centre est « Centre de robotique de Skolkovo » bien sûr, mais nous travaillons sur les robots de la prochaine génération (« next gen »), qui ne sont pas liés simplement à la production industrielle mais qui seront assez intelligents pour travailler avec les humains. Toutes les technologies tendent à être désormais autonomes : les plus indépendants et autonomes elles sont, mieux c’est ! La dernière génération de technologie repose encore essentiellement sur un contrôle humain tandis que les robots « next gen » seront résolument basés sur l’intelligence artificielle.

La majorité de nos entreprises et start-ups au sein de ce centre proviennent en fait du domaine des TICs car les principales innovations proviennent finalement des logiciels, même si on se bat toujours avec le matériel. Celui-ci est important mais nous avons besoin de stratégie, de tactique. Si notre matériel est de mauvaise qualité ou basé sur des technologies trop faibles, cela sera extrêmement dur d’entrer sur le marché mais pour gagner nous avons besoin de logiciel performant.

BVST Russie : Combien d’entreprises résidentes avez-vous actuellement au sein du CRS ?

A.E. : Nous accueillons plus d’une quarantaine d’entreprises résidentes, sachant que la Russie compte environ 120 à 130 entreprises dont la robotique est la principale activité. Nous regroupons donc environ 30% des entreprises dans ce domaine ici à Skolkovo.

BVST Russie : Promobot est l’un des projets les plus connus dans le domaine de la robotique en Russie, pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

A.E. : Beaucoup de gens nous demandent « mais quelle est l’innovation dans Promobot ? » car beaucoup voient dans ce projet un simple jouet. Tout d’abord, c’est un jouet très sophistiqué mais les créateurs de Promobot posent souvent cette question : si c’est un jouet, où sont les autres Promobot ? Par exemple, en avez-vous vu d’autres ou d’équivalents en France ? Non. Aux Etats-Unis ? Non plus. Peut-être au Japon mais ils sont en grande partie télé opérés, ce qui signifie que « derrière le rideau », il y a un humain. Ce qui signifie que le nombre d’être humain requis pour gérer les robots est exactement le même que le nombre de robot ! Promobot est en ce sens différent car il a une intelligence artificielle, qui lui permet d’interagir avec des êtres humains. Il y a cette citation célèbre d’un film russe qui dit : « le bonheur c’est quand quelqu’un vous comprend » et Promobot comprend les humains. Si vous voyez des photos ou des vidéos de Promobot, vous verrez que les gens sont vraiment contents car cette machine les comprend. Êtes-vous vraiment content que SIRI [1] vous comprenne ? Pas réellement car celle-ci ne réagit pas avec des formes, cela reste votre téléphone. Elle peut comprendre ce que vous dites, faire des blagues mais la réaction de Promobot est également physique : il peut avoir des cœurs dans les yeux, ce qui fait rire et sourire les gens et ils sont attachés émotionnellement. Le modèle de développement commercial de Promobot vise à vendre les robots à des entreprises qui vont ensuite les louer à des centres commerciaux. Cela permet en effet d’attirer les clients dans les magasins et de créer un certain « attachement émotionnel », de faire la promotion – comme son nom l’indique - ce qui n’est en réalité qu’une partie du décors. La seconde approche vise à apprendre des clients et vendre les informations à des tiers. Il y a également une limite au marketing physique puisqu’il y aura toujours besoin de quelqu’un capable de répondre aux différentes questions dans des situations bien précises. Vous connaissez Google bien entendu, quel est le principe de son modèle commercial ? Il lit tout ce que vous écrivez et envoie ensuite à des fournisseurs les informations que vous envoyez volontairement pour qu’ensuite vous receviez des informations susceptibles de vous intéresser. Promobot a également cette particularité, mais au niveau du marketing physique : il collectionne les informations suite à ses interactions avec les êtres humains, quels produits veulent-ils par exemple ? Comment se comportent-ils face à ces produits ? Et ensuite, ils informent les producteurs et les vendeurs. Promobot fait la promotion des produits mais aussi apprend des usagers et des clients. Aussi, le scénario typique serait le suivant : le robot demande si vous êtes intéressés par ce produit et répond en fonction des besoins. Il sait également lire les expressions faciales et les émotions et peut donner un retour vidéo et audio car il enregistre. Il permet de digitaliser une expérience marketing. D’un côté nous attirons les clients avec l’apparence et en interagissant, de l’autre nous recevons et collectons des informations, et les deux se complètent. Plus l’interaction sera longue plus les informations seront nombreuses également ! Cette entreprise, russe à 100% et localisée à Perm, a déjà vendu plus d’une centaine d’exemplaires au sein de différents marchés, tels qu’en Europe, en Russie et en Asie.

