Cérémonie de l’anniversaire de la Victoire, mémorial Normandie-Niémen

L’Ambassadeur Ripert, accompagné d’un représentant de la municipalité de Léfortovo et du général de brigade Guy Nuyttens, attaché de défense, a présidé la cérémonie commémorative de l’anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945 au mémorial Normandie-Niemen de Lefortovo, en présence de représentants d’associations mémorielles françaises et russes, d’écoliers des écoles russes Normandie Niémen et des attachés de défense d’un certain nombre de pays de l’UE, de l’OTAN et du Maghreb.

Le groupe de chasse Normandie fut créé en 1942 à l’initiative du Général De Gaulle, chef de la France Libre, pour combattre aux côtés des forces soviétiques sur le front de l’Est. Ensemble, pilotes français et mécaniciens russes ont participé pendant la Seconde guerre mondiale à plusieurs campagnes victorieuse et furent récompensés par les plus hautes distinctions françaises et soviétiques. Le régiment de chasse fut rebaptisé Normandie Niémen en 1944 pour sa participation aux combats du fleuve Niémen. Cette page d’histoire militaire symbolise la fraternité d’armes de la France Libre et de l’Union soviétique aux côtés de leurs Alliés contre le IIIe Reich.

Discours de l’Ambassadeur

Chers vétérans,
Général Ioudine, Commandant des Forces aériennes de la Fédération de Russie,
Messieurs les Attachés de défense,
Mesdames et messieurs,

Nous voilà donc de nouveau réunis, en ce 8 mai, pour commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale, en communion avec toutes celles et ceux qui - aujourd’hui ou demain, en France comme à travers le monde - se recueilleront sur différents lieux de mémoire.
En ce moment même, M. François Hollande, Président de la République, préside une cérémonie de la victoire à l’Arc de Triomphe à Paris.

A Moscou, notre cérémonie revêt cette année un aspect particulier.

En premier lieu nous nous réjouissons de la présence parmi nous d’une délégation de familles de pilotes et de mécaniciens français du régiment de chasse Normandie-Niemen.

Mesdames et Messieurs, enfants, petits-enfants et proches des héros de Normandie Niemen, vous qui avez fait le déplacement depuis la France pour revenir sur les traces de vos pères et grands-pères, vous aurez compris que le souvenir de leur épopée reste extrêmement fort en Russie.

Les témoignages de sympathie dont vous avez été entourés depuis votre arrivée en attestent.

Déployée en Union Soviétique par la volonté du Général de Gaulle avec l’appui des autorités soviétiques, cette unité de la France Libre a effectué 5.500 missions de combat, a engagé 869 combats aériens et remporté 273 victoires.
42 des 96 pilotes engagés ont été tués ou portés disparus au combat.

L’an passé, la présence ici même à nos côtés du chef de corps du régiment attestait de l’ancrage de cette unité dans la modernité. Engagée depuis 1945 dans tous les conflits modernes, Normandie Niemen - le NEUNEU comme le surnomment affectueusement ses membres - n’a quasiment jamais cessé de figurer dans l’ordre de bataille des armées françaises.

Initialement baptisée Normandie et composée exclusivement de militaires français, le groupe de chasse N°3 est devenue après quelques mois une unité mixte où se sont côtoyés, en frères d’armes, pilotes français et mécaniciens soviétiques immortalisés par le monument qui se dresse devant nous.

Cela nous conduit tout naturellement à nous rappeler de la place prise par la Russie pendant la Deuxième Guerre Mondiale et de son rôle déterminant - aux côtés de nos alliés, en particulier les Etats Unis et le Royaume-Uni - dans l’obtention de la victoire.
Les souffrances endurées par le peuple russe, les sacrifices énormes consentis par le pays tout entier, sont gravés dans nos mémoires.

Soyez convaincus - chers amis russes - que nous ne l’oublions pas.

Notre gratitude et notre amitié vous sont acquises, comme le Président de la République a eu l’occasion de le souligner au cours des cérémonies organisées en Normandie en juin 2015 en l’honneur de tous les pays et tous les peuples dont la coalition a permis de vaincre le nazisme et de libérer l’Europe.

Rappelons-nous à cet égard, alors que nous voyons ressurgir çà et là sur notre continent - et en Russie comme en France - des appels à l’intolérance, au rejet de l’autre, à l’exclusion qui nous renvoient aux heures les plus sombres de notre histoire, pourquoi nos pères et nos grands-pères ont combattu ensemble.

Souvenons-nous de l’immense espoir né avec la paix revenue en Europe en 1945 puis avec la réconciliation franco-allemande, plus indispensable que jamais alors que renaissent sur le continent des tensions que l’on croyait à jamais disparues.

Souvenons-nous de nos promesses d’une Europe en paix et en sécurité, prospère et démocratique, que les 550 millions de membres de l’Union européenne célèbreront demain 9 mai, jour anniversaire de la déclaration fondatrice de R. Schuman.

Ne renonçons pas aux combats engagés alors, restons plus que jamais mobilisés pour défendre les valeurs qui nous unissent et sur lesquelles se fonde notre avenir.

* * *
Mais la cérémonie d’aujourd’hui nous donne également l’occasion de nous souvenir d’un autre sacrifice, celui du corps expéditionnaire russe formé il y a exactement cent ans, en 1916, à la demande de la France.

Il a été envoyé combattre sur le sol français pour deux des quatre brigades qui le composaient et les premiers soldats russes ont débarqué à Marseille le 20 avril 1916.
Ils ont joué un rôle décisif dans le maintien du Front de Champagne, tandis que se déroulait la bataille de Verdun.

Ils se sont battus avec un incroyable courage, subissant des pertes terribles.
C’est dire combien la France doit à la Russie

* * *
Mesdames et messieurs, chers amis,
2016, c’est aussi l’année du cinquantième anniversaire du voyage historique du général de Gaulle en Union Soviétique en juin 1966.

Nous célèbrerons cet anniversaire à Moscou avec d’autant plus de plaisir que la France et la Russie ont bâti de fait, sur les bases jetées par le général de Gaulle, une coopération scientifique et technologique bilatérale extrêmement productive et que beaucoup d’Etats nous envient.

* * *
Enfin, nous avons une pensée particulière aujourd’hui pour ceux qui nous ont quittés depuis l’année dernière : Gérard WEIL, mécanicien français, Ivan Ivanovitch MOLCHANOV, pilote du 18ème régiment de la Garde et Zoïa Vladimirovna KOLTCHEVA, plieuse de parachutes.

Et nous pensons aussi aux trois soldats français morts pour la France les 12 et 20 avril derniers aux cours des opérations menées au Mali par notre pays sur plusieurs continents pour éradiquer le terrorisme.

Cette journée de commémoration leur est aussi dédiée, comme à tous les disparus - français, russes et soldats des forces alliées - dont nous célébrons aujourd’hui le courage, l’abnégation et le sacrifice.

Nous resterons fidèles à leur mémoire.

Vive la république !
Vive la France !

publié le 19/05/2016

haut de la page