Déclarations à la suite du référendum britannique

Déclaration du Président de la République à la suite du référendum britannique

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Les Britanniques par référendum ont décidé de quitter l’Union européenne. C’est un choix douloureux et je le regrette profondément pour le Royaume-Uni et pour l’Europe. Mais ce choix est le leur et nous devons le respecter, en en tirant toutes les conséquences.

La Grande-Bretagne ne fera donc plus partie de l’Union européenne et les procédures prévues par les traités seront rapidement appliquées, c’est la règle et c’est la conséquence.

La France pour elle-même et pour la Grande-Bretagne continuera à travailler avec ce grand pays ami, auquel l’Histoire et la géographie nous unissent par tant de liens, sur le plan économique, humain, culturel et je n’oublie pas nos relations étroites en matière de défense qui seront préservées.

Le vote des Britanniques met gravement l’Europe à l’épreuve. Elle doit montrer dans ces circonstances sa solidité et sa force, en apportant les réponses nécessaires pour maîtriser les risques économiques et financiers du départ du Royaume-Uni. Des mesures sont d’ores et déjà prises et j’ai confiance dans leur efficacité.

Mais la décision britannique exige aussi de prendre lucidement conscience des insuffisances du fonctionnement de l’Europe et de la perte de confiance des peuples dans le projet qu’elle porte.

Le danger est immense face aux extrémismes et aux populismes. Il faut toujours moins de temps pour défaire que pour faire, pour détruire que pour construire. La France, pays fondateur de l’Europe, ne l’acceptera pas.

Un sursaut est nécessaire. L’Europe pour aller de l’avant ne peut plus faire comme avant. Les peuples attendent de l’Union européenne qu’elle réaffirme ses valeurs, valeurs de liberté, de tolérance et de paix. L’Europe doit donc être une puissance qui décide souverainement de son destin et qui revendique son modèle.

La France sera donc à l’initiative pour que l’Europe se concentre sur l’essentiel : la sécurité et la défense de notre continent pour protéger nos frontières et pour préserver la paix face aux menaces ; l’investissement pour la croissance et pour l’emploi pour mettre en œuvre des politiques industrielles dans le domaine des nouvelles technologies et de la transition énergétique ; l’harmonisation fiscale et sociale pour donner à nos économies des règles et à nos concitoyens des garanties ; enfin le renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique.

L’Europe, et c’est ma conviction, doit porter des projets et non pas se perdre en procédures. Elle doit être comprise et contrôlée par les citoyens. Elle doit décider vite, là où on l’attend et laisser une fois pour toute aux Etats-nations ce qui relève de leurs seules compétences.

C’est le mandat que j’irai porter au Conseil européen mardi prochain. Je rencontrerai au préalable les responsables politiques des grandes formations de notre pays. J’irai également lundi à Berlin pour que, avec la Chancelière MERKEL et sans doute Matteo RENZI nous puissions également évoquer ce qui doit être fait, notamment pour la préparation de ce Conseil. L’Allemagne parce que de notre unité dépend la cohésion de l’ensemble de l’Union européenne. L’Europe est une grande idée et pas seulement un grand marché. Et c’est sans doute à force de l’avoir oublié qu’elle s’est perdue.

L’Europe doit continuer à être un espoir pour la jeunesse car c’est son horizon. Aujourd’hui, c’est l’Histoire qui frappe à notre porte. Ce qui se joue c’est la dilution de l’Europe au risque du repli ou la réaffirmation de son existence au prix de changements profonds.

Je ferai tout pour que ce soit le changement profond plutôt que le repli. Et la France a une responsabilité particulière parce qu’elle est au cœur de l’Europe, parce qu’elle a voulu l’Europe, parce qu’elle a bâti l’Europe, parce qu’elle est le pas qui peut entrainer les autres et qui est garant de l’avenir de notre continent.

C’est ma conviction de Français et d’Européen et c’est ce qui me déterminera dans la conduite de notre pays dans cette période si décisive mais dont nous savons que l’histoire aujourd’hui nous juge puisque l’histoire est là soyons à la hauteur de la circonstance que nous traversons.

Merci.


Déclaration à la suite du référendum britannique par elysee

"Faire face, c’est préserver l’unité de l’Europe", déclaration de Jean-Marc Ayrault

Déclaration de Jean-Marc Ayrault à son arrivée à la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Luxembourg, 24 juin 2016

"J’ai tenu à être présent avec mes collègues ministres des affaires étrangères et secrétaires d’Etat aux affaires européennes ce matin.

Nous sommes tristes, mais c’est la décision du peuple britannique. Nous devons la respecter. Nous sommes tristes pour le Royaume Uni et nous sommes tristes pour l’Europe.

Mais il faut faire face, et faire face, c’est préserver l’unité de l’Europe, continuer à mettre en œuvre ses priorités, tout en étant plus attentif encore aux aspirations des peuples de toute l’Europe. Il y a donc beaucoup de travail à faire.

Mais l’urgence aujourd’hui, c’est respecter le vote du peuple britannique. Je le dis car certains pensent que c’est le chaos. Non, ce n’est pas le chaos, car il y a des traités. Et le Traité européen prévoit en son article 50 les conditions du départ. Il ne faut donc pas qu’il y ait d’incertitude. Il faut que le gouvernement britannique fasse part de la décision officielle du peuple britannique et qu’on enclenche la mise en œuvre de cet article, pour la cohésion et la stabilité de l’Europe comme du Royaume Uni. Il y a urgence. Il n’y a pas de temps à perdre. Toute période d’incertitude serait préjudiciable.

