22 mai : journée portes ouvertes du CUF de Moscou

Interview de son fondateur Marek Halter à l’occasion des portes ouvertes du CUF le 22 mai 2015.

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1. Pouvez-vous nous raconter dans quelles circonstances les collèges ont été crées ?

MH : Ce fut aux premiers jours de la pérestroïka. Avec mon ami Mstislav Rostropovitch, nous avons rencontré l’académicien Andreï Sakharov. Nous nous étions battus pendant des années pour sa libération. Pour Sakharov, la démocratie était "comme une orange" : celui qui ne connaît pas ce fruit, n’en réclamera jamais. Il fallait d’abord, disait-il, vanter les qualités de l’orange pour en susciter le désir. "C’est le travail de l’éducation", ai-je dit. "Alors, créez une université !", me conseilla-t-il. Comment pouvais-je, moi qui étais français et qui, de surcroît, n’avais jamais été à l’école, créer une université en Russie ? "D’accord, mais vous, vous savez ce qu’est une orange", conclut-il.

Le lendemain, nous rencontrions Mikhail Gorbatchev. Un an plus tard, le Président russe, en compagnie de son homologue français François Mitterrand, inauguraient, à MGU, la première université occidentale de Russie. Le Collège universitaire de Moscou était né.

Un an plus tard encore, à la demande de Anatoli Sobtchak, le Maire de Saint-Pétersbourg, et en présence du Ministre français des Affaires européennes Elisabeth Guigou et du Vice-Maire de Saint-Pétersbourg Vladimir Poutine, j’inaugurais le second Collège universitaire français de Russie.

2. Quels étaient vos objectifs en fondant les CUF et pensez-vous qu’ils se sont réalisés ?

Les Collèges universitaires français de Russie ont permis à la France de participer de manière active à la transformation de la société russe après la chute du communisme.

Ils ont rallumé la flamme de la francophonie dans un pays où, à l’époque de Pierre le Grand ou de Catherine II, le français était presque langue officielle et où, fait unique dans l’histoire, l’un des plus grands écrivains russes a écrit les premiers mots de son chef-d’œuvre Guerre et Paix en français dans le texte.

Aujourd’hui, nos diplômés occupent des postes importants dans les médias russes, les grandes entreprises, les ministères, y compris à la Douma. Des milliers de jeunes francophones entretiennent cet esprit français auquel la culture russe est si attachée. Ils sont en quelques sortes, les intermédiaires, sur les plans industriels, économiques et politiques, entre nos deux pays.

Et, grâce aux accords de Bologne, toutes les universités européennes sont ouvertes à nos diplômés.

3. Qu’est-ce qui, selon vous, constitue l’originalité et l’intérêt particulier des CUF par rapports à d’autres instituts, écoles, centres de recherche dans le monde ?

Dans le monde, chaque université a des accords de recherches ou d’échange avec d’autres. Les Cuf ne sont pas des facultés franco-russes mais deux universités françaises en terre russe. Aussi il n’est pas étonnant de trouver nos anciens étudiants en poste dans les universités et les médias en France. C’est la raison pour laquelle nous avons tenu à créer des équipes permanentes qui accueillent nos étudiants, des bibliothèques françaises à leur service ainsi que des bourses permettant aux meilleurs de parfaire leurs études dans les plus grandes universités de France.

4. Les Cuf existent depuis maintenant plus de 20 ans. Pouvez-vous nous dire combien d’étudiants russes ont été formés depuis sa création ? Et combien d’entre eux sont partis poursuivre leurs études en France ?

Plusieurs milliers. Lors de notre première rencontre avec le Président Mikhail Gorbatchev, il avait exprimé son inquiétude de voir, grâce aux Cuf, les meilleurs espoirs russes s’expatrier en France. Je lui ai alors expliqué que notre intérêt était plutôt de compter un maximum de francophones et de francophiles, non pas en France où il y en a déjà près de 67 millions, mais en Russie. Je crois que, sur tous ces plans, nous avons réussi.

L’autre jour, invité pour un entretien à la télévision Euronews, une jeune femme qui y dirige les informations, m’a salué : "Bienvenue à notre Président", a-t-elle dit. C’était une ancienne du Cuf de Moscou. Et j’en étais fier.

5. Quels projets envisagez-vous pour les Collèges dans l’avenir ?

Une université est comme une entreprise. Si elle ne s’agrandit pas, elle meurt. Nous travaillons actuellement au développement d’une filière de marketing de Luxe installée dans la Faculté des Arts de MGU, ainsi que d’un programme de recherche médicale en coopération avec l’Institut Pasteur. L’essentiel, pour nous, est d’entretenir l’enthousiasme pour ces deux pôles universitaires en France et parmi la jeunesse estudiantine russe.

Présentation du CUF

Le Collège Universitaire Français de Moscou est un établissement public et gratuit, soutenu par le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, le Ministère de l’Education Nationale, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et des universités partenaires françaises, délivrant une formation et un diplôme en deux ans dans le domaine des sciences humaines et sociales suivantes :

* droit
* histoire
* sociologie
* littérature

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Fondé en 1991, à l’initiative de l’académicien et prix Nobel russe Andrei Sakharov et de l’écrivain et homme public français Marek Halter, il a été conçu pour être un espace d’ouverture, d’excellence et d’échange, et a accueilli au fil des ans des professeurs et intervenants qui ont marqué la vie intellectuelle, académique ou politique française et internationale. Il est aujourd’hui le lieu d’une coopération fructueuse entre l’Université d’Etat de Moscou-Lomonossov (MGU) et sept prestigieux établissements d’enseignement supérieur français.

* Paris I – Panthéon Sorbonne
* Paris II – Panthéon Assas
* Paris IV – Paris Sorbonne
* Paris V – René Descartes
* Paris VIII – Vincennes Saint-Denis
* l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales)
* Aix-Marseille III – Paul Cézanne

Le C.U.F. comprend deux sections :

* une section francophone : tous les cours magistraux et séminaires des enseignants y sont délivrés en français, par des Français, et les étudiants passent leurs examens et rédigent leur mémoire de recherche en langue française.
* une section russophone : les cours magistraux des professeurs y sont les mêmes, mais sont suivis avec traduction simultanée. Les séminaires sont assurés dans cette section par des enseignants d’universités russes, en langue russe. Les examens et le diplôme de fin d’études sont rédigés en russe.

Le diplôme de deuxième année francophone est reconnu par les universités partenaires comme équivalent au diplôme de M1 (Master 1, ancienne "maîtrise"), et donne donc accès à leurs enseignements de M2 (Master 2) et à l’obtention, au terme d’une année d’études en France, du diplôme de Master.

Depuis sa création, plusieurs centaines de diplômés sont sortis du Collège. Fidèle à sa tradition d’échange et de dialogue interculturel, le Collège reste par ailleurs ouvert à toutes les personnes qui le souhaitent, étudiants ou non, qui peuvent s’inscrire gratuitement comme auditeurs libres pour suivre, avec ou sans traduction simultanée, les cours des professeurs invités. Il n’y a pas de limite d’âge pour s’inscrire comme auditeur libre, suivre les cours qui vous intéressent, et profiter des services d’une bibliothèque riche de plus de 15000 ouvrages en français, majoritairement consacrée à la littérature française et aux sciences humaines et sociales. Cette dernière offre également un accès illimité au contenu intégral de plus de 160 revues francophones en ligne (via le portail Cairn).

Vous pouvez accéder au site du CUF par le lien suivant.

publié le 28/05/2015

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