20 ans de coopération CNRS-RFFI

Discours de l’Ambassadeur Jean-Maurice Ripert

M. le Vice-Ministre, M. Alexey Vlаdimirovitch Lopatine,
M. le Président du RFFI, Vladislav Yakovlevich Panchenko.
M. le représentant du Président du CNRS, M. Alain Schuhl,
Mme le représentant de la Fondation Maison des sciences de l’Homme
M. le président du RGNF,
Chers collègues, chers amis,

Selon la tradition, Vladimir Arnold, l’un des mathématiciens les plus importants du dernier siècle et qui a fait sa carrière entre Moscou et Paris, aurait affirmé qu’ « il n’y a que deux façons de faire des mathématiques : la française et la soviétique ».
Cette anecdote pointait la singularité de la relation scientifique franco-russe, faite de complémentarité, de compréhension mutuelle et d’influence réciproque, que l’on retrouve tout au long d’une histoire commune multiséculaire.

La rencontre entre les communautés de chercheurs françaises et russes semble à chaque fois révéler plusieurs traits communs :
-  une vision convergente sur la manière de faire de la science, voire de faire la Science ;
-  une préférence pour la recherche fondamentale et un souci moindre de la valorisation de la recherche ;
-  un attachement à publier dans sa propre langue ou le regret de ne pas pouvoir le faire plus souvent ;
-  le souci de trouver un modèle d’organisation propre, qui ne soit pas importé ;

La science est en première ligne pour répondre aux défis globaux qui dominent les agendas de tous les politiques publiques : le vieillissement, le stress hydrique, la transition énergétique, l’émergence de nouvelles maladies, le changement climatique et d’autre encore.

J’ai la conviction, au regard de notre histoire et de notre actualité, que nos deux pays peuvent contribuer de manière décisive sur ces sujets et qu’ils y parviendront plus sûrement encore en associant leurs voix, leur talents et leurs savoir-faire.

La science, vous le savez mieux que les diplomates, fait aussi face à une série de bouleversements internes : son financement en premier lieu et bien évidemment ; son organisation, j’y ai déjà fait référence ; sa relation avec les pouvoirs publics mais aussi avec le monde économique et avec la société civile.

Les technosciences effacent les frontières entre la recherche finalisée, appliquée ou fondamentale. La transdisciplinarité, l’interdisciplinarité, la pluridisciplinarité, la convergence se constatent, tracent des horizons ou s’imposent dans les programmes scientifiques.

Les régimes de production du savoir sont modifiés par les données massives et les nouvelles technologiques de l’information. La robotisation vient aussi modifier le modèle économique du laboratoire qui lui-même s’ouvre pour donner naissance à une science de plein air, consciente de son ancrage territoriale et sociale.

Quelles sont ou seront les effets de cette nouvelle donne sur nos coopérations bilatérales, sur nos politiques, sur nos outils, sur la mobilité des chercheurs ?
Ces questions sont autant celles des gouvernements de nos deux pays que celles de nos chercheurs.

Notre relation bilatérale a su ces dernières années se renouveler. Cette ambassade et votre ministère, cher M. Lopatine, ont créé il y a un peu plus d’un an le Partenariat Hubert Kolmogorov qui permet de financer des projets de recherche collaborative entre chercheurs de nos deux pays et qui a déjà retenu 12 projets lors des deux premiers appels.

Je me félicite également de la participation d’une vingtaine de chercheurs français, pour la plupart du CNRS, à des projets laboratoires Megarant ou des laboratoires miroirs en Russie.

On compte désormais de jeunes doctorants français en cotutelle de thèses en Russie, certainement encouragés par la signature en juin 2015 de l’accord intergouvernemental sur la reconnaissance des titres et des niveaux académiques qui facilitera la mobilité académique entre nos deux pays à tous les niveaux.

Je constate d’ailleurs que la Russie n’est pas suffisamment grande pour contenir l’ensemble de nos collaborations, puisque nos chercheurs se retrouvent en Antarctique ou sur des missions d’explorations planétaires.

Je voudrais à cet égard rappeler l’adhésion en 2014 de la Russie à l’ESRF, le synchrotron européen, qui constitue sans aucun doute également un nouvel atout majeur dans le développement de notre coopération bilatérale.

Pour que le cadre de notre coopération poursuive sa mue avec pertinence, nous avons besoin de vous entendre, Mesdames et Messieurs les scientifiques.

Vous vous retrouvez aujourd’hui pour revisiter, respectivement 20 ans pour le CNRS et le RFFI et 10 ans pour la FMSH et le RGNF, de succès conjoints.

Vous avez appris à travailler ensemble. Vous êtes de ce fait mieux habilités à formuler des propositions pour maintenir l’intensité et l’exigence de nos collaborations.
Le prochain Comité mixte pour la science et la technologie se réunira en France au Printemps prochain.

En tout cas, je le souhaite, et nous y œuvrons déjà. Ce comité sera la tribune idéale pour se faire l’écho des propositions que vous pourriez formuler.

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Cette matinée ouvre une séquence de rendez-vous importants qui viendront clore une année scientifique 2016 riche en célébrations. Mme Bréchignac, ambassadrice pour la S&T et secrétaire perpétuelle de l’Académie des sciences nous rejoindra en fin de journée - en compagnie de M. François Guinot, président honoraire de l’Académie des technologies - pour un séjour d’une semaine à Moscou et Saint-Pétersbourg à l’invitation du président de l’Académie des sciences de Russie, le professeur Fortov.

Nous recevrons ensuite M. Thierry Mandon, secrétaire d’Etat en charge de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, qui s’arrêtera à Moscou sur sa route pour Baïkonour.

M. Mandon assistera au départ du spationaute français de l’ESA Thomas Pesquet pour la Station orbitale internationale qui vient rappeler que l’Espace joue depuis 50 ans un rôle central dans nos relations bilatérales et qu’il est un terrain de jeu important pour notre coopération scientifique et technologique.

J’ai déjà eu l’occasion de le souligner en plusieurs occasions, je suis convaincu que la science est un espace de rapprochement entre la France et la Russie - l’événement d’aujourd’hui le confirme - et qu’elle le restera longtemps.
Notre coopération et les projets concrets que nous développons ensemble viennent ainsi heureusement rappeler que nos deux pays ont toujours su surmonter les vicissitudes d’une relation historiquement complexe entre la Russie et la France comme entre la Russie et l’Union européenne.

Le dialogue est parfois exigeant, les relations quelquefois tendues : elles n’en restent pas moins confiantes entre deux pays et deux Nations qui se respectent dans la diversité de leurs choix et de leurs évolutions.

C’était d’ailleurs l’esprit des accords signés par le Général de Gaulle lors de sa visite officielle en URSS en juin 1966, dont nous venons de célébrer le demi-siècle et qui cadrent encore aujourd’hui notre coopération.

En 2017 nous aurons à nouveau l’occasion de rappeler notre attachement à cette relation si particulière en saluant les 300 ans de la réception de Pierre 1er à l’Académie des sciences à Paris qui a ouvert un dialogue entre les communautés de chercheurs de nos deux pays, sans pause, et dont vous êtes les héritiers.

Je souhaite un plein succès à vos travaux .

publié le 10/11/2016

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