Donc c’est de ces sujets que nous allons parler aujourd’hui. Nous reviendrons vers vous tout à l’heure.

Merci."

Déclaration conjointe des ministres français, allemand, belge, italien, luxembourgeois et néerlandais des Affaires étrangères

Les ministres français, allemand, belge, italien, luxembourgeois et néerlandais des Affaires étrangères prennent acte avec regret du fait que le peuple britannique s’est prononcé contre l’appartenance à l’Union européenne.

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Cette décision du peuple britannique constitue un tournant de l’histoire de l’Europe.

L’Union européenne perd non seulement un État membre mais un ensemble considérable d’histoire, de traditions et d’expérience.

Cet événement crée une situation nouvelle. Du fait de la décision du peuple britannique, l’accord auquel le Conseil européen des 18 et 19 février était parvenu cesse d’exister. Nous attendons à présent du gouvernement britannique qu’il fasse preuve de clarté en donnant effet à cette décision dès que possible. Les dispositions pertinentes du Traité de Lisbonne (article 50 du Traité sur l’Union européenne) permettent un départ en bon ordre. Nous sommes prêts à travailler avec les institutions lorsque les négociations en vue de définir et de clarifier les relations à venir entre l’UE et le Royaume-Uni auront commencé.

Nous demeurons fermement convaincus que l’Union européenne offre un cadre unique dans l’histoire et indispensable pour assurer la liberté, la prospérité et la sécurité de l’Europe, définir des relations pacifiques et mutuellement avantageuses entre ses peuples et contribuer à la paix et à la stabilité dans le monde.

Depuis sa création par les six membres fondateurs en 1957, l’UE a parcouru avec succès un long chemin. Elle a réuni l’Europe orientale et l’Europe occidentale et a apporté la plus longue période de paix que notre continent ait connue dans les temps modernes. De plus, elle a été une force motrice pour rassembler les peuples d’Europe et a, ce faisant, tenu la promesse dont nous avions pris l’engagement dans les traités : créer une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe. Nous poursuivrons nos efforts en faveur d’une Union européenne à 27 plus forte et ayant plus de cohésion, reposant sur des valeurs communes et sur la primauté du droit.

C’est à cette fin que nous reconnaîtrons également plusieurs niveaux d’ambition entre les États membres pour ce qui est du projet d’intégration européenne. Sans revenir sur ce que nous avons accompli, nous devons trouver de meilleurs moyens de traiter ces niveaux d’ambition différents afin de faire en sorte que l’Europe réponde mieux aux attentes de tous ses citoyens.

C’est dans cet esprit que nous réaffirmons fortement notre attachement commun à l’Union européenne. Toutefois, nous sommes conscients du fait que le mécontentement face à son fonctionnement tel qu’il est aujourd’hui est manifeste dans certaines composantes de nos sociétés. Nous prenons cela très au sérieux et sommes résolus à faire en sorte que l’UE fonctionne mieux pour tous nos citoyens. Ni un simple appel à davantage d’Europe ni une phase de pure réflexion ne peuvent être une réponse appropriée. Nous devons axer nos efforts communs sur les défis qui ne peuvent être traités qu’au moyen de réponses européennes communes, tout en laissant d’autres tâches au niveau national ou régional. Nous devons apporter de meilleures réponses aux questions auxquelles nous avons choisi de nous atteler au niveau européen. Nous devons aussi assumer la responsabilité qui nous incombe de renforcer la solidarité et la cohésion au sein de l’Union européenne.

Aujourd’hui, l’Europe est confrontée à des défis immenses dans un contexte de mondialisation qui nécessitent une Union européenne meilleure. Nous devons axer davantage l’action de l’UE sur les grands défis de notre temps : garantir la sécurité de nos citoyens face à des menaces externes et internes croissantes, établir un cadre stable en coopération pour traiter les migrations et les flux de réfugiés, stimuler l’économie européenne en favorisant la convergence de nos économies et une croissance durable et créatrice d’emplois et en progressant vers la réalisation de l’Union monétaire européenne. Ces défis s’inscrivent dans un contexte d’instabilité croissante et de changements géopolitiques à nos frontières européennes.

Nous exprimons notre confiance dans notre avenir européen commun.

Déclaration conjointe de François HOLLANDE Président de la République française, d’Angela MERKEL Chancelière de la République fédérale d’Allemagne et de Matteo RENZI Président du Conseil de la République italienne

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Berlin, le 27 juin 2016
Le 23 juin 2016, la majorité du peuple britannique a exprimé le souhait de quitter l’Union européenne. La France, l’Allemagne et l’Italie respectent cette décision. Nous regrettons que le Royaume-Uni ne sera plus notre partenaire au sein de l’Union européenne.

Nous avons pleinement confiance dans le fait que l’Union européenne est assez forte pour apporter aujourd’hui les bonnes réponses. Il n’y a pas de temps à perdre.
Aujourd’hui, nous exprimons notre ferme engagement pour l’unité de l’Europe. Nous sommes fermement convaincus que l’Union européenne est essentielle pour rendre nos pays plus forts en agissant ensemble, avec nos institutions communes, afin de garantir le progrès économique et social de nos peuples et d’affirmer le rôle de l’Europe dans le monde.