BVST Russie : Pourriez-vous nous dire quelques mots à propos de l’exosquelette « ExoAtlet » ? Combien de prototypes sont actuellement développés ? En quoi est-il différent de ses concurrents, tels que l’israélien « Rewalk » par exemple ?

A.E. : Cet exosquelette est décliné en deux modèles, un « domestique » et l’autre « clinique ». Le modèle domestique peut être acheté par un individu sans nécessairement d’avis médical, principalement pour les individus handicapés, ce qui leur permet de pouvoir marcher, tandis que le second nécessite des senseurs afin de comprendre ce qu’il se fasse dans le processus de réhabilitation.

De façon générale, il n’y a pas énormément de différences avec le concurrent israélien « Rewalk » au niveau de l’apparence mais c’est toujours une question de coût et d’efficacité [2]. Pour le modèle clinique par exemple, le patient pourra monter des escaliers or il n’y a pas, à ce jour, de robot capable de monter et descendre des escaliers, le mouvement du genou étant particulièrement difficile à reproduire. Cela pourrait être un réel savoir-faire russe, les entreprises américaines, israéliennes et japonaises n’en étant pas encore capables.

Un de nos autres projets est « Motorika », une entreprise créée en février 2015 et qui développe plusieurs projets dans le domaine des prothèses des membres supérieurs. Les connexions se font à partir d’un tissu spécial qui permet de recevoir des signaux électriques des nerfs et qui a déjà été développée par les scientifiques soviétiques il y a cinquante ans environ.

BVST Russie  : A ma connaissance, les scientifiques soviétiques avaient déjà essayé de développer des modèles d’exosquelette. Aussi, peut-on par exemple parler d’école cybernétique ou de robotique soviétique ?

A.E. : Connaissez-vous l’histoire de cet exosquelette ? Le premier prototype d’exosquelette médical et pour la réhabilitation a été développé par un scientifique yougoslave, Miomir Voukobratovitch, dans les années 60-70. Il a joué avec pendant quelques années et en a ensuite fait don à l’Union Soviétique, plus précisément l’Institut de Mécanique au sein de l’Université d’Etat de Moscou (MGU) où la mère d’Ekaterina (ndlr : Ekaterina Bereziy, PDG d’ExoAtlet) travaillait. Cette famille étudie les exosquelettes depuis des décennies ! L’histoire des exosquelettes en Russie a donc environ 40 ans d’existence. Le problème avec les Russes c’est qu’ils aiment jouer avec les technologies autant qu’ils le peuvent. Sans Ekaterina, ils joueraient avec encore cinquante ans ! Ils seraient encore en train d’essayer de l’améliorer, de le perfectionner mais c’est un produit dont nous avons besoin, ce qui comprend le marketing et le design notamment.

BVST Russie : MGU est-elle un centre d’expertise et de savoir-faire dans le domaine de la robotique en Russie ?

A.E. : Non pas réellement. L’Université Technique d’Etat de Moscou (MGTU) demeure l’une des universités les plus importantes, ainsi que certaines à Moscou et Saint-Pétersbourg. De manière générale, on compte 55 universités délivrant des diplômes en ingénierie robotique pour environ 650 étudiants chaque année. C’est une véritable armée et il y a donc plus de diplômés dans ce domaine que l’on compte de robot au final ! Par exemple, quand je vais en Finlande parler de robotique, la densité n’est pas du tout la même puisqu’on compte environ 150 robots pour 10 000 employés dans la production industrielle. En Russie, le ratio est de 2 pour 10 000 employés… Par contre, si vous comparez le nombre de start-ups dans la robotique en Russie et en Finlande, vous les trouverez presque toutes ici car la Finlande manque de personnel et de talents. Nous avons ici beaucoup de « talents techniques » mais pas assez de designer et de développeurs commerciaux par exemple : c’est là que se trouve notre faiblesse.

BVST Russie : Comment pallier ce manque et cette faiblesse ? Assistez-vous les start-ups dans ce domaine ? De quels programmes peuvent bénéficier les entreprises résidentes ?

