Consultations ministérielles informelles sur le climat

Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, président de la COP21

Mesdames et Messieurs,
Chers Collègues,
Chers Amis,

J’aurai dû vous accueillir ici avec notre ami Pulgar Vidal, malheureusement celui-ci a été retenu, il m’a envoyé une très gentille lettre pour vous tous. C’est donc avec son représentant que je présiderai nos réunions.

Je voulais d’abord vous remercier d’avoir pris sur votre temps pour venir au cours de ces deux jours à Paris. J’espère que vous êtes bien installés en tout cas, nous essaierons de faire le maximum pour préparer dans les meilleures conditions la COP21 parce que c’est évidemment tout cela qui nous réunit.

Nous venons de pays différents et d’horizons différents. Nos histoires peuvent être différentes mais je sais, pour avoir discuté avec chacune et chacun d’entre vous que nous avons ce point-là en commun, nous voulons tous le succès de la COP21 parce que nous avons tous conscience de l’importance cruciale d’obtenir un accord ambitieux et pragmatique à Paris au mois de décembre. Nous connaissons la nécessité d’agir, nous connaissons l’urgence d’agir, nous voulons nous mettre d’accord sur les objectifs et sur les moyens de parvenir à lutter contre le réchauffement climatique, ce que j’appelle souvent le dérèglement climatique. Nous savons aussi que le combat pour le développement et la préservation de la planète doivent être conçus ensemble et conduits ensemble. Toute la difficulté de notre tâche à nous qui sommes des responsables politiques, ce qui veut dire que nous devons apporter des réponses, - l’étymologie est là - nous devons concilier l’aspiration de tous à la prospérité et puis les limites naturelles de notre planète. Nous savons tous que nous ne pouvons pas gagner le combat du développement et de l’élimination de la pauvreté si nous ne gagnons pas le combat contre le réchauffement climatique et vice-versa.

De ce point de vue, une première étape a été franchie à Addis-Abeba la semaine dernière avec la confirmation des moyens financiers alloués en faveur du développement, il y aurait une deuxième étape à New York au moment du sommet en septembre où doivent être adoptés de nouveaux objectifs universels de développement durable. La troisième et dernière étape de cette année exceptionnelle puisque c’est le 70e anniversaire de la création des Nations unies, c’est la conférence de Paris en décembre où nous devons parvenir à une véritable alliance de Paris pour le climat avec un accord universel, avec des engagements des États, avec aussi des engagements de tous les acteurs , les villes, les régions, les entreprises, la société civile, tous ceux qui peuvent contribuer à un monde plus sobre en carbone et plus juste.

Entre temps, nos négociateurs sont au travail sous la conduite expérimentée de nos deux coprésidents Dan et Ahmed que je salue. Ils vont présenter - m’ont-ils dit - le 24 juillet, un nouveau texte de travail qui est fait pour être plus clair, permettre une base de discussion et permettre d’avancer sur les grandes options qui sont sur la table. Ce document, ils vont le remettre en tant que co-chairs de l’ADP le 24 juillet.

En même temps, nous sommes toutes et tous ici très avertis de ces choses. Bien sûr il reste quelques mois avant l’ouverture de la COP21 mais quand on regarde la réalité, théoriquement, il y a très peu de jours de négociation qui sont devant nous. Or il y a un point que j’ai vérifié avec toutes et tous ici, c’est que nous ne trouverons pas l’accord dont nous avons besoin sur un coin de table et au dernier moment. Cela ne fonctionne pas. L’idée que l’on pourrait trouver un compromis ambitieux de dernière minute est une illusion et c’est l’une des leçons que nous avons tous tiré du sommet de Copenhague.

Cette négociation qui doit être une réussite implique de mettre d’accord 196 parties sur une transformation profonde de nos modèles économiques et sociaux, sur un effort important de solidarité internationale sur une matière très compliquée et donc, le succès dont le monde a besoin ne peut pas s’obtenir de façon improviser le 11 décembre.

C’est le sens de cette réunion informelle à laquelle nous vous avons invité, Manuel et moi-même, et je vous remercie énormément d’avoir pris sur votre temps au cours de ces deux jours pour essayer de construire ensemble les chemins du succès. En effet, le succès se prépare et se construit dès maintenant.