Depuis près de soixante ans, l’Union européenne constitue une communauté unique de droits, de libertés et de valeurs communes. Elle nous permet de sauvegarder notre modèle social européen, qui associe la réussite économique et la protection sociale. Elle nous permet de préserver la diversité culturelle. Le marché unique, nos politiques communes et l’euro n’ont pas d’équivalent dans le monde. Ces réalisations sont le fondement de notre prospérité. Ensemble nous défendons nos intérêts et des échanges libres et équitables dans le monde. Ensemble nous progressons dans notre politique énergétique et ensemble nous contribuons à la protection du climat au niveau mondial. Ensemble nous contribuons à la stabilité et au développement dans le monde et nous promouvons la liberté.

Nous sommes tout aussi fermement convaincus que l’Union européenne ne peut à nouveau aller de l’avant que si elle continue à s’appuyer sur le soutien de ses citoyens.

Pour cela, l’Union européenne doit répondre aux préoccupations exprimées par les peuples en clarifiant ses objectifs et son fonctionnement. Elle devrait être plus forte sur les priorités essentielles, là où les Européens doivent unir leurs forces, et moins présente là où les États membres sont mieux placés pour agir. Elle doit rester placée sous le contrôle démocratique de ses citoyens et doit être plus intelligible. Elle doit agir plus rapidement, en particulier pour mettre en œuvre des programmes et des projets qui apportent des bénéfices directs aux citoyens.

Dans un monde qui change, l’Union européenne devrait préserver ses acquis essentiels et se concentrer sur les défis auxquels les Européens sont aujourd’hui confrontés, comme les migrations à l’échelle mondiale et les nouvelles menaces, en particulier le terrorisme international, auquel aucun État membre ne peut faire face efficacement seul. Elle doit également renforcer la capacité des Européens à répondre à une concurrence internationale qui s’accroit tout en renforçant l’économie sociale de marché européenne.

En conséquence, nous proposons trois priorités essentielles pour une action renforcée et approfondie fondée sur des objectifs concrets :
la sécurité intérieure et extérieure : l’Europe est confrontée à des défis immenses. Ils requièrent un renforcement de ses moyens communs afin de protéger ses frontières extérieures et de contribuer à la paix et à la stabilité dans son voisinage, en particulier en Méditerranée, en Afrique et au Moyen-Orient.
Nous ne gagnerons la lutte contre le terrorisme en Europe que si nous agissons en étant unis. Le terrorisme ne sera vaincu que si nous montrons que nous sommes capables de reconstruire un esprit de communauté ; d’investir dans nos villes, contre la marginalisation sociale.

Nous nous montrerons à la hauteur de nos responsabilités si nous développons notre défense européenne et prenons les engagements nécessaires pour nos opérations conjointes, ainsi que pour nos capacités et notre industrie militaires. Le potentiel d’une véritable politique étrangère, de sécurité et de défense commune n’a pas encore été pleinement exploité.

une économie forte et une cohésion sociale forte  : l’Europe doit tenir sa promesse de prospérité pour ses citoyens. Il nous faut davantage de croissance pour lutter contre le chômage et créer des emplois, en particulier pour les jeunes, et davantage d’investissements pour assurer la force de nos économies dans la concurrence mondiale.

Le succès du modèle économique et social européen, qui combine force économique et protection sociale, nécessite de définir le cadre de régulation approprié ; de meilleures politiques pour l’entrepreneuriat et la participation de tous à la vie active ; de renforcer la recherche, l’innovation et la formation, qui jouent un rôle clef car la richesse de l’Europe repose en premier lieu sur les connaissances et les capacités de ses citoyens ; de développer l’économie numérique en Europe pour de meilleurs services, une industrie modernisée et des emplois ; d’exploiter pleinement le potentiel des politiques énergétiques et climatiques qui protègent l’environnement.
Pour les pays qui ont l’euro en commun, de nouvelles étapes seront nécessaires, pour renforcer la croissance, la compétitivité, l’emploi et la convergence, y compris dans les domaines social et fiscal.

des programmes ambitieux pour la jeunesse  : l’Europe ne réussira que si elle donne espoir à ses jeunes. Nous devons renforcer les initiatives européennes pour la formation, l’entrepreneuriat et l’accès à l’emploi dans toute l’Europe, tels que l’Initiative pour l’emploi des jeunes ou le programme Erasmus pour les étudiants, les apprentis et les jeunes professionnels.

L’Union européenne représente nos valeurs communes : nous défendons la paix et la liberté, la démocratie et la primauté du droit, le respect mutuel et la responsabilité, la tolérance et la participation, la justice et la solidarité. Il est temps aujourd’hui de réaffirmer ces valeurs.

Nous proposerons demain aux Chefs d’État et de gouvernement et aux Institutions européennes de lancer un processus, selon un calendrier strict et un ensemble précis d’engagements, afin de répondre aux défis présentés par le résultat du référendum britannique et de développer des solutions concrètes pour un bon avenir aux Européens au sein de l’Union européenne.

