Daech/Syrie/Russie/Turquie - Entretien de L.Fabius avec RFI

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Q - Après le drame du 13 novembre à Paris, la France envisage-t-elle des actions communes avec l’armée syrienne contre le groupe État islamique ?

R - Nous n’en sommes pas là. Notre objectif est de lutter contre les terroristes de Daech. Il y a l’armée syrienne libre et il y a aussi des Kurdes qui peuvent évidemment, sur le terrain, agir très fortement. La question est posée : quid de l’armée de Bachar ?

Il n’est absolument pas question d’avoir une coopération avec cette armée, qui est bien sûr syrienne mais qui est dirigée par Bachar, tant qu’il est là. Ultérieurement, je dis bien ultérieurement, si on a un processus.

Q - Mais on avait cru comprendre vendredi dernier que vous évoquiez cette possibilité ?

R - Non et je vous remercie de me poser la question. Je suis extrêmement clair : s’il y a la transition politique, si elle est effective et qu’elle aboutit au départ de Bachar - c’est ce que nous sommes en train de faire dans le processus de Vienne, mais il n’a pas été pour le moment mis en application -, à ce moment-là on aura une armée syrienne qui sera une armée de l’État syrien. Armée sans domination de M. Bachar et dans ce cas-là, elle peut être utilisée par des coordinations. Mais, tant que M. Bachar al-Assad dirige l’armée syrienne, il n’en est pas question. Je suis très clair.

Q - Après la destruction d’un avion russe par les Turcs la semaine dernière, n’est-il pas impossible désormais de bâtir cette grande coalition que vous souhaitez ?

R - Mais il le faut ; alors que l’on l’appelle coalition, coordination, front, on peut discuter des termes.

Q - Cela ne va pas fort en ce moment entre Moscou et Ankara.

R - J’ai cru comprendre qu’il y avait quelques difficultés et je suis modéré, je suis diplomate. Mais en même temps, si vraiment l’objectif - et pour nous c’est l’objectif et ce doit être aussi celui des Russes et des Turcs - est de frapper Daech, il faut, quelles que soient les difficultés, que l’on parvienne à rassembler nos forces.

L’affaire de l’avion qui a été abattu ne simplifie pas les choses mais il faut regarder quel est l’objectif. Pour nous, l’objectif est, d’une part, de neutraliser et d’éradiquer les terroristes et, d’autre part, d’arriver à un processus politique qui permette que la Syrie retrouve son intégrité et sa liberté.

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publié le 02/12/2015

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