Assises universitaires du français 2016

Chaque année, les Assises universitaires réunissent 150 à 200 enseignants de français des universités partenaires de l’Ambassade de France en Russie. Rendez-vous important pour les directeurs de centres de ressources en langue française, elles constituent un moment-clé dans la vie du réseau linguistique francophone RLF.

Cette année, les Assises bénéficient du soutien du Fonds pour la coopération éducative et linguistique de l’Institut français (Paris).
Les Assises universitaires du français font alterner trois types de rencontres :

  • Des moments d’échange d’information sur la vie du réseau, sur la mobilité étudiante, sur l’actualité éducative, linguistique, culturelle et universitaire franco-russe,
  • Un colloque scientifique sur une problématique contemporaine de l’enseignement-apprentissage des langues,
  • Des ateliers pédagogiques en lien avec la problématique du colloque.

En 2016, dans le cadre de l’année croisée franco-russe du tourisme culturel et du patrimoine, le colloque portera sur les dimensions culturelles de l’enseignement du français en Russie.

Discours de Monsieur l’Ambassadeur de France en Russie Jean-Maurice Ripert Lundi 3 octobre 2016

M. l’Ambassadeur, cher collègue,
Monsieur le Recteur,
Chers enseignants,

C’est un plaisir et un honneur d’être de nouveau avec vous pour ouvrir votre assemblée si importante.

C’est un plaisir d’autant plus grand que je la vois, d’année en année, plus nombreuse et plus forte. Il y a parmi vous de nouveaux visages et je leur souhaite la bienvenue au sein du réseau linguistique des universités partenaires de l’Ambassade de France.

Présent dans plus de 100 universités et dans 60 villes, c’est dire l’importance que continue d’avoir, en Russie, l’enseignement de la langue française.
Comme toutes les langues vivantes, elle donne à ceux qui la parlent des outils pour construire d’autres savoirs, pour évoluer dans d’autres milieux que le leur, pour s’épanouir dans des domaines encore peu familiers.

Mais le français n’est peut-être pas tout à fait une langue comme les autres en Russie, sans aucun doute en raison de cette familiarité entre nos pays et nos peuples, cette interrelation entre nos littératures et nos cultures qui vient du fond de l’histoire...
Songez-y : nous allons célébrer en 2017 les 300 de la « grande ambassade », cette visite à paris de Pierre 1er qui a marqué le début de nos relations diplomatiques.

Mais le français en Russie, c’est aussi - comme j’avais eu l’occasion de le rappeler ici même lors des fêtes de la francophonie en 2015 - une ouverture sur un monde de 300 millions de francophones, qui pratiquent la quatrième langue la plus parlée au monde et qui seront selon les démographes près de 700 millions en 2050.
A travers l’usage d’une langue qu’ils ont en partage, qu’ils possèdent et enrichissent quotidiennement chacun à leur manière, les francophones attestent de leur volonté de faire vivre la diversité de leurs cultures, qui se nourrissent et s’enrichissent mutuellement.

Parce que la France en est convaincu, une langue qui n’évoluerait pas serait condamner à mourir, des cultures qui se replieraient sur elles-mêmes au lieu de s’ouvrir aux influences extérieures seraient condamnées au déclin.
Dans un monde à l’économie globalisée, et dans lequel, hélas, montent les tentations du nationalisme et du repli sur soi, il nous parait essentiel de rester ouverts aux évolutions des sociétés qui nous entourent et disponibles pour en intégrer le meilleur.

M. le Recteur,
C’est donc avec un immense plaisir que je retrouve cette salle familière - au sein d’une Université par définition plurielle - et que je la partage aujourd’hui avec M. Maxime Dovo, Ambassadeur de Madagascar et doyen du corps diplomatique africain.
Le XVIème sommet de la francophonie aura lieu je le rappelle à Antananarivo à Madagascar du 22 au 27 novembre prochains. Je laisserai Maxime vous en dire un mot.

Le thème qui va vous occuper durant les trois prochains jours est assez proche de celui que nous avions traité l’année dernière : vos débats porteront sur les dimensions culturelles de l’enseignement du français en Russie.

Organisées dans le cadre de l’année franco-russe du tourisme culturel 2016-2017, vos Assises viennent aussi rappeler utilement que l’enseignement des langues et des cultures favorise la mobilité, toutes les mobilités : celle des étudiants, des enseignants et des chercheurs, celle des professionnels mais aussi celle des touristes qui découvrent pour la première fois un pays et les gens qui y vivent.