Une rencontre spéciale des dirigeants en septembre sera consacrée aux défis communs auxquels les 27 États membres sont confrontés et aux priorités essentielles sur lesquelles ils devront décider. Ils devraient aussi se mettre d’accord sur des projets concrets à réaliser en Europe dans les six prochains mois pour la croissance et la sécurité. Les travaux devraient débuter immédiatement afin de développer les initiatives nécessaires. Des contributions de personnalités internationales pourraient nourrir les discussions sur les perspectives de l’Europe dans un contexte global.

Les réunions du Conseil européen d’octobre 2016 et de décembre 2016 devraient évaluer les progrès accomplis dans cette perspective et donner les directives nécessaires.

Le soixantième anniversaire du Traité de Rome le 25 mars 2017 sera un moment important pour réaffirmer l’unité de l’Europe et notre engagement commun dans le projet européen.

Discours du Président de la République

Berlin – Lundi 27 juin 2016

Mesdames, Messieurs, je voudrais d’abord remercier Angela MERKEL pour son accueil aujourd’hui. Nous avions convenu, c’était à Verdun lors d’une cérémonie particulièrement émouvante, Angela et moi-même, de nous retrouver avant le Conseil européen et nous avons trouvé aussi tout à fait nécessaire d’associer Matteo RENZI à cette préparation et à cette réunion car nous sommes les trois grands pays de l’Union européenne. Avec bien sûr le Royaume-Uni, mais le Royaume-Uni a pris une décision. C’était un référendum qui avait été annoncé depuis déjà longtemps. L’Union européenne – et nous y avions travaillé ensemble – avait cherché à trouver les bonnes formules pour que le peuple britannique puisse répondre favorablement à la question qui lui était posée et nous avons eu le résultat. C’est donc la sortie qui l’a emporté.

Nous regrettons profondément ce choix, même s’il a été partagé par 52%, ça veut dire que 48% voulaient rester et notamment beaucoup de jeunes. Nous le regrettons parce que le Royaume-Uni est un pays ami, allié et qui est géographiquement, historiquement en Europe. Mais nous devons respecter cette décision. C’est notre devoir par rapport à un peuple qui s’est exprimé, une consultation qui a eu lieu et un débat qui a été particulièrement long et qui nous a d’ailleurs occupé nous aussi au plan de nos réunions européennes.

Mais nous devons faire preuve dans ce moment, à la fois de tristesse, mais aussi de responsabilité car c’est la nôtre. La responsabilité, c’est de ne pas perdre de temps. Ne pas perdre de temps ni pour traiter convenablement la question du départ du Royaume-Uni, ne pas perdre de temps non plus pour traiter la question de la nouvelle impulsion que nous devons donner à la nouvelle Union européenne donc à 27.

Pourquoi ne pas perdre de temps ? Parce que rien n’est pire que l’incertitude. L’incertitude génère des comportements politiques souvent irrationnels. L’incertitude génère aussi des comportements financiers qui peuvent être également irrationnels. C’est déjà le Royaume-Uni qui en fait l’expérience et elle est douloureuse et au plan politique et au plan financier. Mais il ne faut pas qu’il y ait de conséquences sur l’Europe car l’Europe est solide, l’Europe est forte et l’Europe est un projet qui doit se poursuivre même si des modifications doivent intervenir et des priorités être réaffirmées.

Alors ne pas perdre de temps, c’est comme il a été dit par Angela, faire en sorte que la notification par les Britanniques intervienne le plus rapidement possible, qu’il n’y ait pas de pré-négociations avant cette notification et une fois qu’elle sera prononcée, qu’elle sera transmise aux institutions européennes, d’avoir cette phase de négociations au titre de l’article 50. C’est mieux pour l’ensemble de l’Europe d’avoir cette procédure et qu’elle intervienne le plus tôt possible.

Nous comprenons bien la situation politique aussi au Royaume-Uni et nous devons là encore faire preuve de respect mais il y a aussi un respect que nous devons attendre de la part du Royaume-Uni à l’égard de ce que nous sommes, c’est-à-dire l’Union européenne.

Nous garderons de toute manière des relations fortes avec le Royaume-Uni et nous avons, notamment pour la France, des accords de défense. Nous avons aussi tous ensemble des relations politiques, économiques, commerciales qui demeureront.
Nous ne devons pas perdre de temps non plus pour donner une nouvelle impulsion sur les priorités concrètes. Il ne s’agit pas de refaire l’Europe. L’Europe, elle se fait, elle ne se refait pas ; elle doit se construire, elle n’a pas besoin de se reconstruire ; elle doit continuer à se bâtir mais en se concentrant sur les priorités essentielles et en mettant en œuvre rapidement des mesures concrètes.

Angela a cité les quatre priorités, nous nous retrouvons avec Matteo parfaitement sur ces priorités-là, nous en avions discuté : sécurité, protection des frontières, lutte contre le terrorisme, capacité à pouvoir nous défendre ensemble et c’est une dimension très importante pour la protection, ce que les Européens attendent de l’Europe. Deuxième priorité : la croissance, l’emploi, avec le soutien à l’investissement et notamment par rapport au numérique, par rapport aux enjeux de la transition énergétique, nous avons beaucoup à faire et beaucoup mieux à faire que ce que nous avons pour l’instant engagé avec une autre priorité qui est très liée à la précédente, c’est la jeunesse et nous devons prendre des mesures concrètes dans les mois qui viennent pour que la jeunesse ait encore davantage confiance dans l’Europe notamment pour les échanges, notamment pour la mobilité, notamment pour la formation et bien sûr pour l’emploi.

