« Ce que vous, citoyens, devez savoir à l’occasion de la journée mondiale sans tabac » : tribune de la ministre de la Santé Marisol TOURAINE au Huffington Post

Marisol Touraine reçoit cette année, à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, le fameux prix de l’OMS pour la lutte contre le tabac ; c’est la plus haute distinction de l’OMS en matière de lutte contre le tabac.

« Fumer tue » : tout le monde connaît cette formule. Mais combien sommes-nous à la lire encore, chaque fois que notre regard tombe sur un paquet de cigarettes ? A percevoir, derrière la formule, la réalité brute et « sans filtre » du tabac ?

C’est pourtant simple

Le tabac, c’est la promesse d’être malade. Un fumeur sur deux mourra du tabac. Le tabac est responsable d’un cancer sur trois, et le cancer du poumon, lié dans 90% des cas au tabac, tue neuf fois sur dix. Le tabac cause des maladies cardiovasculaires, la bronchite chronique, qui évolue vers l’insuffisance respiratoire, mais aussi des gastrites, certains ulcères, du diabète, l’eczéma, le psoriasis, le lupus, des infections de la gorge, du nez et des oreilles. Sans oublier la parodontite, maladie des gencives, qui fait tomber les dents. C’est cela, le tabac.

Le tabac, c’est une destruction massive. Près de 60.000 Européens meurent chaque mois du tabac : c’est l’équivalent de tout un stade un soir de match de l’Euro. C’est cela, le tabac.

Et pourtant, nous continuons à fumer. Massivement. Nous sommes 122 millions de fumeurs en Europe. Nous sommes 20 millions de fumeurs en France. Pourquoi ? Pourquoi sommes-nous aussi nombreux, sans être particulièrement suicidaires, à accepter aussi volontiers de sauter par la fenêtre ?

Là encore, la réponse est simple

Parce que le tabac est une drogue. Parce que des efforts colossaux sont déployés pour nous inciter à en fumer, pour en minorer les risques, pour combattre chaque restriction. Et parce qu’il est difficile, vu les moyens engagés, d’y résister. D’autant plus difficile, d’ailleurs, que tout est fait pour occulter les pressions, pourtant massives, intenses, constantes, en faveur du tabac.

Vous, citoyens, devez savoir

Savoir que les industriels du tabac dépensent des sommes astronomiques en publicité, marketing et communication pour nous faire croire que fumer, c’est à la fois convivial et subversif, que la liberté, c’est précisément de pouvoir fumer, ou que certaines cigarettes peuvent être « light » pour la santé. Savoir que le budget publicitaire des industriels du tabac, c’est 13 milliards d’euros par an, soit quasiment le PIB de l’Islande. Une entreprise n’investit pas autant d’argent sans retour sur investissement.

Savoir que les industriels du tabac financent à grands frais des études pour relativiser son impact sur la santé et paient des chercheurs pour s’en faire les porte-parole.

Savoir que les industriels du tabac combattent pied à pied toute initiative gouvernementale contre la cigarette. Qu’inscrire le paquet neutre dans la loi relève du parcours du combattant pour un ministre de la santé, tant les soutiens se réduisent à mesure que le texte progresse devant le Parlement.

Alors nous, ministres de la Santé, avons le devoir d’agir

Nous devons lutter contre notre propre inertie. Nous devons résister au lobbying intense. Nous devons démentir les contre-vérités selon lesquelles le tabac remplirait les caisses de l’Etat, alors que son coût pour nos systèmes de soins est en réalité plus élevé. Nous devons lutter contre le politiquement correct qui consisterait à interdire les interdictions. Nous devons avoir le courage de dire qu’une société sans tabac est possible et que la génération qui naît aujourd’hui pourrait être la première à ne jamais fumer.

Je m’engage à continuer ce combat.

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publié le 03/06/2016

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