A.E. : Dans le bâtiment d’à côté se trouve un programme d’accélération pour entreprise, mais il n’est pas gratuit. Les entreprises candidates au programme d’accélération doivent présenter un programme commercial et de développement technologique. Je tiens à préciser que ce n’est pas quelque chose qui est réservé aux amis ! Ils doivent respecter une feuille de route stricte en matière de commercialisation et de développement technologique. Toutes les décisions, ici à Skolkovo, sont externalisées. Nous avons un fonctionnement assez bureaucratique, d’ailleurs les Français ont inventé la bureaucratie mais nous l’avons beaucoup amélioré, tous les projets sont examinés par des pairs et des experts indépendants qui évaluent les différents projets. Ils sont généralement issus du monde universitaire, du privé et de la recherche.

BVST Russie : La Russie soutient l’émergence de nombreux projets en Russie liés à l’innovation, tels que Skolkovo ou Innopolis [3], au Tatarstan. Connaissez-vous d’autres initiatives visant à soutenir les projets en robotique par exemple ?

A.E.  : Vous pouvez lire çà et là que de nombreux centres de robotique ont ouverts dans différentes régions et universités de Russie. Tout le monde veut avoir son centre de robotique ! En tant que chef du CRS, je peux vous dire que cela est très difficile. Il y a en réalité très peu de technologie dans ce domaine. La robotique est un outil, voire une étape, avant la commercialisation. Réussir à créer un véritable produit, c’est ça la partie la plus difficile ! En soit, ce n’est pas difficile de faire un robot, mais en faire un qui soit utile est bien plus dur ! Beaucoup de gens adorent faire des robots, ils y investissent beaucoup de temps, d’énergie et de passion mais il faut leur dire « arrêtez de faire encore des robots, pensez à faire quelque chose d’utile ! », car il faut répondre à un besoin. Ici à Skolkovo, nous sommes en croisade constante contre ce que j’appelle « le solutionnisme » : chercher des problèmes à partir de solution au lieu de partir du problème pour arriver à la solution. Ceux qui arrivent avec toutes leurs solutions se sont-ils posé la question du marché et des clients potentiels ? C’est là encore le vrai problème. Nous ne pensons pas uniquement à faire de l’argent, mais nous pensons vraiment à l’efficacité et à faire quelque chose d’utile avant tout. Si nous arrivons à faire un tel produit, l’argent suit ensuite mais pouvoir identifier clairement les besoins, là encore c’est la tâche la plus difficile. Mon projet répond-il à un réel problème ou est-ce un « faux » problème ?

BVST Russie  : La robotique est une priorité pour le gouvernement fédéral et bénéficie de plusieurs programmes. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

A.E. : Nous avons un pays très vaste et une petite population. Ce n’est pas que nous devons augmenter notre productivité, mais il n’y a personne pour travailler ! Nous avons besoin de véhicules autonomes, non pas pour licencier tous les chauffeurs, mais parce que le pays est si grand que nous n’aurons pas assez de chauffeurs et les routes sont parfois très difficiles pour eux. La Russie est également très bien positionnée pour la robotique, comme en témoigne le développement de drones conçus pour l’Arctique : nous avons un territoire immense ainsi qu’une faible mais très talentueuse population ! Combien avez-vous de personnes en France ? Environ 65 millions ? Ici nous avons environ deux fois plus alors que le pays est beaucoup, beaucoup plus grand. Mais nous sommes dans un état de sous-investissement et de sous-développement. Au lieu de remplacer les humains, nous voulons les améliorer et augmenter leur efficacité, dans la gestion des ressources par exemple.

BVST Russie : Quant aux débouchés pour la robotique en Russie, vos clients sont-ils principalement l’administration, les acteurs privés ou les individus par exemple ?