Enfin, il y a dans la Zone Euro, nous appartenons à la Zone Euro, nous savons qu’il y a des pays qui ne sont pas dans la Zone Euro, nous les respectons aussi, mais il y a une harmonisation fiscale et sociale à mener ensemble dans la Zone Euro et cela fait partie aussi de nos priorités.

Et puis, il y aura toujours cette question : Comment mieux faire fonctionner l’Europe ? Comment lui donner plus de rapidité, plus de souplesse, plus de clarté pour les peuples ? Cela fait partie aussi des discussions que nous aurons dans les prochaines semaines.

Ne pas perdre de temps, ça veut dire qu’au mois de septembre, nous aurons, si le Conseil européen retient ce calendrier, un travail qui pourra être déjà présenté.
Voilà, je l’ai dit, ce qui compte, c’est la clarté, la rapidité et c’est l’unité. Si nous sommes clairs, si nous sommes rapides, je ne doute pas que nous serons unis.

Intervention de Manuel Valls du 28 juin 2016

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Monsieur le président,
Mesdames, messieurs les ministres,
Mesdames, messieurs les députés,

Le choc est historique : pour la première fois depuis le début de la construction européenne, un peuple a décidé de quitter l’Union.

On croit toujours les choses acquises … que ce qui a été fait ne peut être défait …
Combien de fois avons-nous entendu parler de l’irréversibilité de la construction européenne !

C’était sans compter sur l’histoire. Elle s’invite quand elle veut. Et surtout quand les peuples le décident ; quand les peuples rappellent à tous ceux qui leur disent : « vous n’avez pas le choix », « il n’y a pas de plan B », que, eux seuls, sont souverains.
Les Britanniques se sont exprimés. Il faut respecter ce choix démocratique. Il s’impose à nous tous.

Dès lors, l’alternative est simple : soit on fait comme toujours, en évitant l’évidence, en essayant simplement de colmater les brèches, avec des petits arrangements ; soit nous prenons enfin notre courage à deux mains, nous allons au fond des choses, nous faisons de ce choc, un électrochoc !

Car l’erreur historique serait de croire que ce référendum ne regarde que les Britanniques. Non ! C’est de l’avenir de chacun des peuples de l’Union qu’il s’agit. Donc aussi, et avant tout, celui du peuple français. C’est pourquoi, le gouvernement a souhaité venir s’exprimer devant vous, en plein accord avec le président de votre assemblée.

Parce que je crois profondément à l’Europe, par mes racines, mes origines, mes convictions, je refuse que ce grand dessein dérive. Je refuse qu’il chavire et sombre, entraîné par le poids grandissant des populismes. Je refuse que nous cédions au fatalisme, au pessimisme. Je refuse que nous subissions.

Pour cela, chacun doit réinterroger ses certitudes, se remettre en question.

1. Le constat : un profond malaise en Europe
Je sais bien que certains diront que le résultat de ce referendum n’est pas surprenant. Après tout, le Royaume-Uni a toujours eu une relation « particulière » à l’Europe. Un pied dedans, un pied dehors, comme on a coutume de dire.
Cette analyse serait fatale. Le vote de jeudi dernier révèle quelque chose de beaucoup plus profond.

L’heure n’est plus à la prudence diplomatique. Il faut crever l’abcès.

Ce vote montre le malaise des peuples.

Ils doutent de l’Europe.

Ils ne comprennent pas ce qu’elle fait ; ne voient pas ce qu’elle leur apporte … Pour eux, l’Europe est envahissante sur l’accessoire et absente sur l’essentiel.
Pire, ils ont le sentiment qu’elle impose ses choix et joue systématiquement contre leurs intérêts.

Le slogan des pro-Brexit, « reprendre le pouvoir », dit très clairement les choses. On ne peut pas l’ignorer.

L’Europe se fera avec les peuples. Sinon elle se disloquera.

2. la France doit être à l’initiative

Une fois ce constat posé, que faut-il faire ?

Ma conviction, c’est que cette crise, comme toutes les crises, est l’occasion d’une grande transformation.

Comme au cours de ces dernières années, chaque fois que l’essentiel est en jeu sur l’Europe, la France se doit de répondre présente.

C’était vrai, il y a un an, lorsqu’il a fallu sauver la Grèce et convaincre nos partenaires qu’elle devait rester dans la zone euro. Je n’oublie pas que certains voulaient sceller le destin de ce grand pays d’un revers de main. Certains voulaient faire sortir un pays membre, oubliant le principe même de solidarité. La suite des événements leur a donné tort. Même si tout n’est pas réglé, ce pays, aujourd’hui, se porte mieux et en est reconnaissante à la France. Sauver la Grèce, c’était déjà sauver l’Europe !

Il y a un an, la France, par la voix du Chef de l’Etat, était dans son rôle. Elle le sera, une nouvelle fois, aujourd’hui.

Parce que nous sommes la France, un pays respecté, écouté, attendu !

Parce que nous sommes un pays fondateur !

Parce qu’avec l’Allemagne, conscients de nos responsabilités, nous voulons l’Europe, notre horizon commun. Le président de la République l’a rappelé hier soir avec la Chancelière allemande et le président du Conseil italien.