Je me rappelle que notre ami Manuel avait dit devant nous publiquement qu’à chaque rencontre et à chaque session de travail, « nous devons essayer de progresser ». Cela m’avait frappé, c’est une idée qu’il avait développé. Chaque réunion que nous avons, et il y en a beaucoup à travers le monde, doit essayer de marquer un pas en avant ; durant ces deux jours, c’est le sens de notre action. Nous allons essayer d’accélérer la marche vers l’accord. Entendons-nous bien, ici vous êtes nombreux, responsables, représentatifs mais c’est au sein de l’ADP que sera présenté l’accord. Si l’on veut qu’il le soit en temps utile, tous cela doit être préparé et c’est le sens de cette réunion ministérielle. Nos négociateurs techniques buttent encore sur une série de grandes questions politiques, ils ne peuvent pas toujours les résoudre à leur niveau et si nous devons avancer et même accélérer, il nous faut, nous ministres, chercher, dès maintenant, des compromis sur les grandes questions politiques qui se posent et c’est sur cette base que nos négociateurs vont pouvoir avancer.

Concrètement, nous sommes en train de prendre des mesures pour avancer et accélérer. Pour y parvenir, il y a cette réunion qui sera suivie d’autres - je vais vous parler du calendrier dans un instant - et l’idée au travers de ces deux jours, comme nous sommes très nombreux et je vous prie de m’en excuser, surtout en séance plénière, les paroles ne pourront pas être très longues - je vais donc forcer ma nature en essayant d’être un peu directif. Mais l’expérience nous montre à tous que l’on peut dire beaucoup de choses en peu de temps et parfois très peu de choses en beaucoup plus longtemps.

Nous sommes une cinquantaine de pays, d’organisations et nous allons, non pas fixer dans le marbre le futur accord de Paris, mais chercher des compromis qu’il reviendra ensuite à chacun d’entre nous de promouvoir au sein de l’ADP en donnant des instructions claires dans ce sens à nos négociateurs.

Nous avons réfléchi, l’organisation que nous vous proposons pour ces deux jours est la suivante :

Dans un instant, le représentant de la présidence péruvienne s’exprimera, ensuite la presse ici présente se retirera et nous aurons une session plénière consacrée à l’équilibre général du futur accord. Cette session, nous avons deux heures pour la tenir. Nous poursuivrons cette discussion générale au dîner.

Jusqu’à demain après-midi, vous échangerez autour de deux thèmes essentiels pour l’équilibre de l’accord : la mise en oeuvre du principe de différenciation, d’une part, et le niveau d’ambition qu’il convient de donner à cet accord avec les moyens pour y parvenir, d’autre part. Ce sont des questions qui vous sont bien connues mais où il faut que nous avancions parce que ce sont des questions absolument fondamentales.
Vous le ferez d’abord en groupes plus restreints, sous la conduite de quatre co-facilitateurs, que je remercie beaucoup d’avoir accepté cet exercice très difficile, ces deux groupes s’interchangeront ce qui fait que chacun pourra parler ambition et différenciation. Donc vous aurez 90 minutes cet après-midi, demain 2 heures dans chacun des groupes et à l’issu de tout cela, les facilitateurs pourront nous rendre compte des conclusions de vos travaux. En fonction de l’avancée des échanges, nous pourrons réserver un moment durant la journée de demain pour évoquer la suite du processus.

Ce que je souhaite, c’est que chacun de vous aborde ces discussions dans le souci de construire ensemble un accord. Nous connaissons bien nos positions respectives sur ces grands sujets. Il nous faut maintenant chercher et trouver ensemble des compromis.

Au cours des dernières semaines, toute une série de documents et de réunions ont montré que nous avançons vers ces solutions de compromis Je ne voudrais pas préempter ce que seront nos conclusions mais l’idée que l’accord doit être ambitieux, différencié, avec un poids réel, c’est évidemment une idée qui a beaucoup progressé. D’abord, sur l’idée que cet accord doit être durable et dynamique, c’est-à-dire qu’il ne s’arrête pas en 2030 et qu’il comporte une clause de rendez-vous, afin que nous nous fixions régulièrement de nouveaux objectifs, sans retour en arrière. Ensuite, sur la nécessité de maintenir, voire d’intensifier les efforts des pays développés pour tenir l’engagement de mobiliser 100 milliards de dollars par an de sources publiques et privées d’ici 2020. De la même façon, l’importance de l’adaptation, pas seulement bien sûr de l’atténuation avec différentes méthodes pour y parvenir, il faut la prendre en compte. Il y a également l’idée sur le renforcement et le suivi de nos engagements avec l’idée de progresser petit à petit vers un système commun. Tous ces points, vous les connaissez puisque vous êtes experts de ces choses.

Sur tous ces points, nous avançons, et j’espère que, aujourd’hui et demain, nous allons encore plus avancer.