A.E. : La plupart de nos start-ups se voient dans le marché B2B et B2G [4] tandis que les entreprises de ce domaine dans les pays occidentaux (Union Européenne, Etats-Unis par exemple), ont une approche beaucoup plus orientée B2C. Je pense que cela est d’ailleurs lié aux problèmes fondamentaux de l’économie russe, au niveau macroéconomique, et cela dans tous les domaines. C’est en effet plus simple de se tourner vers une clientèle dans l’administration ou l’industrie. Pour nous, il est important que nos start-ups soient compétitives, c’est pour cela qu’on leur demande d’entrer sur les marchés étrangers. C’est d’ailleurs à ce titre que nous sommes très intéressés par le marché français. Nous avons eu l’occasion d’aller à l’évènement « Innorobo » [5], à Lyon, avec plusieurs de nos start-ups, dont ExoAtlet, et nous avons eu beaucoup de succès, de tels projets d’exosquelette n’existant pas en Europe à ma connaissance. Nous avons vu beaucoup de programmes et de solutions pédagogiques français dans le domaine de la robotique basés sur des programmes américains. Je dois avouer que les utilisations offertes étaient encore relativement limitées. Nous avions apporté 5 kits de solutions pédagogiques et cela a tellement plu que nous n’en avons récupéré aucune !

Pour être très honnête avec vous et je peux le dire de façon officielle : nous ne sommes pas très satisfaits d’Innorobo. Le traitement et l’attention que nous avons reçus nous paraissaient quelque peu injustes, notamment en matière de promotion et de relations publiques, cela n’était pas proportionnel par rapport aux entreprises européennes. Peut-être que pour le même évènement en Russie, plus d’attention aurait été portée aux acteurs russes certes mais cela est plus motivé par des raisons politiques que technologiques : je n’ai pas vu de solutions pédagogiques comme les nôtres. En fait, je n’ai pas vu de robotique réellement « française », exceptées peut-être cinq entreprises, créées et basées en France, mais on ne peut même pas dire qu’Aldebaran [6] est réellement une entreprise française mais en majorité japonaise par exemple. Les start-ups françaises dans ce domaine me semblaient en fait très similaires avec les russes, en cela il y a un axe de coopération possible. C’était la première fois pour des entreprises russes de Skolkovo qu’elles allaient présenter leurs projets robotiques lors d’un salon à l’étranger et j’ai choisi Innorobo en particulier, car ce n’est ni trop grand ni trop international. Le niveau de technologie et de technique des entreprises russes dans le domaine de la robotique se situe plutôt dans la moyenne européenne. En ce sens, les européens restent de bons partenaires pour nous et la relation reste équilibrée. Nos points les plus faibles demeurent le design/la modélisation ainsi que la commercialisation, alors qu’ils demeurent, en général, les points forts des Européens. Les scientifiques russes excellent plutôt dans la technique et la technologie. Quant aux Japonais et Américains, ils bénéficient de plus d’investissement, de formation et ils ont ainsi atteint un niveau bien supérieur au nôtre, que nous devons réellement rattraper ! Je ne vois pas cette différence fondamentale avec les Européens.

BVST Russie  : Pouvez-vous nous parler des évènements internationaux liés à la robotique et qui ont lieu en Russie, tels que la Conférence sur la robotique de Skolkovo [7] ?

A.E. : Cette conférence est la plus grande conférence d’Europe de l’Est en matière de robotique et peut être même le plus grand en Europe avec plusieurs milliers de visiteurs, des exposants en très grand nombre et des intervenants renommés mondialement. Cet évènement est déjà annuel et la quatrième édition est d’ores et déjà prévue pour 2016.

BVST Russie  : Sur la question des financements, pourriez-vous nous donner quelques détails sur les programmes dont peuvent bénéficier les entrepreneurs et les start-ups ?

A.E. : Skolkovo alloue principalement des subventions et des réductions d’impôt mais pas seulement : nous estimons que l’aide financière est aussi importante que l’aide non-financière. C’est à ce titre que nos résidents peuvent bénéficier de conseils d’au moins trois experts de très haut niveau, qui sont très onéreux pour nous mais gratuits pour les start-ups. Nous avons également un réseau de mentors, qui nous semble très important, et nous veillons à ce qu’il y ait de vraies relations entre les mentors et leurs protégés. Nous aimons la compétition, nous croyons en elle et nous pensons que c’est un outil très important. Nous les invitions à participer à des évènements comme « Slush » [8] par exemple, pour qu’elles se confrontent aux autres entreprises. Le benchmarking, c’est très important ! Les programmes d’accélération sont bénéfiques et nécessaires, mais le meilleur apprentissage c’est la compétition.

BVST Russie : Avez-vous des coopérations avec l’Académie des Sciences de Russie (ASR) ou bien avec les autres universités, telles que MGTU par exemple ?