Parce que nous savons que c’est l’Union qui nous renforce et la désunion qui nous affaiblit.

Je mets en garde ceux qui croient qu’on renforcera notre souveraineté nationale en tirant un trait sur l’Europe ; ceux qui pensent qu’on s’en sortira mieux dans la mondialisation, qu’on traitera mieux la crise migratoire, qu’on combattra mieux le terrorisme en agissant seuls, en se privant d’appuis, dans le seul cadre de nos frontières nationales. Rien n’est plus faux.

Etre européen, aujourd’hui et demain, c’est respecter le choix des peuples.
C’est vouloir peser sur le cours des choses.

Chacun se rappelle de ces mots de François Mitterrand : « La France est notre patrie, l’Europe notre avenir ».

Etre européen, ce n’est pas trahir la France ! C’est au contraire l’aimer et la protéger.
Depuis plusieurs jours, le Président François Hollande est à l’initiative. Il a d’abord souhaité rencontrer les présidents des deux assemblées, puis les chefs de partis. Il s’est ensuite entretenu avec le président du Conseil européen, du Parlement européen. Il s’est entretenu avec la Chancelière allemande, le président du Conseil italien et nombre de ses homologues.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault et le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Harlem Désir, multiplient les contacts.

Le chef de l’Etat sera, aujourd’hui et demain, au Conseil européen. Il y tiendra un discours de fermeté vis-à-vis des Britanniques. Non pas que nous voudrions les punir ! Ce serait absurde car le Royaume Uni est et restera un grand pays ami à qui nous devons tant. Dans trois jours, nous célébrerons ensemble le centenaire de la Bataille de la Somme. Et nous continuerons de coopérer en particulier en matière de Défense, de gestion migratoire, sur le plan économique.

Mais l’Europe a besoin de clarté. Soit on sort, soit on reste dans l’Union !

Je comprends que le Royaume Uni veuille défendre ses intérêts, mais l’Europe doit aussi se battre pour les siens. Depuis janvier 2013, elle est suspendue à la décision britannique. Nous avons fait preuve de patience et de compréhension. Dorénavant, l’entre-deux, l’ambiguïté ne sont plus possibles, parce que nous avons besoin de stabilité, notamment sur les marchés financiers. Ce n’est pas le parti conservateur britannique qui doit imposer son agenda. Soyons clairs : comme le Parlement européen l’a demandé ce matin, le Royaume Uni doit activer le plus tôt possible la clause de retrait de l’Union européenne, prévue dans le Traité de Lisbonne, pour « éviter à chacun une incertitude qui serait préjudiciable et protéger l’intégrité de l’Union ». Il n’y a pas de temps à perdre. Il n’y aura pas de négociations tant que l’article 50 ne sera pas déclenché. Et si les Britanniques veulent garder un accès au marché unique, il faudra alors respecter l’intégralité des règles.

La France tiendra un langage de fermeté. Elle tiendra, aussi, un langage de vérité : il faut inventer une nouvelle Europe.

3. Refonder, réinventer une autre Europe

Inventer, c’est-à-dire passer à une nouvelle grande étape.
Il y a eu la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, puis, pendant la guerre froide, la consolidation et l’élargissement. Nous avons accueilli de jeunes démocraties : la Grèce, l’Espagne, le Portugal.

Après la chute du mur, nous avons oeuvré à la réunification du continent.

Les acquis historiques de la construction européenne à laquelle la France a toujours pris une part essentielle sont irremplaçables. Et la France est garante du maintien de ces acquis.

Malgré la paix, malgré les formidables échanges économiques et culturels, malgré la création d’une monnaie unique à laquelle les Français sont attachés, Malgré Airbus, Ariane et Erasmus, une fracture s’est ouverte. Elle n’a cessé de grandir.

Cette fracture a des causes profondes. Ce n’est pas uniquement une question de normes tatillonnes … C’est aussi une question de souveraineté démocratique et d’identité.

D’identité, car les peuples ont l’impression que l’Europe veut diluer ce qu’ils sont et ce que des siècles d’histoire ont façonné. Or une Europe qui nierait les nations – Philippe Séguin l’avait prédit avec une grande lucidité – ferait simplement le lit des nationalismes. Ce modèle au-dessus des nations, niant les particularités de chacun, serait un échec, et certains ont laissé croire qu’il était le seul possible.

Question d’identité. Question aussi de souveraineté et de démocratie.

Nous avons cru pouvoir agrandir, élargir, à marche forcée ; que les « non » seraient oubliés grâce à « plus d’Europe » ; que les referendums pouvaient être contournés, que le rejet croissant de l’Europe se « soignait » uniquement par de la « pédagogie ». Avouons-le, depuis 2005, nous avons évité les vrais débats. Nous avons laissé les populismes proférer leurs mensonges et installer l’idée que « construction européenne » et « souveraineté nationale » étaient incompatibles.

Nous devons reprendre la main. Retrouver les sources de l’adhésion au projet européen. Et surtout réinventer les causes de l’adhésion. En répondant à ces questions : Pourquoi sommes-nous européens ? Quel est notre projet collectif ?
Quel intérêt avons-nous à être ensemble ? Pour défendre quelles valeurs ?