Je voudrais souligner mon optimisme à l’orée de cette nouvelle année universitaire.
Les bases d’un renouveau de la langue française en Russie sont là, avec l’accord sur la reconnaissance mutuelle des diplômes signé en 2015 et la réintroduction d’une deuxième langue vivante obligatoire dans le secondaire depuis 2016.

Nous envisageons de ce fait d’ouvrir dans l’année qui vient deux nouvelles Alliances françaises et nous allons entamer avec le gouvernement russe des négociations pour en préciser et en actualiser le statut.

Cela résulte d’un accord obtenu lors de la Commission mixte culturelle, qui s’est tenue en avril dernier pour la première fois depuis 8 ans. Cette commission a également décidé de lancer en 2017-2018 une année de la langue et de la littérature françaises.

Je souhaite également mentionner la magnifique initiative prise par la Bibliothèque des lettres étrangères de Moscou, au sein de laquelle nous venons d’ouvrir une « francothèque », un espace francophone unique, où nous développerons des programmes consacrées aux littératures et cultures de tous les pays francophones.
Enfin, je voudrais rappeler que la France est devenue le premier investisseur étranger en Russie, pays avec lequel nos relations économiques sont intenses, malgré la crise. La France compte le plus grand incubateur de « start up » au monde et de nombreuses collaborations franco-russes se développent dans le domaine des nouvelles technologies. L’année 2016 marque d’ailleurs le 50ème anniversaire de la coopération franco-russe en matière de sciences et de technologie.

Tout cela pour vous dire que le « français langue des affaires », le « français langue scientifique » ne sont pas des mots mais des réalités concrètes, intéressantes pour tous ceux qui veulent participer au développement d’une économie moderne en Russie.

Vous le voyez, nous avons peu de raison de nous laisser aller au découragement et au contraire beaucoup d’éléments pour reprendre notre marche en avant.

La première fois que j’ai eu l’honneur d’ouvrir votre assemblée, alors que je venais tout juste de prendre mes fonctions, je vous avais dit, vous vous en souvenez peut-être : « la France n’est pas un musée ».

Je n’ai pas changé d’avis, et ce n’est pas l’année franco-russe du tourisme culturel qui me fera dire le contraire. Vous en conviendrez avec moi : si la France était un musée, il n’y aurait pas besoin de parler français pour la visiter.

Je compte donc sur vous, nous comptons sur vous pour faire en sorte que le désir de France qui anime vos étudiants soit avant tout désir de rencontre, d’expérience humaine, de dialogue.

Que ce désir s’ancre dans le réel, qu’il soit tourné vers l’avenir et non rumination d’un passé qui, pour glorieux qu’il ait pu être, ne saurait établir le cadre du développement de la nation moderne que mon pays entend devenir.

Le dialogue culturel qui se noue entre les individus a aussi des incidences diplomatiques et politiques.

Le président François Hollande a rappelé en août dernier devant tous les Ambassadeurs de France réunis à Paris, à quel point la relation entre la France et la Russie est historique et forte, à quel point aussi elle nécessite pour demeurer au niveau qu’elle a atteint un dialogue exigeant.

Nous traversons une période difficile et la coopération entre la Russie et la France, entre la Russie et l’Europe est soumise à rude épreuve.

La Russie a fait des choix dont nous prenons acte mais que nous n’approuvons pas. Il nous faut donc, ensemble, trouver les moyens de surmonter les crises qui en découlent.

C’est ce que nous faisons en Ukraine, à travers le processus de Minsk, c’est ce à quoi nous devons parvenir pour mettre fin au drame syrien.

La Russie et la France, la Russie et l’Union européenne doivent retrouver un niveau de confiance à la hauteur de leurs ambitions communes.

C’est difficile mais ce n’est bien entendu pas impossible.

Cette confiance si importante pour le destin commun que nous partageons sur le même continent européen, elle se construit aussi dans le débat qui anime les sociétés civiles, et auquel nous sommes très attachés.

Nous en sommes convaincus, la grande force de la démocratie est de donner une chance à toutes les idées, d’où qu’elles viennent et pourvu qu’elles s’expriment à travers le dialogue et respectent la liberté d’opinion et d’expression de chacun.

Votre rôle, votre travail quotidien auprès des milliers d’étudiants que vous formez, est tout à fait fondamental.

Vous êtes en effet les pierres angulaires de cette nouvelle connaissance que nous devons avoir les uns des autres.

Dans cette entreprise, sachez que vous pouvez compter sur le soutien de la France et de l’Ambassade de France à Moscou en particulier.

Je vous souhaite des débats animés et fructueux et je me réjouis de vous revoir ce soir à la résidence de France.

Je vous remercie de votre attention.

publié le 06/10/2016

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