Claudia Stavisky, metteure en scène invitée au Théâtre Maly

Directrice du Théâtre des Célestins à Lyon, Claudia Stavisky est actuellement à Saint-Pétersbourg pour mettre en scène Lorenzaccio de Musset, avec les acteurs du Théâtre Maly dramatique de Lev Dodine. Rencontre avec la metteure en scène avant la première le 11 décembre.

son parcours

Claudia Stavisky - Ma famille a fui la Russie au début du XXe siècle et s’est établie en Argentine. Mes grands-parents disaient que L’Europe était redevenue « barbare ». Sans doute ai-je été rappelée par mes origines. Je suis venue en France tout d’abord en tant que comédienne. Je voulais travailler avec Peter Brook qui avait installé sa compagnie à Paris. Par la suite j’ai intégré le Conservatoire national dans la classe d’Antoine Vitez. Cette rencontre a été le véritable déclencheur de ma vocation de metteure en scène.

l’expérience de la mise en scène

Antoine Vitez m’a transmis sa capacité de lecture pour situer le théâtre par rapport au politique et à la réalité. Il m’a encouragé à me tourner vers la mise en scène alors que je ne me voyais pas autrement que comédienne. J’ai suivi son conseil et fait une première expérience de mise en scène qui a suffit pour me faire comprendre qu’il avait eu raison en me poussant à ouvrir une porte et voir ce qui se passe de l’autre côté du plateau. J’ai fondé ma compagnie et mis en scène des textes d’auteurs contemporains : Elfriede Jelinek, Edward Bond, Thomas Bernhard, etc.

Les Célestins

Dans ma compagnie, je me sentais à la fois libre et mercenaire. Libre, parce que j’étais seule pour choisir mes créations, ayant bien sûr une famille d’acteurs mais pas de troupe permanente. Mercenaire, car je travaillais à chaque fois pour une commande, je passais de structure en structure. Mon travail n’avait pas de prolongement ni avec un public, ni une programmation. Je suivais mon propre cheminement en tant qu’artiste. Cela ne m’a pas suffit. Je voulais avoir un quartier général - une base - pour instaurer un dialogue continu avec un public que j’identifie et des artistes que je choisis à travers une programmation. En 2000 j’ai été nommée à la direction du Théâtre des Célestins à Lyon. A partir de là j’ai pu imaginer une politique culturelle et construire un programme pour une ville et un public dont je me sens responsable. A présent j’ai le sentiment d’appartenir à une communauté et de ne plus travailler que pour moi-même.

Lev Dodine et le Théâtre Maly dramatique

J’ai rencontré Lev Dodine, le directeur du Théâtre Maly, lorsque nous l’avons invité avec sa troupe à jouer aux Célestins Vie et destin de Vassili Grossman. Nous avons tout de suite compris que nous partagions beaucoup de choses sur notre travail et sur notre idée du théâtre. Aussi, nous avons souhaité un échange entre nos maisons. Et l’Année France-Russie 2010 nous en a donné l’occasion. Lev Dodine m’a invitée au Maly pour mettre en scène une pièce avec ses acteurs. Nous avons choisi ensemble une œuvre : Lorenzaccio d’Alfred de Musset. La pièce n’a jamais été jouée à Saint-Pétersbourg. Son caractère de grande fresque historique et en même temps romantique s’inscrit bien dans l’idée que je me fais de nos échanges, entre la Russie et la France, entre le Théâtre Maly et les Célestins. Musset a voulu illustrer une utopie politique par un tyrannicide qui n’aboutit pas à un idéal. Il est intéressant de tester aujourd’hui ces références en Russie.

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Répétition du Lorenzaccio au Théâtre Maly

la troupe russe

Ce qui me fascine dans ce projet entre nos théâtres, c’est de pouvoir assouvir mon rêve de travailler avec une troupe constituée et dont il faut arriver à déployer tout le potentiel et tous les talents. Quand Lev Dodine a sorti, comme des cartes de jeu, les photos de ses acteurs pour faire la distribution, je me suis exclamée : « Lev, tu ne sais pas la chance que tu as ! ». Je suis impressionnée par le travail des comédiens russes. Ils vont vite, ils sont très entraînés : ils répètent tous les jours un spectacle et jouent dans un autre le soir. Ils sont dans un plaisir du jeu, constant et très physique, qui les rend extraordinairement inventifs. C’est aussi pour eux un grand dépaysement de travailler avec un autre metteur en scène : je sens qu’ils sont en joie et très alertes à la fois.

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Comédiens de la troupe de Lev Dodine

la coproduction

Cet échange est une rencontre véritable de deux savoir-faire. Pour une fois, il ne s’agit pas juste d’un metteur en scène invité mais d’un échange entre deux théâtres et deux pratiques qui convergent vers une même vision du théâtre. Je ne suis pas venue toute seule, mais avec une équipe : mon créateur de costumes, mon décorateur, mes éclairagistes sont là. Nous coproduisons une œuvre commune dans une réelle imbrication entre nos théâtres sur le plan de la conception comme de la création. Le travail se fait dans des contraintes très particulières. L’alternance non-stop des représentations au Théâtre Maly détermine les possibilités de la scénographie. Nos ateliers de costumes sont là pour apporter un savoir-faire : spécialement pour ce spectacle nous allons créer des costumes d’époque selon des savoirs ancestraux qui se sont perdus dans les théâtres russes depuis. C’est ce qui fait de cette aventure un véritable modèle de coopération internationale et de symbiose entre deux maisons, un exemple de réelle synergie.

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Claudia Stavisky

Saint-Pétersbourg, novembre 2010

publié le 23/03/2011

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