50 ans de coopération spatiale entre Paris et Moscou

Pour le cinquantième anniversaire de la signature du traité de Moscou en 1966, le président du Cnes Jean-Yves Le Gall s’est rendu à Moscou lundi 20 juin pour inaugurer une exposition consacrée à la coopération entre la France et la Russie au Musée de la cosmonautique de VDNKh.

50 ans d’une coopération croissante

En juin 1966, la politique d’indépendance nationale du général de Gaulle a conduit la France à débuter une coopération spatiale avec l’Union soviétique afin de traverser le rideau de fer de la guerre froide. L’accord signé à l’époque avait été accepté par la France suite à d’importantes concessions de l’U.R.S.S. qui souhaitait un partenariat plus politique avec la France pour se rapprocher de l’Europe.

La visite du ministre des Affaires étrangères soviétique Andreï Grymko avait permis à Moscou d’exprimer son souhait à la France, sans que celle-ci ne soit convaincue par ces propositions. Le 17 mars 1966, Andreï Grymko remit à l’ambassade de France à Moscou un projet d’accord et un projet de protocole beaucoup plus ambitieux et convaincant pour la France, incluant notamment l’envoi d’un satellite français à 200 000 kilomètres et d’un satellite circumlunaire. Des projets scientifiques qui furent effectivement annulés suite aux évènements de 1968.

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Le 30 juin 1966 fut signé l’Accord de coopération pour l’exploration pacifique de l’espace qui comportait un satellite russe pour les émissions de télévision en couleur, un satellite météorologique et la création d’une « Grande Commission » scientifique pour dix ans. Commençait alors une épopée spatiale commune que les présidents du Cnes ont développée au fil des ans, de Jean Coulomb à Jean-Yves Le Gall. Une coopération que les États-Unis ne pouvaient offrir à l’époque du fait d’une concurrence trop vive et de lancements trop rares tandis que l’Europe échouait dans la mise en service d’un lanceur Europa.

Du Premier Vol Habité à Exo-Mars

De la coopération scientifique, météorologique et dans les télécommunications, la France a donc développé ses propres fusées Ariane permettant à partir de 1979 d’envoyer ses propres satellites à partir de la base de Kourou, tout en partageant les lanceurs de l’Union soviétique. À partir de 1978, Leonid Brejnev permit aux Français d’envoyer la première fusée Ariane grâce à la fourniture de diméthylhydrazine.

Plusieurs séquences de vols habités communs suivirent à partir de 1982 jusqu’à nos jours, renforçant ainsi la coopération franco-soviétique. En 1982, Jean-Loup Chrétien devint le premier Européen de l’ouest dans l’espace grâce au Premier Vol Habité (mission PVH) franco-soviétique à bord de Soyouz puis de Saliout avec le cosmonaute Vladimir Djanibekov. Le 4 juillet 1989 est signé un protocole additionnel qui élargit officiellement la coopération aux vols habités mais ouvre désormais la voie à l’exploration de Mars. Exploration de Mars représentée aujourd’hui par le programme Exo-Mars de Roscosmos et de l’Esa.

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La coopération franco-russe s’étend et ses missions sont multiples, des observations de Vénus (missions Vega) à l’envoi du télescope français Sigma sur le satellite soviétique Granat en 1989. En 1996 est signé un accord de coopération industrielle et commerciale sur les systèmes de lancement tandis que l’ambitieuse mission Mars-96 échouait dès sa sortie de l’atmosphère terrestre. C’est en 2003 que les lanceurs Soyouz sont autorisés à s’implanter en Guyane permettant d’intensifier la coopération industrielle entre la France et la Russie que l’Otan limitait dans le cadre des restrictions aux importations de technologies sensibles. C’est en octobre 2011 qu’a lieu le premier lancement de Soyouz depuis la Guyane française suivi de quinze lancements dont le dernier le 24 mai 2016, aboutissement d’une coopération russo-européenne qui doit maintenant s’engager résolument dans une nouvelle étape de collaboration, face aux défis du « NewSpace ».

publié le 27/06/2016

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