25ième anniversaire du travail social en Russie

C’est avec grand plaisir que je vous accueille aujourd’hui pour ce cycle de conférences inaugural du congrès exceptionnel de l’union des travailleurs et éducateurs sociaux de Russie consacré au 25ième anniversaire du travail social en Russie.

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Madame la présidente de l’Union des travailleurs et des éducateurs sociaux de Russie, chère Antonina Nikolaievna

Monsieur Vladychenko, qui êtes ici porteur des messages de la cohésion sociale et du Conseil de l’Europe, auxquels nous sommes tous particulièrement attachés,

Mme Maréchal, qui avait bien voulu venir nous dire ici comment la France s’est saisie de la Charte sociale européenne,

Mesdames, messieurs

C’est avec grand plaisir que je vous accueille aujourd’hui pour ce cycle de conférences inaugural du congrès exceptionnel de l’union des travailleurs et éducateurs sociaux de Russie consacré au 25ième anniversaire du travail social en Russie.

C’est un honneur de vous recevoir aussi nombreux à l’ambassade de France.
A l’origine de ce congrès exceptionnel il y a le 25ième anniversaire du travail social en Russie.

25 ans, c’est la pleine vigueur de la jeunesse. C’est un âge où l’on a déjà ses premières réalisations derrière soi, et où l’on conçoit et l’on porte de nouveaux projets, avec toujours autant d’énergie, un peu plus de recul, et la force d’une intelligence maîtrisée.

C’est un bel âge, tourné vers l’avenir.

En France, le travail social est plus âgé, mais il n’est pas vieux. Il a 60 ans, 65 ans – l’âge d’une maturité toujours active, et engagée.

Ces âges, 25 ans, 65 ans, sont dans nos mémoires. Ils trouvent aussi une illustration objective dans l’histoire de l’utilisation de ces expressions.

Comme le montre la recherche de fréquence que vous avez sous les yeux, les mots « социальный работник » (sotsialni rabotnik) commencent à être utilisés significativement en Russie en 1990.

Pour leur équivalent français, les mots « travailleurs sociaux » cette émergence date de 1950, avec une pointe en 1954 et 1956.

A quoi ces dates correspondent-elles ?

En 1950 la France sort de la guerre et se reconstruit. En 1954 rien n’est facile et l’hiver est terrible. La Seine est gelée à Paris – rien de surprenant pour des russes, mais les français n’en ont pas l’habitude, et sont durement éprouvés. Des milliers de personnes sont sans abri et souffrent terriblement du froid.

La rigueur extrême des températures amènera l’abbé Pierre à pousser à la radio un fameux cri d’alarme, connu sous le nom d’appel de 1954, pour recueillir les moyens permettant d’héberger ceux qui sont à la rue.

Cet appel provoquera un afflux massif de dons, de particuliers, mais aussi des collectivités publiques. Il fera connaître aux Français le Mouvement Emmaüs, créé en 1949, alors en plein développement.

L’abbé Pierre reste une des personnalités de la société civile les plus respectées en France malgré sa disparition en 2007.

Le mouvement Emmaüs, l’organisation laïque de lutte contre l’exclusion qu’il a créée, comprend la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés et de nombreuses autres associations, fondations et entreprises de l’économie sociale. Elles existent toujours.

La vague de froid reviendra à l’hiver 1956, et le mois de février fut en France le plus froid du 20ième siècle.

1956, c’est aussi l’année de la création de la fédération nationale des associations de réinsertion sociale (FNARS), dont le président, Louis Gallois, interviendra demain et après –demain devant votre congrès.

C’est de cette époque que date l’invention de travail social en France : avec ce mélange d’implication des associations – que vous appelez « organisations non commerciales » – et de soutien des pouvoirs publics que nous avons cultivé depuis, et dont nous croyons qu’il est judicieux.

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Pour les individus, pour la société civile, pour les collectivités publiques, la solidarité est un devoir.

Pour les personnes touchées par l’exclusion et par la marginalisation, et qui doivent en bénéficier, c’est un droit, que la communauté internationale a reconnu et proclamé.

Les droits sociaux sont une indiscutable composante des droits de l’homme, universels et imprescriptibles, comme la France et la Russie les ont reconnus à travers leurs engagements internationaux.

Je vous lis deux extraits de la Déclaration universelle des droits de l’homme :
-  « Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l’effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l’organisation et des ressources de chaque pays. »
-  « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Ces principes ont été complétés et déclinés par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, adopté par l’AGNU en décembre 1966 et par la Charte sociale du Conseil de l’Europe, qui engagent nos deux pays.

Pour une partie de nos citoyens, ces droits peuvent pourtant bien loin de leur réalité quotidienne. Et c’est là que vous, les travailleurs sociaux, vous intervenez.

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Le travail social est également créateur de démocratie.

Une démocratie donne le pouvoir à ceux ont la majorité des suffrages, mais elle fait une place à la minorité dans le système politique, et elle donne une voix à l’ensemble de ses citoyens.

Une société qui exclut n’est pas démocratique. Si une partie des citoyens, parce qu’ils sont marginalisés et placés en dehors de la société, ne peuvent participer à la vie publique, cela produit les mêmes effets que ce suffrage censitaire, qui a existé en France et en Russie et a produit tant d’injustice et de souffrances.

Le travail social reconstruit des liens sociaux qui conditionnent le sentiment et l’expression de la citoyenneté.

En France, cette mission est explicitement confiée par la loi aux associations qui accompagnent les personnes en situation de pauvreté ou de précarité.

Elle prévoit leur participation, pour qu’elles puissent être écoutées et entendues d’égal à égal ; pour qu’elles puissent acquérir de nouvelles compétences et tirer parti de leur expérience ; pour qu’elles contribuent au changement de la société et à l’évolution de leur situation ; pour qu’enfin elles se sentent et redeviennent citoyen par la restauration de leur pouvoir d’agir.

Il n’y pas de démocratie sans cohésion sociale.

Il n’y a pas démocratie sans société ouverte.

Il n’y a pas de démocratie, sans que dans leur diversité les citoyens aient une réelle égalité des chances.

En donnant de la réalité à ces valeurs, le travail social est un levier pour l’apprentissage, la renforcement, et la défense de la démocratie, là où elle est menacée par le recul de la solidarité, par l’indifférence et le rejet de l’autre, par les extrémismes et les égoïsmes politiques.

C’est une belle et bien nécessaire mission, en France comme en Russie. Votre engagement en ce sens mérite notre admiration et notre gratitude.

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Je vous remercie à nouveau de votre présence, et de votre attention, et vous souhaite les échanges les plus fructueux, pour ce cycle de conférence d’aujourd’hui, et pour votre congrès.

publié le 06/05/2016

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