L’Europe, c’est une culture. C’est une histoire commune. C’est la démocratie. C’est le continent de la conquête des libertés. Ce sont des valeurs partagées : l’égalité entre les femmes et les hommes, une exigence quant à la dignité de la personne. C’est l’aspiration à l’universalité, la défense de la nature et de la planète.

En un mot, l’Europe, c’est une civilisation, une identité multi séculaire, qui a des racines profondes, philosophiques, spirituelles, religieuses. Cette identité n’est pas monolithique.

Chacun de nos pays a ses propres caractéristiques. Seule une Union peut les protéger face à la concurrence de pays continents.

L’Europe, c’est notre interface avec le monde. Elle doit être une protection quand nous en avons besoin. Elle doit aussi démultiplier nos forces, nous permettre de peser plus que si nous étions seuls. Tout cela, c’est le sens des initiatives que la France entend porter.

D’abord, en mettant les enjeux de sécurité au cœur de l’Union. La menace terroriste, la crise migratoire, mettent l’espace Schengen à l’épreuve. Nous devons en reprendre le contrôle.

Dans un monde dangereux, si l’Europe ne protège pas, elle n’est rien.

Grâce à la France, beaucoup a déjà été fait : PNR européen, encadrement de la circulation des armes. Il faut aller plus loin et vraiment maîtriser nos frontières extérieures. Pas en sortant de Schengen, mais en agissant pour que les règles régissant cet espace soient appliquées fermement. Oui, l’Europe a des frontières. Une frontière, ce n’est pas seulement une réalité matérielle, géographique. C’est aussi une réalité symbolique, qui nous définit, qui dit ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas qui dit où l’Europe commence et où elle s’arrête. L’Europe, ce n’est pas un ensemble indéfini, ouvert aux quatre vents.

L’Europe doit également assumer un effort de défense digne de ce nom et être capable d’intervenir à l’extérieur. Et ce d’autant plus que les Etats-Unis se désengagent de plus en plus. Il ne faut plus hésiter.

C’est d’abord cela que la France entend porter auprès de ses partenaires. L’Europe de demain doit être protectrice.

Et puis l’Europe doit mieux s’imposer, en protégeant l’intérêt des Européens.

Cessons la naïveté ! Les Etats tiers, comme la Chine, l’Inde ou les Etats-Unis défendent becs et ongles leurs intérêts partout dans le monde. Et nous, nous ne le ferions pas ?

Changeons d’état d’esprit ! Dans tous les domaines : économique, industriel, financier, commercial, agricole avec notamment la filière laitière, mais aussi culturel, environnemental et social. L’Europe ne doit plus être perçue comme le cheval de Troie – pour ne pas dire le dindon de la farce – de la mondialisation. Elle doit protéger ses intérêts, ses travailleurs, ses entreprises. Je pense notamment au secteur de l’acier qui représente des milliers d’emplois en France !

Nous devons faire preuve de la même fermeté par la négociation du Tafta. Il faut dire les choses : ce texte, qui ne fait droit à aucune de nos demandes, que ce soit sur l’accès aux marchés publics ou sur les indications géographiques, n’est pas acceptable. Nous ne pouvons pas ouvrir plus grand les portes de notre marché aux entreprises américaines, alors qu’elles continuent à barrer l’accès aux nôtres.

L’Europe, c’est 8% de la population mondiale. Pour conserver son rang, faire entendre sa voix, peser face aux grands ensembles, bâtir une relation forte avec l’Afrique, ce continent d’avenir, défendre son exception culturelle elle doit s’affirmer comme la puissance qu’elle est. En s’en donnant tous les moyens.

L’Europe, le Président de la République l’a dit en des termes très forts dès vendredi, doit être une puissance qui décide souverainement de son destin.

Pour cela, elle doit investir massivement pour la croissance et pour l’emploi, bâtir une stratégie industrielle dans les nouvelles technologies et la transition énergétique. Le plan Juncker est d’ores et déjà un succès. Rien qu’en France, il a permis de financer 14,5 milliards d’euros de projets.

Il faut encore poursuivre l’harmonisation fiscale et sociale – et par le haut ! – pour donner à nos économies des règles et à nos concitoyens des garanties. Certains disent que c’est impossible … Mais enfin ! Ce que nous avons réussi pour le secret bancaire, pour un socle commun de droits sociaux, nous pouvons aussi le faire contre toutes les formes de dumping qui rongent le projet européen de l’intérieur. Avec la mise en place d’un salaire minimum ! Avec la lutte contre la fraude au détachement des travailleurs !

Cette fraude, c’est s’asseoir sur les règles les plus fondamentales des droits des salariés : rémunération, temps de travail, hébergement. Et l’Europe resterait impuissante ? Non ! Si on ne le fait pas, c’est un des piliers du traité de Rome – la libre circulation des travailleurs – qui sera balayé. C’est pourquoi, il faut modifier en profondeur la directive de 1996. La Commission l’a proposé. A nous de l’adopter.
Enfin, nous devrons renforcer la zone euro et sa gouvernance démocratique. Dès mon discours de politique générale, en avril 2014, j’avais demandé une BCE plus active. Beaucoup a été fait, le plus souvent à notre initiative : la zone euro est plus puissante et résistante qu’en 2008. Mais il doit y avoir plus de convergence entre les Etats membres et plus de légitimité dans les décisions prises. C’est pourquoi, il faut à la fois un budget et un Parlement de la Zone Euro.