A.E. : En fait, presque tout ce sur quoi nous travaillons provient de chez eux ! La robotique est quelque chose de très intense et avancé au niveau scientifique et technologique, qui demande beaucoup de temps, d’énergies et de ressources. Si vous vous intéressez à des projets dans le domaine du Cloud computing et des start-ups internet par exemple, c’est évident que vous allez trouver beaucoup moins de coopérations, car cela est plus lié aux affaires que simplement aux questions scientifiques.

BVST Russie : Il y a donc un transfert de technologies ?

A.E.  : Je ne crois pas au transfert de technologies à vrai dire, je pars du principe qu’il y a des transferts d’individus mais pas de technologies. Quand les personnes viennent de leur laboratoire ou de leur bureau dans un institut, ils créent leur start-up. Je ne pense pas que nous puissions commercialiser des technologies et des projets que nous n’avons pas développés nous-mêmes. Nous faisons en effet la promotion de l’entreprenariat technologique : vous êtes scientifiques, vous voulez changer de travail et développer votre projet, alors vous aurez peut-être du succès, ou peut-être pas, mais il faut prendre des risques. C’est ce que nous appelons finalement l’entreprenariat technologique.

BVST Russie : Le CSR est situé dans la même rue que SkolTech [9], quelles sont vos relations avec eux ?

A.E. : En fait, SkolTech et leur laboratoire de robotique devraient être des inventeurs pour nous ! C’est beaucoup plus petit que l’ASR mais au sein de cette université doivent émerger des idées. Nous avons déjà des cas d’étudiants suivant leur formation ou ayant déjà terminé et développant des start-ups au sein du CRS. Nous avons déjà des exemples d’étudiants en Master ou diplômés de SkolTech qui développent de nouvelles technologies et des start-ups.

Rédacteur : Quentin Debetz
Pour aller plus loin : Site du Centre de Robotique de Skolkovo ; Site d’ExoAtlet ; Site de l’entreprise Motorika ; Site d’Aldebaran ; Site d’Innorobo

[1Application informatique de commande vocale développée par Apple.

[2« ExoAtlet » se présente sous la forme d’un cadre mécanique, contrôlé par ordinateur, attaché aux parties fonctionnelles du corps humain. Il permet ainsi de compenser la perte des fonctions motrices et, grâce à une orientation verticale, aux muscles d’être actifs réduisant ainsi certains risques, par exemple les infections urologiques. Il pourrait également venir compléter certains traitements médicaux et avoir un intérêt pour la médecine du sport par exemple. Ce modèle devrait également être moins cher que ses concurrents étrangers et couter ainsi entre 21 000 et 41 000$ au lieu d’environ 70 000$ actuellement son équivalent israélien (« ReWalk ») par exemple, déjà accessible sur le marché américain. Selon les estimations de l’OMS, plus de 500 000 personnes par an subissent des blessures graves à la colonne vertébrale.

[3Lancé en 2012, le projet Innopolis – au sein de la République du Tatarstan, a pour objectif de créer ex-nihilo une ville dédiée à l’innovation. Elle devrait accueillir à terme 155 000 personnes, dont 60 000 spécialistes hautement qualifiés. Parmi les différentes infrastructures, sont prévus deux technoparcs (dont les travaux ont été achevés début 2015), ainsi qu’une université dédiée aux TICs.

[4Business to Business (B2B), Business to Government (B2G), Business to Customers (B2C)

[5La cinquième édition d’Innorobo s’est tenue à Lyon en juillet 2014 et a rassemblé 350 intervenants et plus de 200 exposants. L’édition 2016 se tiendra fin mai à Paris.

[6Aldebaran est une entreprise française parmi les plus importantes dans le domaine de la robotique humanoïde.

[7La 3ème conférence internationale sur la robotique de Skolkovo s’est tenue à l’Hypercube du 20 au 22 mars 2015. Cet évènement a regroupé plus de 1200 participants, dont des experts et des start-ups.

[8Slush est un évènement annuel dédié aux start-ups ayant lieu à Helsinki, Finlande, et ayant rassemblé pour l’édition 2014 plus de 14 000 personnes dont 750 investisseurs. En 2015, l’évènement aura lieu du 11 au 12 novembre.

[9Université non gouvernementale « Skolkovo Institute of Science and Technology » (SkolTech), créée sous le pilotage du MIT.

publié le 04/03/2016

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