Je termine en abordant un sujet qui, je le sais, est important pour nous tous et où l’on commence à voir assez clair, c’est la suite, c’est-à-dire à partir des réunions de ces jours-ci, quel peut être le calendrier. Il faut faire attention, parce que le calendrier peut toujours être adapté bien sûr et, là aussi, il faut être pragmatique. Mais je crois qu’il est bon que chacune et chacun d’entre nous ait bien à l’esprit les principales dates.
Donc, le 24 juillet, nos amis, les co-chairs vont remettre un texte - nous en parlerons peut-être - qui va être clarifié et plus facile pour permettre des conversations ultérieures.

Ensuite, il y aura, le 6 septembre à Paris, une nouvelle consultation informelle, qui réunira vos négociateurs le 6, puis vous-mêmes, les ministres, le 7. Le thème central, si vous le voulez bien, ce sera celui des financements, parce que c’est une clef si nous voulons construire un accord juste et efficace. À la fois Manuel et moi-même, en tant que président de la COP21, nous sommes mobilisés pour contribuer au respect de ces engagements financiers.

Ensuite, nous aurons les réunions traditionnelles de l’Assemblée générale des Nations unies et, au sein de l’Assemblée et des travaux, la semaine de l’Assemblée générale, il y aura nécessairement toute une série de rencontres ; je ne veux pas anticiper sur ce qui se passera mais puisque la plupart des ministres sont réunis ainsi que des chefs d’État et de gouvernement il faut en profiter pour avancer là-dessus. Ce sera donc fin du mois de septembre.

Début octobre, en marge des assemblées du FMI et de la Banque mondiale, nos deux présidences de la COP20 et de la COP21 organiseront à Lima une réunion informelle des ministres des finances pour faire un point d’étape sur ce le sujet financier parce qu’il nous a semblé, après une longue réflexion, que c’était quand même plus efficace de parler finances avec les ministres des finances que sans eux, parce que sinon vous risquez d’avoir quelques mauvaises surprises ensuite. Le Secrétaire général des Nations unies sera là et il est très impliqué dans cette dimension comme d’ailleurs dans toutes les autres, puisqu’il fait preuve vraiment de beaucoup de détermination.

Ensuite, mais ils reviendront peut-être là-dessus, nos amis les deux co-présidents, Dan et Ahmed, nous disent qu’ils seront en mesure à cette date, qui se situe au début d’octobre, de nous fournir un texte qui sera beaucoup plus ramassé et qui sera un texte vraiment pour l’issue de nos travaux. Ce sera donc un texte plus petit où toute une série de parenthèses auront été enlevées. Ceci, c’est début octobre.
Ce qui permettra, lors de la troisième semaine d’octobre, comme il y a une session de négociations ADP à Bonn, vraiment de pouvoir là beaucoup progresser pour que le texte qui en sortira soit stabilisé pour l’essentiel et qu’il ne comporte plus que quelques options politiques que nous serons appelés à trancher à Paris, mais là on aura déjà bien avancé.

Début novembre - je suis désolé d’infliger autant de réunions, mais si l’on veut que les choses soient transparentes et soient vraiment concertées entre nous -, nous pourrions organiser à Paris une pré-COP qui permettra d’aborder ces les points politiques restants pour que chacun se prépare à l’accord final de la fin novembre - début décembre.

Voilà une série de réunions ; encore une fois, ce n’est pas « take it or leave it », c’est ce à quoi nous avons pensé et qui permettra vraiment que tous les sujets soit sur la table et que chacun puisse s’exprimer, non seulement ceux qui sont là, mais bien évidemment l’ensemble des parties prenantes.

Chers Amis,

Le chemin vers un succès à Paris est encore difficile, et le temps dont nous disposons n’est pas infini. Mais pour m’en entretenir avec chacune et chacun d’entre vous, j’ai la conviction qu’il y a une volonté de réussir, car dès lors qu’il y a une volonté, il y a un chemin et je pense que nous commençons à voir assez nettement quel est ce chemin. Je nous souhaite à tous, au cours de ces deux jours, des échanges constructifs, placés sous le signe des trois principes qui doivent être ceux de la présidence de la COP21, comme ils ont été ceux de la présidence de la COP20, c’est-à-dire la transparence, l’ambition et le pragmatisme. Et si nous arrivons - et nous y arriverons - à respecter ces trois principes, grâce à votre effort à tous, nous devrions, à la fin de l’année à Paris pouvoir nous dire que nous avons bien travaillé pour la planète.

publié le 04/08/2015

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