4. Quelle méthode ?

Il faut donc réinventer l’Europe. Il faut aussi une nouvelle manière de faire l’Europe.
En donnant le sentiment d’intervenir partout, tout le temps, l’Europe s’est affaiblie. L’Europe doit être offensive là où son efficacité est utile. Mais elle doit savoir s’effacer quand les compétences doivent rester au niveau national, voire régional. Le Président Juncker en est convaincu mais cette nouvelle philosophie est loin d’avoir pénétré tous les esprits à Bruxelles.

Il est grand temps de dépasser les oppositions stériles. L’Europe, ce n’est pas la fin des Etats. Non, c’est l’exercice en commun des souverainetés nationales lorsque c’est plus efficace, lorsque les peuples le choisissent. C’est comme l’avait déjà dit Jacques Delors, une fédération d’Etats-Nations.

Un exemple : si la France s’est battue pour une mise en œuvre rapide des gardes-frontières, c’est parce que nous savons que la souveraineté de notre pays, que la maîtrise opérationnelle de nos frontières doit commencer à Lesbos ou à Lampedusa.
Il faut aussi une Europe qui décide vite. Elle sait le faire, comme l’ont montré les négociations en un temps record du plan Juncker. Et s’il faut mener à quelques-uns ce que les 27 ne sont pas prêts à faire, et bien faisons-le ! Sortons des dogmes.

L’Europe, ce n’est pas l’uniformité. Il y a des différences.

Enfin le débat démocratique européen doit impérativement gagner en qualité.
C’est aussi une leçon du scrutin britannique : à force de ne pas parler d’Europe, les populistes n’ont aucune difficulté à raconter n’importe quoi, à tromper. C’est grave pour l’Europe et c’est fatal pour la démocratie.

L’Europe, ça ne peut pas être simplement les Etats qui rendent des comptes sur la gestion de leurs budgets. Il faut bien sûr des règles. La France les respecte. Mais attention à cette image d’une Europe punitive, acquise aux thèses ultra-libérales et à l’austérité budgétaire. C’est cela que nos concitoyens rejettent. Et ils ne comprendraient pas si le seul message de la Commission dans les prochains jours était de sanctionner l’Espagne et le Portugal.

La Nation, c’est aussi sa représentation nationale. Elle doit avoir son mot à dire. Je souhaite donc les instances européennes puissent rendre beaucoup plus compte de leur action devant les parlementaires nationaux. Et vous devez aussi vous saisir pleinement des instruments de contrôle que l’Europe met à votre disposition. Je salue la constitution, à l’initiative du président Claude Bartolone, qui la présidera, d’une mission d’information sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Le gouvernement souhaite bien évidemment associer au maximum le Parlement à ces questions et se tient à disposition de l’Assemblée nationale.

Il faut un changement de culture : les affaires européennes sont des affaires intérieures !

Beaucoup de propositions sont sur la table. Certains suggèrent une convention, une commission, un travail avec des sages.

Certains n’ont que le mot de référendum à la bouche. Bien sûr qu’il faut donner la parole au peuple !

Mais soyons clairs : un référendum ne peut pas être le moyen de se débarrasser d’un problème. Encore moins un moyen détourné de régler des problèmes de politique interne ... on a vu ce que cela donne de jouer aux apprentis sorciers.

Je veux être encore plus clair : par le referendum, le Front national ne poursuit au fond qu’un seul objectif, qui est désormais dévoilé : faire sortir la France de l’Union européenne et donc de l’Histoire. Quelle étrange ambition pour notre pays. Et quelle vision dévoyée du patriotisme !

Notre rôle de responsables politiques n’est pas de suivre, mais d’éclairer de montrer le chemin. La question qui se pose à la France n’est pas de sortir de l’Europe, mais de refonder le projet européen. L’élection présidentielle sera aussi être l’occasion de trancher ces débats.

Moi, je crois que dans ce moment, il faut inventer également des solutions nouvelles pour une co-construction avec les peuples autour de projets et de propositions. Je pense à l’exemple de la COP 21 qui a été enrichissant.

Il faut savoir associer les citoyens de manière régulière. Les parlements européens et nationaux ont bien sûr leur rôle à jouer. Prenons un exemple concret : les parlements nationaux et donc vous-mêmes devront se prononcer sur le Traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. La Commission européenne doit l’entendre.

Mesdames, messieurs les députés,

Il y l’urgence, à laquelle l’Europe doit faire face dès aujourd’hui : c’est la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la sécurité, avec la protection de nos frontières, la croissance.

Mais il y a aussi le temps long. Il faut le dire : le processus de refondation de l’Europe prendra du temps.

La suite de l’histoire n’est pas écrite. L’Europe a le choix.

Soit elle refuse de changer profondément, et les peuples continueront de la fuir. L’Europe alors sortira de l’histoire.

Soit elle est prête à se réformer, à agir avec et pour les peuples, dans le respect de chacun et l’intérêt de tous. Alors saura regagner le cœur des Européens.

Changer pour refonder, pour ouvrir à nos enfants un nouvel horizon.

Tel est le choix qui se présente à nous. C’est notre responsabilité historique de savoir nous en saisir.

publié le 29/06/2016

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